lundi 6 août 2012

Syrie et propagande guerrière, Charlie Skelton

Et encore des News From Uncle Paul ;o))
Article de Charlie Skelton - traduit ci-après - publié par le Guardian du jeudi 12 juillet 2012.  Un excellent travail d'investigation posant une fois de plus la question : à qui profite la propagande guerrière ? Ou comment les guerres coloniales (Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, et bientôt Syrie) se fabriquent ?

Dans les coulisses de cette volonté occidentale du "régime change" - partout où cela sert l'intérêt des multinationales et leur forces militaires (OTAN) - une dénommée franco-syrienne Bassma Kodmani, anciennement Ford Foundation au Caire, aujourd'hui porte-parole Conseil National Syrien, avec comme appui : le Groupe de Bilderberg, le Council on Foreign Relations, l'European Council on Foreign Relations, George Soros, Goldmann Sachs et al.  
 

Syrie et propagande guerrière : un article essentiel de Charlie Skelton
Charlie Skelton | guardian.co.uk & mounadil.wordpress.com | Thursday 12 & vendredi 13 July 2012
samedi 21 juillet 2012


Syrie et propagande guerrière : un article essentiel de Charlie Skelton
Charlie Skelton | guardian.co.uk & mounadil.wordpress.com | Thursday 12 & vendredi 13 July 2012
Charlie Skelton est un de ces journalistes atypiques dont la Grande Bretagne semble avoir le secret, qui associe l’excentricité à la culture générale et à la rigueur professionnelle.
Charlie Skelton nous offre dans The Guardian (dans la rubrique expression libre, notez le bien) un article d’une importance considérable dans lequel il dévoile soigneusement la mécanique propagandiste qui s’est mise en branle contre le gouvernement syrien.
Ce dernier est en effet aux prises avec un complot ourdi de longue date qui attendait seulement le moment opportun pour donner sa pleine mesure. Le soi-disant printemps arabe a été cette opportunité.
Il va sans dire que comme le signale ce journaliste Anglais, l’opposition syrienne ne se résume pas au Conseil national Syrien ni à l’Armée Syrienne Libre. Reste que les forces d’opposition patriotiques ont été dépossédées par les Etats Unis et leurs amis d’une occasion d’obtenir pacifiquement une évolution ou une révolution de la situation politique en Syrie.
Ces opposants patriotes, vous ne les entendrez guère dans les médias occidentaux car tout simplement ils ne promettent pas aux Etats Unis le retour sur investissement qu’ils espèrent.
Cet article a été signalé par plusieurs blogueurs et un lecteur de mon blog a aussi attiré mon attention à son sujet. Le site InfoSyrie en a également fait une synthèse partielle.
Mais InfoSyrie est un site favorable au gouvernement syrien et donc suspect aux yeux de certains Pour que chacun puisse se faire une idée, je vous propose une traduction intégrale de l’article de Charlie Skelton.
De la belle ouvrage (je parle de l’article, pas de ma traduction). L’article comporte un important appareil de liens que je n’ai pas repris.
Et franchement, après avoir lu ce papier, qui est une véritable leçon de journalisme, je ne peux que souhaiter la victoire du gouvernement syrien sur ces mercenaires dollarisés qui travaillent pour le compte des « nouveaux amis de la Syrie. » C’est pas gagné malheureusement.


aaa

L’opposition syrienne : qui produit le discours ?
Charlie Skelton | guardian.co.uk | Thursday 12 July 2012

Les médias ont été trop passifs au sujet des sources de l’opposition syrienne, sans s’intéresser à leur nature et à leurs affiliations politiques. Il est temps d’y regarder de plus près…
Par Charlie Skelton, The Guardian (UK) 12 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
C’est un cauchemar qui se déroule en Syrie, dans les maisons d’al-Heffa et dans les rues de Houla. Et nous savons tous comment l’histoire va finir : avec des milliers de soldats et de civils tués, des villes et des familles détruites, et le président Assad battu à mort dans un fossé.
C’est l’histoire de la guerre en Syrie, mais une autre histoire doit être dite. Une histoire moins sanglante, mais néanmoins importante. C’est une histoire des faiseurs de contes : les portes paroles, les « spécialistes de la Syrie », les « militants démocrates. » Les faiseurs de déclarations. Les gens qui « exhortent, » et « avertissent »et « appellent à l’action. »
C’est une histoire sur les membres les plus cités de l’opposition syrienne et leur connexion au business anglo-américain de fabrication d’oppositions. Les médias d’information grand public ont été, pour l’essentiel, remarquablement passifs au sujet des sources syriennes : en les présentant simplement comme « portes parole officiels » ou « militants pour la démocratie » sans, en général, examiner leurs déclarations, leurs trajectoires ou leurs affiliations politiques.
Il est important de le souligner : enquêter sur la trajectoire d’un porte-parole Syrien ne revient pas à mettre en doute la sincérité de son opposition à Assad. Mais une passion haineuse contre le régime Assad n’est en rien une garantie d’indépendance. En fait, in certain nombre de personnalités importantes du mouvement syrien d’opposition sont des exilés de longue date qui étaient subventionnés par le gouvernement US pour affaiblir le gouvernement Assad bien avant le déclenchement du Printemps arabe.
Même si la déposition du président Assad par la force n’a aps encore été ouvertement affichée par le gouvernement des Etats unis, ces portes parole plaident ouvertement pour une intervention militaire en Syrie et sont de ce fait des alliés naturels pour des néoconservateurs US bien connus qui avaient soutenu l’invasion de l’Irak par Bush et font maintenant pression sur l’administration Obama pour qu’elle intervienne. Et comme nous le verrons, plusieurs de ces portes parole ont trouvé un soutien auprès de ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, sont en faveur d’ une intervention militaire, et dans certains cas, ils ont développé d’anciennes et lucratives relations avec eux.
 « Le temps est compté » [Le sable s’écoule dans le sablier] a déclaré Hillary Clinton dimanche. Il est donc grand temps, au moment où les combats en Syrie s’intensifient, et où des bateaux de guerre russes font route vers Tartous, de regarder de plus près ceux qui parlent au nom du peuple syrien.
Le Conseil National Syrien
Les porte-paroles d’opposition les plus cités sont les représentants officiels du Conseil National Syrien (CNS). Le CNS n’est pas la seule organisation d’opposition – mais il est généralement considéré comme « la principale coalition d’opposition » (BBC). Le Washington Times le décrit comme « une organisation qui coordonne des factions rivales basées hors de Syrie. » LE CNS est certainement l’organisation d’opposition qui a les relations les plus étroites avec les puissances occidentales – et a apelé à une intervention étrangère dès les premières phases du soulèvement. En février de cette année, à l’ouverture du sommet des Amis de la Syrie en Tunisie, William Hague (ministre britannique des affaires étrangères, NdT) avait déclaré : « Je rencontrerai les dirigeants du Conseil national Syrien d’ici quelques minutes… Nous, ainsi que d’autres nations, les traiterons et les reconnaîtrons en tant que représentants légitimes du peuple syrien. »
Le plus haut porte-parole officiel du SNC est l’universitaire Syrienne établie à Paris, Bassma Kodmani.
Bassma Kodmani
Kodmani est membre du bureau exécutif et chargée des affaires étrangères au Conseil National Syrien. Kodmani est proche du centre de la structure de pouvoir du CNS, et elle est un des porte-paroles du CNS les plus actifs. « Aucun dialogue n’est possible avec le régime en place. Nous ne pouvons discuter que de la manière d’aller vers un système politique différent, » a-t-elle déclaré cette semaine. On la retrouve, citée par le fil AFP : « L’étape suivante requiert une résolution sous le chapitre VII [de la charte de l’ONU] qui autorise l’usage de tous les moyens légitimes, de moyens coercitifs, d’un embargo sur les armes ainsi que l’usage de la force pour obliger le régime à se conformer » [à la résolution].
Cette déclaration se traduit dans la une suivante : « Les Syriens appellent à une force armée de maintien de la paix » (Herald Sun, Australie). Quand il est fait appel à une action militaire internationale de grande ampleur, il semble tout simplement raisonnable de demander : qui exactement fait cet appel ? Nous pouvons dire simplement, « un porte-parole officiel du SNC, » ou nous pouvons regarder d’un peu plus près.
Cette année, c’était le deuxième Bilderberg pour Kodmani. A la conférence de 2008, Kodmani était inscrite en tant que française ; en 2012 sa francité avait disparu et elle était inscrite simplement comme « internationale » – sa patrie était devenue le monde des relations internationales.
Quelques années en arrière, Kodmani travaillait pour la Ford Foundation au Caire, où elle était directrice de son programme de gouvernance et de coopération internationale. La Ford Foundation est une vaste organisation dont le siège est à New York et Kodmani avait déjà un rang assez haut placé. Mais elle était sur le point de monter d’une division.
Vers cette époque, e, février 2005, les relations syro-étatsuniennes s’étaient gravement détériorées, et le président Bush avait rappelé son ambassadeur à Damas. De nombreux projets d’opposition datent de cette période. « L’argent US pour des personnalités de l’opposition syrienne a commencé à affluer sous le président George W Bush après qu’il a effectivement gelé les relations politiques avec Damas en 2005, » explique le Washington Post.
En septembre 2005, Kodmani a été nommée directrice exécutive de l’Arab Reform Initiative (ARI)- un programme de recherche initié par une puissante organisation de lobbying, le Council on Foreign Relations (CFR).
Le CFR est un thinktank d’élite en matière de politique étrangère, l’Arab Reform Initiative est présenté sur son site web comme un « projet du CFR. » Plus précisément, l’ARI a été lancée par une organisation interne au CFR appelée le US/Middle East Project” – un groupe de diplomates de haut niveau, de financiers et d’officiels du renseignement, dont l’objectif affiché est d’entreprendre une « analyse politique » régionale de sorte « à prévenir les conflits et à promouvoir la stabilité. » L’ US/Middle East Project poursuit ces objectifs sous la supervision d’un conseil international présidé par le général en retraite Brent Snowcroft.
Brent Snowcroft (président émérite) est un ancien conseiller pour la sécurité nationale du président des Etats Unis – il avait succédé dans ce rôle à Henry Kissinger. A côté de Snowcroft dans le bureau international, nous trouvons son collègue en géostratégie Zbigniew Brzezinski qui lui avait succédé comme conseiller pour la sécurité nationale, et Peter Sutherland, le PDG de Goldman Sachs International. Donc, dès 2005, nous avions une partie du gratin de la banque et du renseignement en occident qui sélectionnait Kodmani pour diriger un projet de recherche sur le Moyen Orient. En septembre de cette année là, Kodmani avait été nommée directrice à plein temps du programme. Plus tôt en cette année 2005, le CFR avait assigné le « contrôle financier » du projet au Centre for European Reform (CER). C’est là que les Britanniques entrent en scène.
Le CER est supervisé par Lord Kerr ; le vice président de Royal Dutch Shell. Kerr est un ancien chef du service diplomatique et est conseiller principal à Chatham House (un thinktank qui réunit les meilleurs cerveaux de l’establishment diplomatique britannique).
En charge de la gestion au jour le jour du CER, nous avons Charles Grant, ancien rédacteur en chef de la rubrique défense de The Economist, et membre en ce moment de l’ European Council on Foreign Relations (ECFR), un « thinktank paneuropéen » rempli de diplomates, d’industriels, de professeurs et de premiers ministres. Dans la liste de ses membres, vous trouverez le nom : « Bassma Kodmani (France/Syrie) – Directrice Exécutive, Arab Reform Initiative. »
Autre nom sur la liste : George Soros – le financier dont l’organisation à but non lucratif ‘Open Society Foundations » est une des principales sources de financement de l’ECFR. A ce niveau, les mondes de la banque, de la diplomatie, de l’industrie, du renseignement et les divers fondations et instituts de stratégie politique se retrouvent tous ensemble et, là, au milieu de tout ça, se trouve Kodmani.
Ce qu’il faut relever, c’est que Kodmani n’est pas une quelconque « militante pro-démocratie » qui s’est retrouvée par hasard devant un microphone. Elle dispose de références diplomatiques impeccables : elle a le statut de directrice de recherche à l’Académie Diplomatique Internationale – « une institution indépendante et neutre qui a pour vocation de promouvoir une diplomatie moderne ». L’Académie est présidée par Claude Cousseran, un ancien chef de la DGSE – le service de renseignements extérieurs français.
L’image qui se forme est celle de Kodmani comme fidèle lieutenant de l’industrie anglo-américaine de promotion de la démocratie. Sa « province d’origine » (d’après le site internet du CNS) est Damas, mais elle a des relations professionnelles étroites et anciennes avec précisément ces mêmes puissances qu’elle appelle à intervenir en Syrie.
Et nombre de ses collègues porte-paroles ont également de bonnes relations.
Radwan Ziadeh
Un autre représentant du SNC souvent cité est Radwan Ziadeh – directeur des relations extérieures du Conseil National Syrien. Ziadeh a un CV impressionnant : senir fellow d’un thinktank de Washington financé par le gouvernement fédéral, l’ US Institute of Peace (le conseil d’administration de l’USIP est plein d’anciens du Département de la Défense et du National Security Council ; son président est Richard Solomon, ancien conseiller de Kissinger au National Security Council).
En février de cette année, Ziadeh s’est associé à un groupe de faucons de l’élite de Washington pour signer une lettre appelant Obama à intervenir en Syrie : parmi ses cosignataires figurent James Woolsey (ancien chef de la CIA), Karl Rove (le mentor de Bush junior), Clifford May (Committee on the Present Danger) et Elisabeth Cheney, ancienne directrice de l’ Iran-Syria Operations Group au Pentagone.
Ziadeh est un organisateur infatigable, un parfait initié de Washington en relation avec certains des plus puissants thinktanks de l’establishment. Les connections de Ziadeh s’étendent jusqu’à Londres. En 2009, il est devenu chercheur invité à Chatham House, et en juin de l’année dernière, il était présent dans le groupe d’experts d’un de leurs évènements – « Imaginer l’avenir politique de la Syrie » – partageant le plateau avec un autre porte-parole du CNS, Ausama Monajed (des informations sur Monajed ci-dessous) et un membre du CNS, Najib Ghadbian.
Le Wall Street Journal a identifié Ghadbian comme un des premiers intermédiaires entre le gouvernement US et l’opposition syrienne en exil : « Un premier contact entre la maison Blanche et le Front du Salut national (FSN) avait été assuré par Najib Ghadbian, un politologue de l’université de l’Arkansas. » C’était en 2005. Une année qui a marqué un tournant.
En ce moment, Ghadbian est membre du secrétariat général du CNS, et est au conseil de surveillance d’une organisation politique basée à Washington, le Syrian Center for Political and Strategic Studies (SCPSS) – une organisation dont il est le co-fondateur.
Ziadeh construit ce genre de relations depuis des années. En 2008, Ziadeh avait participé à une réunion avec des personnalités d’opposition dans des locaux gouvernementaux à Washington : une mini-conférence intitulée « Syria In-Transition ». La réunion avait été co-sponsorisée par un organisme basé aux USA appelé le Democracy Council et une organisation basée au Royaume Uni appelée le Movement for Justice and Development (MJD). Ce fut un grand jour pour le MJD – son président, Anas Al-Abdah, s’était déplacé de Grande Bretagne aux Etats Unis pour l’occasion avec son directeur des relations publiques. Ci-après, une description de cette journée tirée du site internet du MJD : « La conférence a vu une affluence exceptionnelle puisque la salle était bourrée à craquer d’invités de la Chambre des représentants et du sénat, ce représentants de centres d’études, de journalistes et dde Syriens expatriés aux USA. »
La journée avait débuté par un discours inaugural de James Prince, directeur du Democracy Council. Ziadeh participait à un groupe d’experts présidé par Joshua Muravchik (l’auteur ultra-interventionniste de la lettre ouverte « Bomb Iran » en 2006). Le thème de la discussion était « l’émergence d’une opposition organisée. » Assis à côté de Ziadeh danns ce groupe de discussion, se trouvait le directeur des relations publiques du MJD – un homme qui deviendra plus tard son collègue porte-parole au CNS – Ausama Monajed.
Ausama Monajed
Avec Kodmani et Ziadeh, Ausama (ou parfois Osama) Monajed est un des plus importants porte-paroles du CNS. Il y en a d’autres, bien sûr – le CNS est une structure énorme qui comprend les Frères Musulmans. Le spectre de l’opposition à Assad est très large, mais ce sont là quelques voix essentielles.
Il y a d’autres porte-paroles officiels qui ont une longue carrière politique, comme George Sabra du Parti Démocratique Populaire Syrien – Sabra a subi l’arrestation et un long séjour en prison pour son combat contre le « régime répressif et totalitaire en Syrie. » Et il existe d’autres vois d’opposition en dehors du CNS comme l’écrivain Michel Kilo, qui parle avec éloquence de la violence qui ravage son pays. « La Syrie est en cours de destruction – rue après rue, ville par ville, village après village. Qu’est-ce que ce genre de solution ? Pour le maintien au pouvoir d’un petit groupe, tout le pays est détruit. »
Mais il est hors de doute que la principale organisation d’opposition est le CNS et on constate que ce sont souvent Kodmani, Ziadeh et Monajed qui le représentent. Monajed apparaît souvent comme commentateur sur les chaînes télévisées d’informations. On le voit ici s’exprimant depuis son bureau à Washington. Monajed n’édulcore pas son message : « Nous voyons tous les jours à la télévision des civils assassinés et des enfants assassinés et tués, et des femmes violées »
Dans le même temps, sur al jazeera, Monajed parle de « ce qui se passe vraiment, en réalité, sur le terrain, » des « miliciens d’Assad » qui « viennent et violent les femmes, tuent les enfants et les personnes âgées. »
Monajed est devenu, depuis seulement quelques jours, blogueur sur le Huffington Post UK, où il explique en long et en large ; « Pourquoi le monde doit intervenir en Syrie » – appelant à une « assistance militaire directe » et à une « aide militaire étrangère. » Une fois de plus, la bonne question pourrait être : qui est ce porte-parole qui appelle à une intervention militaire ?
Monajed est membre du CNS où il est conseiller du président et il est, selon sa biographie au CNS, « le fondateur et directeur de Barada Television, » une chaîne satellitaire basée à Vauxhall, Londres sud. En 2008, quelques mois après avoir assisté à la conférence Syria In-Transition, Monajed était reparti pour Washington, invité à dîner avec George W. Bush avec d’autres dissidents bien en cour (on peut voit Monajed sur la photo souvenir, le troisième à partir de la droite, cravate rouge, non loin de Condoleeza Rice – à l’opposé de Garry Kasparov).
A cette époque, en 2008, le Département d’Etat US connaissait Monajed en tant que « directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD) qui dirige la lutte pour un changement démocratique et pacifique en Syrie. »
Examinons de plus près le MJD. L’an dernier, le Washington Post a sélectionné une information de Wikileaks qui a publié des quantités de communications diplomatiques piratées. Ces communications montrent qu’un important flux financier va du Département d’Etat US au Mouvement pour la Justice et le Développement dont le siège se trouve en Grande Bretagne. Selon l’article du Washington Post : « Barada TV est étroitement affiliée au Mouvement pour la Justice et le Développement, un réseau d’exilés Syriens établi à Londres. Les câbles diplomatiques américains classifiés montrent que le Département d’Etat a donné pas moins de 6 millions de dollars à cette organisation depuis 2006 pour qu’elle fasse fonctionner la chaîne satellitaire et pour financer d’autres activités à l’intérieur de la Syrie. »
Un porte-parole du Département d’Etat avait réagi à cet article en déclarant : « Essayer de promouvoir une transformation vers un processus plus démocratique dans cette société ne porte pas nécessairement atteinte au gouvernement en place ». » Et ils ont raison, « pas nécessairement. »
Questionné au sujet de l’argent du Département d’Etat, Monajed dit lui-même « ne pas pouvoir confirmer » un financement du Département d’Etat US pour Barada TV, mais déclare : « Je n’ai personnellement pas reçu un centime. » Malik al -Abdeh, tout récemment encore chef de la rédaction à Barada TV insiste : « Nous n’avons pas eu de liens directs avec le Département d’ Etat US. » La signification de cette phrase tourne autour du mot « directs ». Il convient de noter que Malik al -Abdeh, se trouve aussi être un des fondateurs du Mouvement pour la Justice et le Développement (destinataire de 6 millions de dollars du Département d’Etat selon le câble rendu public). Et il est le frère du président de la chaîne, Anas Al-Abdah. Il est aussi copropriétaire de la marque déposée du MJD : ce que Malik al Abdeh reconnaît, c’est que Barada TV reçoit une bonne part de ses financements d’une fondation américaine : le Democracy Council. Un des co-sponsors (avec le MJD) de la mini-conférence Syria In-Transition. Donc, ce que nous avons en 2008, lors de cette même réunion, ce sont précisément les dirigeants de des organisations identifiées dans les câbles Wikileaks comme étant le canal (le Democracy Council) et le bénéficiaire (le MJD) de grosses sommes d’argent du Département d’Etat.
Le Democracy Council (un pourvoyeur de subventions basé aux Etats Unis) cite le Département d’Etat comme étant une de ses sources de financement. Il travaille ainsi : le Democracy Council sert d’intermédiaire pour gérer des subventions en tant qu’intermédiaire entre la “Middle East Partnership Initiative” du Département d’Etat et des « partenaires locaux » (comme Barada TV). Comme l’explique le Washington Post :
« Plusieurs câbles diplomatiques émanant de l’ambassade à Damas révèlent que les exilés Syriens reçoivent de l’argent d’un programme du Département d’Etat appelé la Middle East Partnership Initiative. Selon ces câbles, le Département d’Etat a fait transiter l’argent à l’organisation en exil via le Democracy Council, une fondation dont le siège se trouve à Los Angeles. »
Le même article attire l’attention sur un câble de 2009 émis par l’ambassade US en Syrie qui indique que le Democracy Council a reçu 6,3 millions de dollars du Département d’Etat pour réaliser un programme concernant la Syrie, la “Civil Society Strengthening Initiative”. Le câble la décrit comme « un discret effort de collaboration entre le Democracy Council et des partenaires locaux » dans le but de produire, entre autres choses, « divers concepts de diffusion [des idées]. » Selon le Washington Post : « D’autres câbles indiquent clairement qu’un de ces concepts était Barada TV. »
Il y a encore quelques mois, la Middle East Partnership Initiative (MEPI)du Département d’Etat était supervisée par Tamara Cofman Wittes (elle est maintenant à la Brookings Institution – un thinktank influent de Washington). Selon elle, la MEPI a « créé une ‘image’ positive des efforts des USA pour promouvoir la démocratie. » Quand elle travaillait sur ce dossier, elle avait déclaré : « Il y a de nombreuses organisations en Syrie et dans d’autres pays qui veulent des changements dans leurs gouvernements… C’est un agenda auquel nous croyons et nous allons le soutenir. » Et par soutien, elle veut dire financier.
L’argent
Ce n’est pas nouveau. Revenez un moment au début 2006, et vous avez une annonce par le département d’Etat d’une nouvelle « opportunité de subventionnement » appelée le « Syria Democracy Program. » Avec une offre de subventions d’un montant de « 5 millions de dollars sur l’année fiscale fédérale 2006. » Le but de ces subventions ? « Accélérer le travail des réformateurs en Syrie. »
En ce moment, l’argent afflue encore plus vite que jamais. Au début juin 2012, le Syrian Business Forum a été lancé à Doha par des dirigeants de l’opposition, dont Wael Merza (secrétaire général du CNS). « Ce fonds a été établi pour soutenir toutes les composantes de la révolution en Syrie, » avait déclaré Merza. Le niveau de ce fonds ? Quelque 300 millions de dollars. La provenance de l’argent n’est pas claire du tout, quoique Merza « a fait allusion à un puissant soutien financier des Etats arabes du Golfe pour le nouveau fonds » (al Jazeera). A son lancement, Merza avait dit que quelque 150 millions de dollars avaient déjà été dépensés, en partie pour l’Armée Syrienne Libre (ASL).
L’organisation d’hommes d’affaires Syriens de Merza était présente à une conférence du Forum Economique Mondial intitulée « Plateforme pour la coopération internationale » qui s’est tenue à Istanbul en novembre 2011. Tout cela s’inscrit dans le processus par lequel le SNC a grandi en réputation, pour devenir selon les propres termes de William Hague, « un représentant légitime du peuple syrien » et être capable de gérer ouvertement ces sommes énormes.
Construire la légitimité – de l’opposition, de sa représentation, de l’intervention – est l’essentiel de bataille propagandiste.
Dans une lettre ouverte publiée en février de cette année par USA Today, l’ambassadeur Dennis Ross déclarait : « Il est temps de rehausser le statut du Conseil national Syrien. » Ce qu’il voulait, urgemment, était « la création d’une aura d’inévitabilité du CNS comme alternative à Assad. » L’aura d’inévitabilité. Gagner la bataille à l’avance.
Un combattant essentiel dans cette bataille pour les esprits et les cœurs est le journaliste Américain et blogueur pour le Daily Telegraph, Michael Weiss.
Michael Weiss
Un des experts de la Syrie les plus cités dans les médias occidentaux – et un enthousiaste d’une intervention occidentale – Michael Weiss fait écho à l’ambassadeur Ross quand il dit : Une intervention militaire en Syrie n’est pas tant une question de préférence que d’inévitabilité. »
Certains écrits interventionnistes de Weiss peuvent être trouvés sur le site web beyrouthin pro-Washington appelé ‘NOW Lebanon’ – dont la section ‘NOW Syria’ est une source importante d’actualités syriennes. NOW Lebanon a été créé en 2007 par Eli Khoury, un cadre de Saatchi & Saatchi. Khoury est présenté dans l’industrie publicitaire comme « un spécialiste de la communication stratégique, spécialisé dans le développement de l’image de marque des entreprises et des gouvernements. »
En mai dernier, Weiss avait déclaré à NOW Lebanon que grâce à la fourniture d’armes aux rebelles Syriens, « nous avons déjà commencé à voir quelques résultats. » Il avait montré une approbation semblable pour les développements militaires quelques mois auparavant dans un article pour le New Republic : « Au cours des dernières semaines, l’Armée Syrienne Libre et d’autres unités rebelles indépendantesont fait de gros progrès – à la suite de quoi, comme tout blogueur peut le faire, il avait présenté son « Plan d’action pour une intervention militaire en Syrie. »
Mais Weiss n’est pas seulement un blogueur. Il est aussi le directeur de la communication et des relations publiques de la Henry Jackson Society, un thinktank de politique étrangère ultra-ultra-belliciste.
Parmi les parrains de la Henry Jackson Society à l’international, figurent : James “ex-CIA boss” Woolsey, Michael “secrétaire à la sécurité intérieure” Chertoff, William “PNAC” [Project for a New American Century] Kristol, Robert “PNAC” Kagan’, Joshua “Bomb Iran” Muravchick, et Richard “Prince des Ténèbres” Perle. La société est dirigé par Alan Mendoza, conseiller en chef du groupe parlementaire interpartis sur la sécurité internationale et transatlantique.
La Henry Jackson Society est intransigeante sur sa « stratégie avancée » pour la démocratie. Et Weiss est chargé du message. La Henry Jackson Society est fière de la grande influence de son chef des relations publiques : « Il est l’auteur de l’influent rapport « Intervention en Syrie ? Une évaluation de la légalité, de la logistique et des risques, » qui a été repris et approuvé par le Conseil national Syrien. »
Le rapport original de Weiss a été rebaptisé “Safe Area for Syria” – et a fini sur le site web officiel syriancouncil.org, comme pièce de la littérature stratégique de leur bureau militaire. La reprise du rapport de la Hery Jackson Society a été orchestrée par le fondateur et directeur exécutif du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) – un certain Ausama Monajed
Donc, le fondateur de Barada TV, Ausama Monajed, a édité le rapport de Weiss, l’a publié via sa propre organisation (le SRCC) et l’a transmis au Conseil national Syrien avac le soutien de la Henry Jackson Society.
La relation ne pouvait pas être plus étroite. Monajed en vient même à traiter des demandes pour des « interviews de la presse avec Michael Weiss. » Weiss n’est pas le seul stratégiste à avoir esquissé une feuille de route pour cette guerre (de nombreux thinktanks y ont réfléchi, de nombreux faucons en ont parlé), mais certains des aspects les plus saillants sont le produit de sa réflexion.
L’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme
La justification pour « l’inévitable » intervention militaire est la sauvagerie du régime du président Assad : les atrocités, les bombardements, les violations des droits de l’homme. L’information est cruciale ici, et une source domine toutes les autres quant à la fourniture d’informations sur la Syrie. Elle est citée à chaque fois : « Le directeur de l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme (OSDH) a déclaré à la Voice Of America que les combats et les bombardements avaient tué au moins 12 personnes dans la province de Homs. »
L’OSDH est communément utilisé comme unique source pour d’informations et de bilans statistiques. Cette semaine, par exemple, l’AFP a publié cette dépêche : « Les forces syriennes ont bombardé les provinces d’Alep et de Deir Ezzor et au moins 35 personnes ont été tuées dimanche dans tout le pays, dont 17 civils, a annoncé un organisme d’observation. » Différentes atrocités ainsi que des chiffres de pertes sont énumérés, tous en provenance d’une seule source : « Rami Abdel Rahman, le directeur de l’Observatoire a déclaré par téléphone à l’AFP. »
Des statistiques plus horribles les unes que les autres parviennent en nombre de « l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme » (AP) Il est difficile de trouver une information de la prese sur la Syrie qui ne le cite pas. Mais qui sont-ils à l’OSDH ? « Ils », c’est Rami Abdulrahman (ou Rami Abdel Rahman), qui réside à Coventry.

Rami Abdullrahman chez lui à Coventry
Selon une dépêche Reuters de décembre de l’an dernier : « Quand il ne répond pas aux appels téléphoniques de la presse internationale, Abdulrahman n’est qu’à quelques minutes, plus bas dans la rue, à sont magasin de vêtements qu’il gère avec sa femme. »
Quand le blog Middle East live du Guardian avait cité « Rami Abdul-Rahman de l’ Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme, » il avait aussi proposé un lien vers un article sceptique du Modern Tokyo Times, un article qui invitait les organes d’information à être un peu « plus objectifs quant à leurs sources » quand ils citent « cette soi-disant entité, » qu’est l’OSDH.
Ce nom, « Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme », sonne si respectable, si inattaquable, si objectif. Et pourtant, quand Abdulrahman et sont « ONG basée en Grande Bretagne » (AFP/NOW Lebanon) sont la seule source pour de nombreuses informations sur un sujet aussi important, il pourrait sembler raisonnable de soumettre cet organisme à un ewxamen un peu plus approfondi que ce qui a été fait jusqu’à présent.
Cet Observatoire n’est en aucun cas la seule source syrienne d’informations à qui on pourrait faire confiance aveuglément ou presque…
Hamza Fakher
La relation entre Ausama Monajed, le CNS, les faucons de la Henry Jackson Society et un média accepté sans condition peut s’observer dans le cas de Hamza Fakher. Le 1er janvier, Nick Cohen écrivait dans l’Observer : « Pour avoir un aperçu du niveau de la barbarie, écoutez Hamza Fakher, un militant pour la démocratie qui est une des sources les plus fiables sur les crimes que cache le blackout du régime sur l’information. »
Il poursuit en reprenant les horribles récits de Fakher de tortures et de massacres. Fakher parle à Cohen d’une nouvelle technique de torture dont il a entendu parler, la plaque brûlante : « imaginez toute la chair fondant jusqu’à l’os avant que le prisonnier tombe sur la plaque. » Le lendemain, Shamik Das, écrivant sur la « base de preuves » dans le blog progressiste Left Foot Forward, cite la même source : « Hamza Fakher, un militant pour la démocratie, décrit l’affligeante réalité… » – répète le compte rendu de Cohen sur les atrocités.
Alors, qui est exactement le « militant pour la démocratie » Hamza Fakher ?
Il se trouve que Fakher est le co-auteur de Revolution in Danger, un « briefing de le Henry Jackson Society, » publié en février 2012. Il a co-rédigé ce document avec Michael Weis, le directeur de la communication de la Henry Jackson Society. Et quand il ne co-écrit pas des briefings de la Henry Jackson Society, Fakher est le directeur de la communication du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) basé à Londres. Selon leur site web, « Il a rejoint le centre en 2011 et a été chargé de la stratégie et des produits de communication du centre. »
Comme vous vous en souvenz sans doute, le SRCC est dirigé par Ausama Monajed : « M. Monajed a fondé le centre en 2010. Il est largement cité et interviewé dans la presse et les médias internationaux. Il travaillait auparavant comme consultant en communication en Europe et aux Etats Unis t a été directeur de Barada Television… »
Monajed est le patron de Fakher.
Si ce n’était pas suffisant, pour la touche finale de Washington, on trouvera au conseil d’administration du Strategic Research and Communication Centre, Murhaf Jouejati, profeseur à la National Defence University, à Washington – « la première institution de formation militaire interarmes (JPME oint Professional Military Education) qui est « sous l’autorité de son président, le chef d’état-major interarmes. »
Si vous aviez envie d’aller faire un tour au “Strategic Research and Communication Centre” de Monajed, vous le trouverez à cette adresse : Strategic Research & Communication Centre, Office 36, 88-90 Hatton Garden, Holborn, London EC1N 8PN.
Office 36 à 88-90 Hatton Garden est aussi l’endroit où vous trouverez le siège londonien de The Fake Tan Company, Supercar 4 U Limited, de Moola loans (une société de crédit), d’Ultimate Screeding (for tous vos besoins de nivelage), and The London School of Attraction – « un centre de formation londonien qui aide les hommes à développer les compétences et la confiance pour rencontrer et attirer les femmes. » Et encore une autre centaine d’entreprises. C’est un bureau virtuel. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement approprié dans tout ça. Un « centre de communication » qui n’a même pas de centre, de local – un nom pompeux mais sans substance concrète.
C’est la réalité de Hamza Fakher. Le 27 mai, Shamik Das de Left Foot Forward a cité à nouveau un récit d’atrocités relaté par Fakher qu’il présente cette fois comme « le récit d’un témoin oculaire » (ce que Cohen n’a jamais affirmé) et qui maintenant s’est cristallisé comme étant « le dossier du régime Assad. »
Ainsi, un rapport sur des atrocités fourni par un stratégiste de la Henry Jackson Society qui est le responsable de la communication du service des relations publiques de Mosafed a prisl’envergure d’un « dossier » historique.
Je ne veux pas dire que les récits d’atrocités sont forcément faux, mais combien parmi ceux qui les prennent pour argent comptant s’intéressent à leurs origines ?
Et n’oublions pas, la déstabilisation qui a été entreprise dans le domaine de l’information et de l’opinion publique l’est encore plus sur le terrain. Nous savons déjà que (au minimum) « la CIA et le Département d’Etat… aident l’Armée Syrienne Libre de l’opposition à développer des routes logistiques pour acheminer des fournitures à l’intérieur de la Syrie et donnent une formation dans le domaine des [télé]communications. »
Les soutes à bombes sont ouvertes. Les plans ont été préparés.
Ces choses étaient en préparation depuis longtemps. L’énorme énergie et la planification méticuleuse qui ont été investies dans ce changement de régime – c’est à couper le souffle. La force de persuasion et les entrées politiques des grandes fondations et des thinktanks politiques sont considérables, mais l’examen des sources ne se contente pas de titres pompeux, de bourses de recherche et de « briefings de stratégie. » On doit demander : directeur exécutif de quoi exactement. Le fait d’avoir les mots « démocratie » ou « droits de l’homme » dans l’intitulé de votre job ne vaut pas dispense de ce contrôle.
Et si vous êtes un « responsable de la communication, » cela implique que vos paroles doivent être accueillies avec une prudence extrême. Weiss et Fakher, tous deux responsables de communication sont des professionnels des relations publiques. Lors de l’évènement de Chatham House en juin 2001, monajed était inscrit en tant que « directeur de la communication de la National Initiative for Change » et il était directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD). Le craéteuutr du site web d’informations NOW Lebanon, Eli Khoury, est un cadre publicitaire de Saatchi. Ces responsables de la communication travaillent dur pour créer ce que Tamara Witts appelait une [image de] « marque positive. »
Ils vendent l’idée d’une intervention militaire et d’un changement de régime, que la presse grand public est pressée d’acheter. Beaucoup de « militants » et de porte-paroles de l’opposition syrienne sont étroitement liés (souvent financièrement) aux Etats Unis et à Londres – ceux-là mêmes qui feraient l’ intervention. Ce qui veut dire que les informations et les chiffres donnés par ces sources ne sont pas nécessairement de la pure information – de sont des arguments de vente dans une campagne de relations publiques.
Mais il n’est jamais trop tard pour poser des questions, pour examiner des sources. Poser des questions ne fait pas de vous un admirateur d’Assad – c’est un argument spécieux. Cele vous rend seulement moins susceptible d’être induit en erreur par la propagande. La bonne nouvelle, c’est qu’il nait un sceptique par minute.


Charlie Skelton www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jul/12/syrian-o...

traduit de l’anglais par Djazaïri

Les Jeux olympiques, machine à détruire les Communs ?

Et on continue avec les Nouvelles de l'Oncle Paul ...


La privatisation des mots - et du coup des champs semantiques entiers - se profile à l'horizon !!! En tout cas : un conseil si vous songer à aller aux JO de Londres, qui débutent vendredi prochain : laissez vos T-shirt Pepsi, votre parasol Burger King et votre bob Apple à la maison. Vous ne risquerez pas de vous faire refouler à l'entrée ... Sebastian Coe, à la tête du comité d’organisation des Jeux Olympiques, a créé la polémique en affirmant que les spectateurs portant un tee-shirt Pepsi pourraient être refoulés des sites olympiques, parce que Coca-Cola est le sponsor officiel de la manifestation...


Sebastian Coe en 2012

Le patron des Jeux Olympiques est l'ancien athlète Sebastian Coe, devenu Lord Coe en 2000.  Il est entré au Parlement anglais pour sièger en tant que député de Falmouth et Camborne de 1992 à 1997, pour le parti conservateur. Parmi ses ancêtres : deux propriétaires d'esclaves et des plantations sucrières à la Jamaïque : George Clarke, Lieutenant Governor de New York Colony et Edward Hyde de Norbury.
    

Bonjour,
Si vous voulez des frissons, voilà un article palpitant ! Il ne concerne pas seulement la dérive des Jeux Olympiques de Londres, mais la dérive de notre société toute entière à travers l'utilisation des droits de propriété intellectuelle. Les dispositions juridiques introduites par les multinationales, avec l'aval du Parlement britannique (mais cela pourrait se produire exactement de la même façon en France), au prétexte des JO de Londres, sont la préfiguration d'une dépossession sans précédent de nos libertés publiques, à commencer par notre droit inaliénable d'utiliser les mots du langage. Bientôt l'air que l'on respire ?
Quand les faucheurs volontaires ont commencé à faucher les champs d'OGM, des voix se sont élevées pour protester contre ce mode d'action, ou pour relativiser l'impact des OGM sur la santé. Il a fallu des années pour que les médias comprennent que les droits de propriété intellectuelle sur les semences étaient le véritable enjeu. Aujourd'hui, ce procédé d'appropriation du vivant s'étend à l'appropriation de notre esprit : il est impossible de penser sans les mots. De façon sidérante, l'interdiction d'utiliser certains mots devenus la "propriété" de multinationales lors des JO de Londres semble passer totalement inaperçue...alors que les médias britanniques sont aux prises avec cette interdiction.
Utilisons vite tous les mots interdits ! Qu'on se le dise !
SE


"Ces Jeux de Londres nous font pleinement entrer dans l’âge cyberpunk. Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle. On mesure alors toute la force des “droits exclusifs” attachés aux marques et au copyright, dès lors qu’ils s’exercent ainsi de manière débridée, dans un environnement saturé de signes et de logos. Cette propriété privé aboutit en fait bien à “priver” les citoyens de leurs libertés publiques pour les soumettre à la loi des corporations. Grâce à ces droits, ce sont des biens publics essentiels comme les mots du langage, l’information, l’espace urbain, les transports en commun, la gastronomie, les codes vestimentaires qui sont “privatisés”.

«La stratégie du nénuphar» ...

Ca faisait bien longtemps que je ne vous avais pas transféré de message de l'Oncle Paul. Et bien c'est reparti ;o))
La machine de guerre américaine est en mouvement perpétuel. Ramstein Air Base est une base aérienne des US Air Forces in Europe située près de la petite ville de Ramstein non loin de Kaiserslautern en Allemagne. C'est par là qu'on achemine des grands blessés américains de la guerre des Etats-Unis en Afrique - en toute discrétion.  Les médias grands public ne parlent pas de ces gueules cassées, ni des signes d'un changement de stratégie 
important. Par un rédeploiement de ressources en peau de chagrin, les planificateurs militaires prévoyent un futur d’interventions interminables à petite échelle dans lesquelles un grand nombre de bases, géographiquement dispersées, seront toujours préparées à un accès opérationnel instantané.
Ce renseignement vient de David Vine, assistant professor of anthropology à l'American University, Washington DC et l'auteur du témoignage Island of Shame : The Secret History of the U.S. Military Base on Diego Garcia (Princeton University Press, 2009). Son long article "U.S. Empire of Bases Grows" décrit ci-après cette évolution stratégique et montre que nous avons affaire à un colosse aux pieds d'argile - plutôt bête et méchante. 
Issu d’une famille d’hommes politiques influents (son grand-père était sénateur) liée à la dynastie des Kennedy, c'est Gore Vidal - qui vient de nous quitter - qui dénonce avec une très grande lucidité ce qu’il appelle «la politique impériale» des États-Unis et le grand myth de la démocratie américaine. Autrement dit ce qu'a crée la culture d'entreprise - Corporate America - au détriment de l'intérêt général, du bien-être mondial et de la santé planétaire ... 
Notre 'Siècle des Mensonges' est né avec les attentats de 9/11 et le nouvel Pearl Harbour tant désiré par Paul Wolfowitz et ses amis du Project for the New American Century (Cf.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Project_for_the_New_American_Century) ! Quel que soit l'avis des journalistes et échotiers acquis à la thèse de la version officielle, ces événéments furent nécessaires pour justifier ces lois 'sécuritaires et liberticides' que nous subissons. Evénéments pour lesquels les explications alternatives offrent une rigueur et une qualité logique bien supérieure aux explications du gouvernement américain et ses alliés !
Nous sommes confrontés au despotisme d'une puissance militaire ubuesque à la recherche des richesses minérales pour alimenter son apétit insatiable de pétrole, d'uranium, de coltan - sources d'énergie et des matières premières non-rénouvelables. Or l'économie capitaliste américaine se saborde par une déficience structurelle insoluble. Politique impériale donc en phase finale. Voici quelques éléments-clé d'analyse de la plume-bistouri de David Vine :
"La Grande-Bretagne, comme d’autres empires précédents, a eu à fermer la plupart de ses bases restantes à l’étranger au milieu d’une crise économique dans les années soixante et soixante-dix. Les Etats-Unis iront indubitablement dans cette direction tôt ou tard. La seule question est si le pays renoncera à ses bases et réduira volontairement sa mission globale ou s’il suivra le chemin de la Grande-Bretagne comme puissance en décadence obligée à renoncer à ses bases depuis une position de faiblesse ...
Ces nénuphars dangereux
Bien que la dépendance de petites bases puisse sembler plus intelligente et plus économique qu’entretenir d’ immenses bases qui ont souvent créé la colère dans des endroits comme Okinawa et la Corée du Sud, les nénuphars menacent la sécurité mondiale et celle des Etats-Unis, de plusieurs façons :
- D’abord, le langage « nénuphar » peut être trompeur, et intentionnellement ou autrement, ces installations peuvent rapidement grandir jusqu’à devenir des bêtes immenses.
- Deuxièmement, malgré la rhétorique sur la progression de la démocratie qui perdure encore à Washington, la construction de davanatge de nénuphars garantit en réalité la collaboration avec un nombre croissant de régimes despotiques, corrompus et assassins.
- Troisièmement, il existe un modèle bien documenté du dommage que les installations militaires de diverses tailles infligent aux communautés. Bien que les nénuphars semblent promettre l’isolement de l’opposition locale, avec le temps il arrive souvent que même les petites bases causent la colère et des mouvements contestataires.
- Finalement, une prolifération de nénuphars signifie la militarisation progressive de grandes aires du monde. Comme les vrais nénuphars – qui sont en réalité de mauvaises herbes aquatiques – les bases tendent à pousser et à se reproduire de façon incontrôlable  ... ".
 
La première chose que j’ai vue le mois dernier quand je suis entré dans cet avion-cargo C-17 gris foncé de la Force Aérienne fut la vacuité, il manquait quelque chose. Il manquait un bras gauche, pour être exact, taillé à la hauteur de l’épaule, temporairement rapiécé et uni. Une chair grosse, pâle, tachée d’un rouge brillant sur les bords. C’était une chair taillé en morceaux. Le visage et ce qui restait du reste d’homme étaient occultés par des couvertures, une couette avec le drapeau des USA et un fatras de tubes et de bandes, de fils de fer, de poches de perfusion, et de moniteurs médicaux.
Cet homme et deux autres soldats grièvement blessés – l’un avec deux moignons là où il avait eu des jambes, l’autre auquel il manquait une jambe sous la cuisse –étaient entubés, inconscients et couchés dans les lits de repos pendus aux murs de l’avion qui venait d’atterrir sur la Base aérienne Ramstein en Allemagne. Un tatouage dans le bras restant du soldat disait : « plutôt la mort que le déshonneur ».
J’ai demandé à un membre de l’équipe médicale de la Force Aérienne ce qu’il en était des victimes semblables à celles-ci. Plusieurs, comment dans ce vol, proviennent d’Afghanistan, m’a-t-il dit. « Plusieurs de la Corne d’Afrique », a-t-il ajouté. « En réalité les médias parlent très peu de cela ».
« D’où en Afrique ? » ai-je demandé. Il a dit qu’il ne le savait pas exactement, mais surtout de la Corne, souvent avec de graves blessures. « Plusieurs de Djibouti », a-t-il ajouté, en se référant à Camp Lemonnier, la principale base militaire des USA en Afrique, mais aussi « d’autres endroits » de la région.
Depuis les morts de «  La Chute du faucon noir  » (Black Hawk Down) en Somalie il y a presque 20 ans, nous avons entendu peu, si un peu, à propos des victimes militaires US en Afrique (en dehors d’une étrange information la semaine dernière sur trois commandos d’opérations spéciales morts, avec trois femmes identifiées par des sources militaires étasuniennes comme « des prostituées marocaines », dans un mystérieux accident automobile au Mali). La quantité croissante de patients qui arrivent à Ramstein depuis l’Afrique soulève le voile sur une transformation significative de la stratégie militaire des Etats-Unis pour le XXIe siècle.
Il est probable que ces victimes soient l’avant-garde de quantités croissantes de soldats blessés provenant de lieux très éloignés de l’Afghanistan et de l’Irak. Elles reflètent l’usage croissant de bases relativement petites comme Camp Lemonnier que les planificateurs militaires voient comme un modèlepour des futures bases des Etats-Unis « dispersées » , comme l’explique un universitaire, «  dans des régions où les Etats Unis n’ont précédemment pas entretenu de présence militaire  ».
Va disparaître l’époque où Ramstein était la base symbolique des Etats-Unis, un colosse de la taille d’une ville rempli de milliers ou des dizaines de milliers d’étasuniens, de supermarchés, de Pizza Huts, et autres facilités. Mais ne pensez pas, ni même une seconde, que le Pentagone fait ses valises, réduit sa mission mondiale et rentre à la maison. Dans les faits, en se basant sur les événements de ces dernières années, il est possible que ce soit tout le contraire. Tandis que diminue la collection de bases gigantesques de l’ère de la Guerre Froide, l’infrastructure des bases à l’étranger a éclaté en taille et en portée.
Sans que la majorité des habitants des Etats-Unis ne le sachent, la création de bases sur toute la planète progresse, grâce à une nouvelle génération de bases que les militaires nomment « Lily pads  » c’est-à-dire « nénuphars » (comme quand une grenouille saute à travers un étang vers sa proie). Ce sont de petites installations secrètes et inaccessibles avec une quantité restreinte de soldats, au confort limité, et à l’armement et à l’approvisionnement préalablement assurés.
Dans le monde entier, de Djibouti aux jungles du Honduras, des déserts de la Mauritanie aux petites Îles Cocos en Australie, le Pentagone cherche autant de nénuphars qu’il peut, dans autant de pays qu’ il peut, le plus rapidement possible. Bien qu’il soit difficile de faire des statistiques, compte tenue de la nature fréquemment secrète de ces bases, il est probable que le Pentagone ait construit plus de 50 nénuphars et autres petites bases depuis l’année 2000, tandis qu’il explore pour la construction de douzaines en plus.
Comme l’explique Mark Gillem, l’auteur de «  America Town : Building the Outposts of Empire  », le nouvel objectif est d’ « éviter » les populations locales, la publicité et l’opposition possible. «  Pour projeter leur pouvoir », dit-il, les Etats-Unis veulent « des postes avancés isolés et indépendants situés stratégiquement » dans le monde entier. Selon certains des plus forts promoteurs de la stratégie au sein de l’Institut de l’Entreprise Américaine, l’objectif doit être « de créer un réseau mondial de fortins frontaliers », avec des militaires US, « la ‘cavallerie mondiale’ du XXIe siècle ».
De semblables bases nénuphars sont devenues la partie sensible d’une stratégie militaire de Washington en développement, qui vise à maintenir la domination mondiale des Etats-Unis, en faisant beaucoup plus avec moins dans un monde de plus en plus compétitif, de plus en plus multipolaire. Il est assez remarquable, cependant, que cette politique d’ajustement des bases mondiales n’a suscité presque aucune attention publique, ni de supervision significative de la part du Congrès des Etats-Unis. Pendant ce temps, comme le montre l’arrivée des premières victimes d’Afrique, les militaires US sont impliquées dans de nouvelles zones du monde et dans de nouveaux conflits, aux conséquences potentiellement désastreuses.
Transformation de l’empire des bases
On pourrait penser que les militaires US se trouvent dans un processus de réduction, au lieu de l’expansion, de leur très peu connue mais énorme collection de bases à l’étranger. Après tout, ils ont été obligés de fermer toute leur panoplie de 505 bases, du mega au micro, qu’ils ont construit en Irak et maintenant ils commencent à réduire leurs forces en Afghanistan. En Europe, le Pentagone continue de fermer ses gigantesques bases en Allemagne et bientôt sortira deux brigades de combat de ce pays. On estime que la quantité de troupes mondiales sera réduite d’environ 100 000 soldats.
Cependant les Etats-Unis continuent de maintenir leur plus grand parc de bases de toute l’histoire : plus de 1 000 installations militaires en dehors de leurs 50 États et de Washington DC. Cela inclut des bases vielles de décennies en Allemagne et au Japon mais aussi des bases de drones totalement nouvelles en Éthiopie et aux Seychelles dans l’Océan indien [Où ils basent leurs MQ-9 Reaper UAV Predator], et y compris des stations balnéaires pour des estivants militaires en Italie et en Corée du Sud [Dragons Hill Lodge].
En Afghanistan, la force internationale dirigée par les Etats-Unis occupe encore plus de 450 bases. Au total, les militaires US ont une sorte de présence de leurs troupes dans à peu près 150 pays, pour ne pas mentionner les 11 groupes d’intervention des porte-avions – essentiellement des bases flottantes – et une présence militaire significative et croissante, dans l’espace. Les Etats-Unis dépensent actuellement environ 250 000 millions de dollars par an pour entretenir des bases et des troupes à l’extérieur.
Plusieurs bases, comme celle de la Baie du Guantanamo à Cuba, datent de la fin du XIXe Siècle. La majorité ont été construites ou ont été occupées pendant la Deuxième Guerre mondiale ou juste après, sur tous les continents, y compris l’Antarctique. Bien que les militaires US se débarrassassent de près de 60 % de leurs bases à l’étranger après la chute de l’Union Soviétique, la base de l’infrastructure de la Guerre Froide est restée relativement intacte, avec 60 000 soldats US qui sont restés seulement en Allemagne, malgré l’absence d’une superpuissance ennemie.
Cependant, début 2001, avant même les attaques du 11 septembre, le gouvernement de Bush a lancé une refonte importante des bases et des troupes qui se poursuit maintenant avec le « pivot Asie » d’Obama. Le plan original de Bush était de fermer plus d’un tiers des bases US à l’étranger et de déplacer ses troupes vers l’est et le sud, plus près des zones de conflit prévues au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, et en Amérique latine. Le Pentagone a commencé à se concentrer dans la création de « bases opérationnelles avancées » plus petites et flexibles et y compris des « sites de coopération » encore plus petits ou bien « nénuphars ». Les grandes concentrations de troupes étant restreintes à une quantité réduite de « Mobile offshore bases » (MOBs), – comme Ramstein, Guam dans le Pacifique, et Diego García dans l’Océan indien – qui devaient être étendues.
Malgré la rhétorique de consolidation et la fermeture qui a accompagné ce plan, après le 11 septembre en réalité le Pentagone a développé radicalement son infrastructure de bases, incluant des douzaines de bases importantes dans chaque pays du Golfe Persique avec l’exception de l’Iran et dans plusieurs pays d’Asie Centrale indispensables pour la guerre en Afghanistan.
Ils reprennent l’expansion des bases
« Un pivot vers l’Asie » annoncé récemment par Obama souligne que l’Asie orientale sera au centre de l’explosion des bases nénuphars et des événements en relation. En Australie, des soldats d’infanterie navale US se sont installés dans une base partagée à Darwin. Ailleurs, le Pentagone se consacre à des plans pour une base de drones et de surveillance dans les îles Cocos en Australie et de déploiements à Brisbane et Perth. En Thaïlande, le Pentagone a négocié les droits pour de nouvelles visites de leur Marine de Guerre et « un centre d’aide aux catastrophes » à U-Tapao.
Aux Philippines, où le gouvernement a expulsé les Etats-Unis de la gigantesque Base aérienne de Clark et de la Base Navale de Subic Bay au début des années quatre-vingt-dix, jusqu’à 600 soldats des forces spéciales sont entrain d’opérer silencieusement au sud du pays depuis janvier 2002. Le mois dernier, les deux gouvernements sont parvenus à un accord sur l’usage futur par les Etats-Unis de Clark et de Subic, ainsi que d’autres centres de réparation et d’approvisionnement datant de l’époque de la Guerre du Viêt-Nam. Comme un signe du changement des temps, les fonctionnaires étasuniens ont même signé en 2011 un accord de défense avec leur ancien ennemi, le Viêt-Nam, et ont entamé des négociations pour un usage croissant des ports vietnamiens par la Marine de Guerre US.
Dans d’autres sites en Asie, le Pentagone a reconstruit une piste d’atterrissage dans la petite île Titian près de Guam, et il réfléchit à des futures bases en Indonésie, en Malaisie et à Brunei, tandis qu’il établit des liens militaires plus étroits avec l’Inde. Ses forces armées mènent chaque année environ 170 exercices militaires et 250 visites dans des ports de la région. Dans l’île Jeju en Corée du Sud, les militaires coréens construisent une base qui fera partie du système de défense de missiles des Etats-Unis à laquelle auront régulièrement accès les forces étasuniennes.
« Nous ne pouvons pas simplement être dans un seul endroit pour faire tout le nécessaire », a dit le commandant du Commando du Pacifique, l’Amiral Samuel Locklear III. Pour les planificateurs militaires, « faire tout le nécessaire » se défini clairement comme l’isolement et (dans la terminologie de la Guerre Froide) la « contention » de la Chine, la nouvelle puissance de la région. Cela signifie évidemment de « parsemer » toute la région de nouvelles bases, en les ajoutant aux quelque 200 bases étasuniennes qui ont encerclé la Chine durant des décennies depuis le Japon, la Corée du Sud, Guam et Hawaï.
Et l’Asie , c’est seulement le début. En Afrique, le Pentagone a silencieusement créé « près d’une douzaine de bases aériennes » pour drones et de la surveillance dès 2007. En dehors de Camp Lemonnier, nous savons que les militaires ont créé ou créeront bientôt des installations au Burkina, au Burundi, dans la République Centrafricaine, en Éthiopie, au Kenya, en Mauritanie, à São Tomé et Prince, au Sénégal, aux Seychelles, au Soudan du Sud, et en Ouganda. Le Pentagone a aussi enquêté sur la construction de bases en Algérie, au Gabon, au Ghana, au Mali et au Nigeria, et dans d’autres endroits.
L’année prochaine, une force de la taille d’une brigade de 3.000 soldats, et « probablement plus », arrivera pour mener des exercices et des missions d’entraînement dans tout le continent. Dans le Golfe Persique voisin, la Marine de Guerre développe une « base avancée flottante », ou « navire-mère » , pour servir de « nénuphar » flottant à des hélicoptères et à des patrouilleurs, et se trouve engagée dans une augmentation massive des forces dans la région.
En Amérique Latine, après l’expulsion des militaires du Panama en 1999 et de l’Équateur en 2009, le Pentagone a créé ou actualisé de nouvelles bases à Aruba et Curaçao [louée à la Hollande], au Chili, en Colombie, au Salvador et au Pérou. Dans d’autres endroits, le Pentagone a financé la création de bases militaires et policières capables d’héberger des forces étasuniennes au Belize, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, au Costa Rica, et même en Équateur. En 2008, la Marine de guerre a relancé sa Quatrième Flotte, inactive depuis 1950, pour patrouiller dans la région. Les militaires peuvent désirer une base au Brésil et ils ont vainement essayé de créer des bases, soit disant pour l’aide humanitaire et l’aide d’urgence au Paraguay et en Argentine.
Finalement en Europe, après être arrivées dans les Balkans pendant les interventions des années quatre-vingt-dix, les bases américaines se sont déplacées à l’est , vers certains des États du bloc oriental de l’ex-empire soviétique. Le Pentagone développe actuellement les installations capables d’appuyer des déploiements rotatifs, de la taille de brigades, en Roumanie et en Bulgarie, et une base de défense de missiles et des installations d’aviation en Pologne. Préalablement, le gouvernement de Bush a géré deux installations occultes (des prisons secrètes) de la CIA en Lituanie et l’autre en Pologne. Les citoyens de la République Tchèque ont refusé une base pour radar planifiée pour le système de défense de missiles du Pentagone, qui n’a pas été encore approuvé, et maintenant la Roumanie recevra des missiles basés à terre.
Un nouveau mode de guerre des Etats-Unis.
Un des « nénuphar » dans l’une des îles du Golfe de Guinée, São Tomé et Prince, en face de la côte occidentale, riche en pétrole, de l’Afrique, aide à expliquer ce qui arrive. Un fonctionnaire étasunien a décrit la base comme « l’autre Diego Garcia » en se référant à la base de l’Océan indien qui a aidé à assurerdes décennies de domination des Etats-Unis sur la livraison d’énergie du Moyen-Orient. Sans la liberté de créer de nouvelles grandes bases en Afrique, le Pentagone utilise São Tomé et un bouquet croissant d’autres « nénuphars » dans le continent avec l’intention de contrôler une autre région cruciale riche en pétrole.
Beaucoup plus loin de l’Afrique de l’Ouest, la compétition dans le « Grand Jeu » du XIXe Siècle pour l’Asie centrale est vraiment revenue, et cette fois de manière mondiale. Elle s’étend sur des terres riches en matières premières d’Afrique, d’Asie et de l’Amérique du Sud, tandis que des Etats-Unis, la Chine, la Russie et les membres de l’Union Européenne s’affrontent dans une concurrence de plus en plus intense par la suprématie économique et géopolitique.
Tandis que Pékin, en particulier, a participé à cette compétition d’une manière surtout économique, marquant le globe avec des investissements stratégiques, Washington s’est implacablement concentré sur la force militaire comme son pli global, marquant la planète avec de nouvelles bases et d’autres formes de pouvoir militaire. « Oubliez les invasions à grande échelle et les vastes occupations sur le continent eurasiatique », a écrit Nick Turse à propos de cette nouvelle stratégie militaire du XXI.eme Siècle « Au lieu de cela pensez aux forces d’opérations spéciales … à des armées prête-noms … une militarisation de l’espionnage et de l’intelligence … des avions drones sans équipage … des attaques cybernéticiennes et des opérations conjointes du Pentagone et d’ organismes gouvernementaux ’civils’ de plus en plus militarisés ».
À cette puissance aérienne et navale de longue portée incomparable il faut ajouter : les ventes d’armes qui dépassent n’importe quel pays de la Terre ; les missions humanitaires et d’aide dans les catastrophes qui servent clairement des fins d’intelligence militaire, patrouilles et fonctions dirigées de « cœurs et esprits » ; le déploiement en rotation de forces régulières des Etats-Unis dans le monde entier ; les visites des ports et le déploiement expansif d’exercices militaires conjoints et de missions d’entraînement qui donnent aux militaires US une « présence » de fait dans le monde entier et qui aident à transformer des militaires étrangers en forces prête-nom qui agissent à leur place.
Et de plus en plus de bases nénuphars.
Les planificateurs militaires prévoient un futur d’interventions interminables à petite échelle dans lesquelles un grand nombre de bases, géographiquement dispersées, seront toujours préparées à un accès opérationnel instantané. Avec des bases dans le plus grand nombre d’endroits possibles, les planificateurs militaires veulent être en condition de se retourner vers un autre pays voisin suffisamment près si les Etats-Unis ne peuvent pas utiliser une base définie, comme ce fut le cas en Turquie avant l’invasion de l’Irak. Autrement dit, les fonctionnaires du Pentagone rêvent d’une flexibilité presque illimitée, d’une capacité de réagir avec une rapidité remarquable devant des événements n’importe où dans le monde, et par conséquent quelque chose qui s’approche un peu d’un contrôle militaire total de la planète.
Au-delà de leur utilité militaire, les « bases nénuphars » et autres formes de projection du pouvoir sont aussi des instruments politiques et économiques utilisés pour construire et pour maintenir des alliances et pour assurer un accès privilégié des Etats-Unis aux marchés, aux ressources et à des opportunités d’investissement à l’étranger. Washington planifie d’utiliser « des bases nénuphars » et d’autres projets militaires pour attacher des pays d’Europe Orientale, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine le plus étroitement possible aux militaires étasuniens, et ainsi à l’hégémonie continue politico-économique des Etats-Unis. En conclusion, les fonctionnaires US espèrent que le pouvoir militaire enracine leur influence et maintienne le plus grand nombre possible de pays dans leur orbite étasunienne à une époque où certains affirment encore leur indépendance avec plus de force et gravitent vers la Chine et d’autres puissances ascendantes.
Ces nénuphars dangereux
Bien que la dépendance de petites bases puisse sembler plus intelligente et plus économique qu’entretenir d’ immenses bases qui ont souvent créé la colère dans des endroits comme Okinawa et la Corée du Sud, les nénuphars menacent la sécurité mondiale et celle des Etats-Unis, de plusieurs façons :
- D’abord, le langage « nénuphar » peut être trompeur, et intentionnellement ou autrement, ces installations peuvent rapidement grandir jusqu’à devenir des bêtes immenses.
- Deuxièmement, malgré la rhétorique sur la progression de la démocratie qui perdure encore à Washington, la construction de davanatge de nénuphars garantit en réalité la collaboration avec un nombre croissant de régimes despotiques, corrompus et assassins.
- Troisièmement, il existe un modèle bien documenté du dommage que les installations militaires de diverses tailles infligent aux communautés. Bien que les nénuphars semblent promettre l’isolement de l’opposition locale, avec le temps il arrive souvent que même les petites bases causent la colère et des mouvements contestataires.
- Finalement, une prolifération de nénuphars signifie la militarisation progressive de grandes aires du monde. Comme les vrais nénuphars – qui sont en réalité de mauvaises herbes aquatiques – les bases tendent à pousser et à se reproduire de façon incontrôlable. Certes, les bases tendent à engendrer des bases, en créant « des racines de bases » avec d’autres nations, augmentant les tensions militaires, et en décourageant les solutions diplomatiques aux conflits. Après tout : comment réagiraient les Etats-Unis si la Chine, la Russie, ou l’Iran construisaient même une seule « base nénuphar » au Mexique ou aux Caraïbes ?
Pour la Chine, et la Russie en particulier, plus de bases US près de leurs frontières menacent de provoquer de nouvelles guerres froides. Plus inquiétant encore, la création de nouvelles bases pour se protéger contre une future menace militaire supposée chinoise peut arriver à devenir une prophétie qui s’auto réalise : des bases semblables en Asie créeront probablement une menace contre laquelle, à ce qu’on suppose, on doit se protéger, en faisant qu’une guerre catastrophique contre la Chine soit plus probable, rien de moins.
Il est encourageant, cependant, que les bases situées à l’étranger aient commencé à générer des critiques à travers l’ensemble du spectre politique depuis la sénatrice républicaine Kay Bailey Hutchison et le candidat présidentiel républicain Ron Paulau sénateur démocrate Jon Tester et au chroniqueur du New York Times, Nicholas Kristof. Tandis que tous cherchent des moyens de réduire le déficit, la fermeture de bases à l’étranger permet une économie facile. Certes, de plus en plus de personnages influents reconnaissent que le pays ne peut tout simplement pas se permettre plus de 1 000 bases à l’étranger.
La Grande-Bretagne, comme d’autres empires précédents, a eu à fermer la plupart de ses bases restantes à l’étranger au milieu d’une crise économique dans les années soixante et soixante-dix. Les Etats-Unis iront indubitablement dans cette direction tôt ou tard. La seule question est si le pays renoncera à ses bases et réduira volontairement sa mission globale ou s’il suivra le chemin de la Grande-Bretagne comme puissance en décadence obligée à renoncer à ses bases depuis une position de faiblesse.
Certes, les conséquences de ne pas choisir un autre chemin vont au-delà des motifs économiques. S’ils poursuivent la prolifération des nénuphars, des forces d’opérations spéciales et les guerres de drones, il est probable que les Etats-Unis feront face à de nouveaux conflits et à de nouvelles guerres, générant des formes inconnues de réaction et de mort et destruction indicible. Dans ce cas, il vaut mieux que nous nous préparons à l’arrivée de bien d’autres vols –depuis la corne de l’Afrique jusqu’au Honduras– qui transportent non seulement des amputés, mais aussi des cercueils.
© Copyright 2012 David Vine
* David Vine est professeur assistant d’anthropologie à l’American University à Washington DC. Il est l’auteur « d Island of shame : The Secret History of the U.S. Military De base on Diego Garcia  » (Princeton University Press, 2009). Il a écrit pour The New York Times, Washington Post, The Guardian, et Mother Jones, notamment. Il termine actuellement un livre sur plus de 1 000 bases militaires usaméricaines situées en dehors des Etats-Unis.
TomDispach. USA, 15 juillet 2012.
Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi
El Correo. Paris, 18 juillet 2012.