mardi 5 février 2008

Collège "Ambition Réussite", un principal dégouté ...

Reçu sur la liste Educnatenlutte

VOILA LE MAIL QUE J'AI REÇU D'UNE PERSONNE DE MON ENTOURAGE.
IL M'A AUTORISE A DIFFUSER CE MAIL EN "EVITANT DE TROP DIFFUSER SON
NOM".
J'AI DONC RETIRE OU TRANSFORME CE QUI PERMETTRAIT DE L'IDENTIFIER
FORMELLEMENT. CES CHANGEMENTS SONT SOULIGNES.
MAIS L'INFO AUSSI INCROYABLE SOIT-ELLE ME SEMBLE TRES IMPORTANTE...

Bonsoir,
Vous savez tous que j'occupe depuis cette rentrée la fonction de
Principal d'un Collège dit "difficile", classé "Ambition Réussite".
82% des élèves sont issus de catégories socio-professionnelles très
défavorisées. Un Collège ghetto, avec ses problèmes quotidiens, et les
problèmes de violence dans le quartier.

Je suis très fier d'avoir travaillé pendant plusieurs années à Meaux,
puis dans la banlieue de Lyon pendant 4 ans, et aujourd'hui ailleurs
dans le Rhône. Fier d'être fonctionnaire de la République, d'assumer
cette mission de service public tant décriée.

Ce soir, ma fierté m'a abandonné. J'ai honte. J'ai surtout honte de
devoir affronter le regard des professeurs, des surveillants, des
partenaires extérieurs, des parents d'élèves et des élèves.
Vous vous souvenez tous de la promesse de notre président de la
République pour ne pas laisser les "orphelins de 16 heures" à la rue ?

Vous vous souvenez des annonces de M. Darcos, Ministre de l'Education
nationale, à propos de la mise en place de l'accompagnement éducatif,
ce dispositif devant accueillir tous les collègiens de 16 heures à 18
heures ?

La circulaire a paru au journal officiel le 13 juillet 2007. Je l'ai
découverte en détails au moment même où je prenais mes fonctions au
Collège X fin août, comme tous mes autres collègues Principaux de
Collèges en Education prioritaire (près de 1500 Collèges dans toute la
France).

Je me suis mis en quatre pour mettre en place ce dispositif, car je
suis un fonctionnaire responsable. J'ai mis mes opinions de citoyen
dans ma poche, et j'ai tout fait pour que ce dispositif soit un
succès.

Je rappelle à tous que cet accompagnement éducatif devait concerner
les élèves volontaires, encadrés par des enseignants volontaires.

Sur 365 élèves, j'ai réussi à en convaincre 225: 61,5 % de l'effectif
total. La moyenne dans le Rhône tourne autour de 28 %.

Sur 47 enseignants, j'en ai convaincu 29. Je suis allé solliciter la
MJC du quartier pour mettre en place un atelier de danse urbaine. J'ai
sollicité le Centre social pour mettre conjointement en place l'aide
aux devoirs, 3 fois par semaine. 100 % des élèves de 6ème étaient
inscrits à cette dernière action. J'ai sollicité une compagnie
artistique pour mettre en place un atelier d'écriture. Les professeurs
ont ensuite proposé un atelier de sciences physiques, un club journal
des collégiens, une activité escalade, trois groupes de soutien en
mathématiques, deux groupes de soutien en français. J'étais en
pourparlers avec un club d'échecs et un autre de rugby pour enrichir
l'offre.

J'ai même réussi à débaucher un danseur de la maison de la danse, qui
vient de partir pour le cirque du soleil à Las Vegas....

Tout cela a bien sûr un coût. Vous vous en doutez.

L'Inspection académique et le Rectorat nous ont transmis courant
octobre 2007 une enveloppe d'heures pour les professeurs et les
intervenants extérieurs (pour ces derniers, ces heures devaient être
transformées en vacations, payées 15 € de l'heure).

Je disposais de 1476 heures. C'est à partir de cette enveloppe que je
n'avais pas demandé que j'ai construit mon offre. J'ai informé les
parents d'élèves, et le 12 novembre, les actions se sont mises en
place. L'aide aux devoirs avait commencé dès le 20 septembre. Les
élèves étaient pour la plus part d'entre eux très heureux.

Début décembre, j'ai mis en paiement auprès du Rectorat les heures
effectuées en septembre, octobre et novembre: 398 heures.

Cet après-midi, mardi 29 janvier 2008, réunion officielle à
l'Inspection académique. L'inspecteur d'Académie préside la réunion,
flanqué de ses deux adjoints et de deux chefs de service.
Configuration inhabituelle. Curiosité puis inquiétude.

L'Inspecteur d'Académie ne le dit pas explicitement, car nous sommes
tous soumis au même devoir de réserve. "Le dispositif n'est pas
supprimé, mais on a réduit la voilure". On a seulement supprimé les
heures pour le faire fonctionner. Au lieu des 1476 heures, je n'en ai
plus que 397 pour terminer l'année scolaire. Cela vient directement du
Ministère. C'est identique dans toutes les Académies, l'Inspecteur
d'Académie nous l'a confirmé, comme s'il voulait nous consoler. Tous
mes collègues sont dans la même stupeur (40 Principaux de Collège
abasourdis).

J'ai dépensé 1 heure de plus que ce à quoi j'ai droit. Et les heures
effectuées en décembre et en janvier ne sont pour l'instant pas
honorées (j'ai compté 221 heures pour ces 2 mois). Je n'en ai plus les
moyens. C'est noble le bénévolat, mais, là, on atteint des limites...

Concrètement, dès lundi prochain, 4 février 2008, toutes les actions
décrites ci-dessus s'arrêteront, faute de moyens. Je ne vous fais pas
de dessin.

Oui, j'ai honte ce soir. Honte pour les élèves. Honte pour les
parents d'élèves. Honte pour les profs. Honte pour les partenaires
exterieurs. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer la
chose.

Merci M. Sarkozy pour vos promesses péremptoires. Merci M. Darcos
pour avoir démontré la crédibilité du système éducatif français.

Bonsoir les amis, vive la République.

3 commentaires:

gugu a dit…

L'idée est pourtant super ... On peut peut être attendre un peu plus de 3 mois pour voir les résultats, non ?


Dimanche 04 Novembre 2007
Les élèves manquent à l'appel
Par Alexandre DUYCK
Le Journal du Dimanche
Deux mois après la rentrée, la possibilité offerte aux collégiens de profiter d'activités encadrées à la fin des cours connait des difficultés de mise en route. Principal écueil: le manque d'élèves! Jeudi, Xavier Darcos pourra se rendre compte par lui-même sur le terrain de cette situation. Le ministre devrait également être sondé sur le budget alloué au dispositif.


Xavier Darcos dressera un timide premier bilan des ateliers après la classe. (MaxPPP)
C'était l'annonce phare de la rentrée, la bonne nouvelle devant compenser les milliers de suppressions de postes d'enseignants. Des ateliers scolaires, artistiques et sportifs gratuits devaient être offerts d'ici à la rentrée de la Toussaint, entre 16 et 18 heures, aux élèves des 1.120 collèges classés "éducation prioritaire". La concrétisation d'une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, qui avait parlé, à plusieurs reprises, des "orphelins de 16 heures" pour évoquer ces élèves livrés à eux-mêmes après la fin des cours.

Où en est le dispositif? Les premiers éléments chiffrés ont été recueillis par le ministère de l'Education nationale à partir de lundi. Et jeudi, Xavier Darcos se rendra dans un collège de Maisons-Alfort (Val-de-Marne) pour dresser un premier bilan de cette initiative censée être étendue, dès septembre 2008, à tous les collégiens (ils sont 3,2 millions), puis "ultérieurement, à l'ensemble des établissements scolaires".

Beaucoup d'observateurs avaient une crainte: que le nombre d'adultes (enseignants, éducateurs, bénévoles...) devant encadrer les élèves soit insuffisant. Il n'en est apparemment rien. Payés en heures supplémentaires (33,66 euros de l'heure pour les certifiés), les professeurs ont répondu favorablement, d'autant que les syndicats ne s'étaient guère opposés au dispositif. "Nous avons même plus de candidats que de besoins", affirme Jean-Michel Blanquer, recteur de l'académie de Créteil, qui compte le plus grand nombre de collèges concernés.

Les élèves manquent...

Paradoxalement, ce sont parfois les élèves qui manquent. Dans certains secteurs, seuls 20 % des jeunes se sont portés volontaires. "Qui plus est, ce ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin, constate le recteur de Créteil. C'est toujours la même chose, les bons élèves se montrent toujours les plus intéressés. Or, nous visons clairement ceux qui ne disposent pas du bon environnement pour faire leurs devoirs chez eux. Il nous faut donc vite nous tourner vers les familles pour leur faire comprendre l'intérêt de la démarche."

Sur le papier, l'offre est pourtant très alléchante: cours de photo, d'escrime, ateliers de botanique, de musique, de théâtre, piscine... D'attrayantes perspectives pour des enfants qui ne fréquentent, en général, ni le conservatoire ni les bassins de natation. Mais les élèves sont peut-être rebutés par la priorité donnée au travail scolaire. "Les études surveillées représentent 75 % du temps consacré à l'accompagnement éducatif, précise ainsi Tanneguy Larzul, recteur de l'académie d'Amiens. L'idée est d'abord que les élèves quittent le collège les devoirs faits." Lui aussi avoue manquer de collégiens volontaires: "Le téléphone a beaucoup sonné dans les familles ces derniers temps afin de convaincre les parents."

... l'argent aussi

Reste une ultime difficulté à surmonter: le dispositif va vite manquer d'argent, surtout s'il est étendu à tous les collégiens. Le ministère ne se montre pas inquiet pour les salaires des professeurs volontaires, un haut fonctionnaire assurant que "l'économie réalisée par la suppression du nombre de postes permettra de payer les heures supplémentaires. Nous sommes toujours dans la même perspective: moins de profs, mais mieux payés". Mais quid des animateurs, maîtres nageurs, chauffeurs de car?

"Si le but poursuivi est légitime, la présentation du plan n'a pas résolu clairement la question de la prise en charge, évoquant pêle-mêle des associations, des aides-éducateurs et le soutien des mairies et des conseils généraux", s'est inquiété cet été Jacques Mahéas, sénateur socialiste de Seine-Saint-Denis. N'ayant pas non plus reçu de garanties suffisantes, le conseil général de Seine-et-Marne a demandé vendredi à l'Etat de compenser "l'intégralité des coûts induits par la mise en oeuvre du dispositif d'accompagnement éducatif après l'école". D'autres collectivités locales mécontentes devraient lui emboîter le pas prochainement.

Anonyme a dit…

le texte circule...
N'est ce pas un 'hoax'?
Qui peut confirmer ? infirmer ?

GwenArBreizhou a dit…

A Anonyme :
Ce serait l'idéal ... un canular de plus ... espérons ...

A Gugu :
Le problème n'est pas d'attendre, comment avoir des résultats si les finances ne suivent pas ?
Les profs seraient donc les seuls à devoir travailler plus pour ne rien gagner de plus ;o((