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samedi 18 octobre 2014

Comment la cocaïne nous a sauvés de la crise financière

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Comment la cocaïne nous a sauvés de la crise financière


Sept ans après "Gomorra", Roberto Saviano raconte comment la cocaïne est devenue le meilleur moyen de gagner beaucoup, beaucoup d'argent. Entretien.


Une saisie de 7 tonnes de cocaïne, en Colombie, en avril 2014. (©Leonardo Munoz/EFE/SIPA)Une saisie de 7 tonnes de cocaïne, en Colombie, en avril 2014. (©Leonardo Munoz/EFE/SIPA)








De notre envoyé spécial à Rome

Condamné à mort par la Camorra napolitaine, il vit depuis neuf ans en citoyen clandestin. Victime et prisonnier de son succès médiatique, paria dans sa propre société, l'auteur de «Gomorra» est protégé jour et nuit par un groupe de carabiniers, d'autant plus sur le qui vive qu'il témoignera le 10 novembre à Naples lors du procès des deux parrains qui ont lancé le contrat sur sa tête.
Pour Roberto Saviano, écrire, c'est résister. Avec son nouveau livre, «Extra pure», il nous plonge dans l'économie de la cocaïne et au coeur de ses réseaux criminels. Un voyage stupéfiant sur tous les continents  du Mexique à la Russie, de la Colombie au Nigeria en passant par les Etats-Unis, l'Italie, l'Espagne et la France. Une enquête tout-terrain pour laquelle, paradoxalement, les liens privilégiés de Saviano avec la police et la justice lui ont permis d'accéder à des sources et des témoignages rares.
Le narcotrafic représente aujourd'hui la première industrie au monde. La carte de la planète est dessinée par le pétrole, mais aussi par le «pétrole blanc», comme l'appellent les parrains nigérians. Or noir, or blanc. A double titre: blancheur de la poudre et blanchiment de l'argent.
Car les liquidités colossales de la drogue sont recyclées par les banques américaines et européennes, là même où se trouvent les plus gros marchés de consommateurs. «Nul marché et nul investissement ne rapportent autant que la coke», va jusqu'à écrire l'auteur. Ce sont les centaines de milliards de dollars du narcotrafic qui ont, selon lui, sauvé en partie les banques lors de la crise des subprimes de 2008.
Pour Roberto Saviano, la coke est à la fois miroir et révélateur du capitalisme mondialisé. Le journaliste et écrivain démonte les rouages de cette économie parallèle où les distributeurs ont pris l'ascendant sur les producteurs, où les cartels mexicains, en privatisant le marché de la drogue et en l'ouvrant à une concurrence féroce, ont dépassé de loin les horreurs des producteurs colombiens. Et où l'Afrique est devenue une nouvelle plaque tournante à destination d'une Europe toujours plus en manque. Car, depuis que la crise fait rage, la consommation de coke, «drogue de la performance», s'est littéralement envolée. Rencontre avec un auteur sous haute surveillance.
Roberto Saviano (SIPA)
(©AGF s.r.l. / Rex Featur/REX/SIPA)
Le Nouvel Observateur Vous écrivez que la carte du monde est aujourd'hui dessinée par le pétrole et la cocaïne, le carburant des moteurs et celui des corps. Quelle est l'importance du trafic de la cocaïne dans le monde?
Roberto Saviano La demande de pétrole est toujours forte, et celle de la coke explose. Mais la cocaïne reste le marché le plus profitable du monde. On estime sa production entre 788 tonnes et 1060 tonnes par an et le marché à 352 milliards de dollars. Vous pouvez rencontrer de grosses difficultés pour vendre des diamants de contrebande, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui n'arrive pas à vendre de la coke. Si je veux faire un investissement, disons de 1000 euros, dans une action d'Apple, au bout d'un an je gagnerai 1300 ou 1400 euros. Si je fais le même investissement en cocaïne, au bout d'un an, je gagnerai 180.000 ou 200.000 euros. Il n'y a rien qui va vous faire gagner autant. Et la violence du business est à la mesure de ce chiffre d'affaires.
La cocaïne a-t-elle supplanté l'héroïne ?
Le marché de l'héroïne est inférieur même s'il faut bien dire qu'on a très peu de données sur deux très grands marchés, ceux de la Chine et de l'Iran. L'héroïne a toujours été importante dans les pays d'Europe de l'Est, car elle ne coûte rien. En Russie, avec 3 euros, tu peux te faire un shoot. Mais en Italie ou en France, même aux Etats-Unis, elle connaît une phase de crise. L'héro a une mauvaise image. L'aiguille fait encore plus peur depuis les années sida. Personne ne veut se sentir un zombie toxicomane.
Personnellement, je n'ai jamais essayé ni héroïne ni cocaïne, pour une question morale, et aussi parce que j'ai grandi dans une région où il était très difficile de se droguer: la Camorra ne vendait pas de drogue sur son propre territoire. Sur la base des témoignages que j'ai entendus, l'héroïne est la reine des drogues pour procurer la même sensation qu'un orgasme pendant quinze minutes.
Avec la cocaïne, c'est exactement le contraire : ce n'est pas une phase de quelques minutes, c'est un état beaucoup plus long pendant lequel il y a une hyperperception des choses. Si je suis sous l'effet de la cocaïne, je n'ai pas une déformation de la réalité, mais j'en éprouve mille fois plus la sensation. Ça épouse pleinement notre temps, où tout est communication. Plus le monde accélère, plus il y a de coke; moins on a de temps pour des relations stables et des échanges réels, plus il y a de coke.





Quelle est la nouvelle carte du monde de la cocaïne aujourd'hui?
Le centre du monde, pour ce qui concerne le narcotrafic en tant que pouvoir criminel, c'est le Mexique, frontalier des Etats-Unis. Pour arriver en Europe - le marché européen de la coke a presque rejoint celui de l'Amérique -, la cocaïne passe à travers l'Afrique (francophone, notamment) équatoriale. Et puis elle arrive en Europe à travers l'Espagne ou les pays d'Europe de l'Est. Le premier pays producteur au cours de ces derniers mois, c'est le Pérou, ce n'est plus la Colombie qui est devenue le deuxième. Et la cocaïne de meilleure qualité, c'est la cocaïne bolivienne.
C'est au Mexique qu'a eu lieu la première révolution dans le trafic de la cocaïne.
Le grand tournant a eu lieu dans les années 1980 quand les Mexicains se positionnèrent en véritables distributeurs, et non plus en simples transporteurs. Cela se passe comme dans la grande distribution : le distributeur devient souvent le principal concurrent du producteur et bientôt le dépasse en profits.
Le mot «cartel» fait partie du vocabulaire économique et désigne les producteurs qui fixent d'un commun accord les prix et les quantités, qui décident comment, où et quand commercialiser un bien. Ce qui est valable pour l'économie légale l'est pour l'économie illégale.
La révolution s'est produite quand Pablo Escobar dit «El Magico», le parrain colombien de Medellín, passa un accord avec Félix Gallardo surnommé « El Padrino», ancien de la police judiciaire fédérale du Mexique. C'est Félix Gallardo qui créa les cartels mexicains en structurant le territoire en zones et en établissant un modèle de cohabitation entre cartels.
Depuis, les règles du jeu ont changé. On a assisté à une escalade dans l'horreur. AuMexique, la guerre de la coke a fait des dizaines de milliers de morts (plus de 50.000 morts entre 2006 et 2012). C'est l'emballement des nouveaux cartels: des structures plus flexibles, une grande familiarité avec la technologie, des massacres spectaculaires, d'obscures philosophies pseudo-religieuses liées à une fascination pour les films violents et les émissions de télé-réalité. Et une furie meurtrière à faire pâlir tous ceux qui les ont précédés. Les acteurs se multiplient. Les Zetas et la Familia, assassins sanguinaires, ont pris le pire des corps paramilitaires, le pire de la Mafia et le pire des narcotrafiquants.
Et en Colombie ?
La guerre contre les cartels a été en partie gagnée. Et pourtant, après des décennies d'effort pour éliminer les narcos colombiens et la fin du Cartel de Cali, la part de marché que le pays a perdue est bien inférieure à ce qu'on pourrait imaginer. Les hommes passent, les armées se démobilisent, mais la coca reste.
Après des années de politique de terre brûlée, au sens littéral, la cocaïne colombienne représente encore presque la moitié de toute celle consommée dans le monde. L'histoire du trafic de drogue en Colombie est une histoire de vides, et de transformations. Une histoire capitaliste. Si la Colombie n'est plus un narco-Etat, ce vide s'est rempli de micro-trafiquants par centaines.





Comment l'Afrique est-elle devenue une plaque tournante?
Comme une épidémie, la cocaïne s'est répandue sur le continent africain à une vitesse effrayante. Le Sénégal, le Liberia, les îles du Cap-Vert, le Mali, la Guinée-Conakry, la Sierra Leone, l'Afrique du Sud, la Mauritanie, l'Angola sont touchés. L'Afrique est vulnérable car la vacance ou la faiblesse du pouvoir, la corruption d'un Etat qui a en face de lui une organisation proposant et incarnant l'ordre, favorisent le développement des mafias.
Au cours des années 2000, les narcotrafiquants américains, italiens, corses et des pays d'Europe de l'Est se sont rendu compte que l'Afrique pourrait être un immense dépôt de drogue. On a vu se développer des alliances entre Mexicains, Calabrais, et Corses qui ont des relations avec des politiques locaux et des militaires.
La seule mafia africaine, c'est la mafia nigériane. A part au Sénégal, au Burkina-Faso et au Ghana, où il y a bien évidemment de la corruption, mais où le narcotrafic n'a pas de grands alliés, je vois avec beaucoup de désespoir et sans illusion l'avenir des autres Etats, en particulier le Liberia ou la Guinée-Bissau. Ce ne sont que des narco-Etats où il est très facile de faire arriver la cocaïne, et très facile de la cacher aussi. Et ces pays sont en contact avec les pays du Maghreb, le Maroc par exemple.
La coke transite par le Maroc et passe du Maroc à l'Espagne...
Ou bien par les pays du Maghreb vers Gioia Tauro et Livourne en Italie, ou Rotterdam. Marseille, c'est l'affaire des Corses ou des organisations du Maghreb français qui sont devenues très puissantes en ce qui concerne la distribution. Au Maroc, les vieux narcotrafiquants marocains ne veulent absolument pas de la cocaïne mais du haschisch. Car ils savent que le trafic de haschisch est toléré d'une façon ou d'une autre. Mais les plus jeunes veulent justement développer un nouveau marché.
Au Maroc, Ceuta est une plaque tournante fondamentale, mais la Tunisie, aujourd'hui, qui est actuellement déstabilisée, prend de nouveaux relais. La chose intéressante, c'est que le terrorisme islamiste est en cheville avec les organisations criminelles mafieuses sur ces territoires. Les islamistes dénoncent l'usage de la drogue, tout en prenant une part active dans le trafic. La cocaïne est en train de changer la géographie et la géopolitique de l'Afrique.
Quel est le rôle de la mafia corse ?
J'ai trouvé beaucoup de difficultés, au cours des dernières années, à m'occuper véritablement des organisations criminelles françaises. Car en France, il n'y a aucune culture antimafia. Les gens pensent toujours que ce ne sont que des criminels, à traiter comme des criminels. Or ce sont des entrepreneurs en mesure d'influencer la politique française.
Les Corses ont beaucoup changé au fil des dernières années. Le FLNC a des contacts étroits avec la mafia corse dont la force a été de gérer le narcotrafic en Afrique. Quand Marseille a vu chuter la contrebande des cigarettes et le trafic d'héroïne, les Corses ont commencé à développer le narcotrafic de cocaïne. Et les Corses sont devenus les véritables gérants d'un joint-venture avec l'Afrique.





Selon votre enquête, l'immense majorité de l'argent de la drogue est recyclée par les banques américaines et européennes. Pis, vous écrivez que, lors de la crise des «subprimes», les milliards de dollars du narcotrafic ont sauvé les banques.
Avec l'argent de la coke, on achète d'abord les politiciens et les fonctionnaires, et ensuite un abri dans les banques. Blanchir est une opération gagnante. Il n'y a aucun employé ou dirigeant de banque qui ait dû voir l'intérieur d'une prison à cause de ça. Dans la seconde moitié de 2008, les liquidités sont devenues le principal problème des banques.
Comme l'a souligné Antonio Maria Costa, qui dirigeait le bureau drogue et crime à l'ONU, les organisations criminelles disposaient d'énormes quantités d'argent liquide à investir et à blanchir. Les gains du narcotrafic représentent plus d'un tiers de ce qu'a perdu le système bancaire en 2009, comme l'a dénoncé le FMI, et les liquidités des mafias ont permis au système financier de rester debout.
La majeure partie des 352 milliards de narcodollars estimés a été absorbée par l'économie légale. Quelques affaires en ont révélé l'ampleur. Plusieurs milliards de dollars ont transité par les caisses du Cartel de Sinaloa vers des comptes de la Wachovia Bank, qui fait partie du groupe financier Wells Fargo. Elle l'a reconnu et a versé en 2010 une amende de 110 millions à l'Etat fédéral, une somme ridicule comparée à ses gains de l'année précédente de plus de 12 milliards de dollars.
D'après le FBI, la Bank of America aurait permis aux Zetas de recycler leurs narcodollars. HSBC et sa filiale américaine, HBUS, a payé un milliard de dollars d'amende au gouvernement américain pour avoir blanchi de l'argent du narcotrafic. Aux Etats-Unis, à cause du Patriot Act, les autorités se sont intéressées aux liens entre le financement du terrorisme et l'argent de la drogue. Le Sénat a créé une commission d'enquête sur ce sujet et le sénateur Carl Levin travaille sur le blanchiment du Crédit suisse.
Si les banques qui ont leur siège à Wall Street et dans la City ne sont pas les seules à entretenir des liens privilégiés avec les barons de la drogue et si elles sont installées un peu partout dans le monde comme la Lebanese Canadian Bank de Beyrouth, il y a un manque criant d'investigation en Europe. L'ONU, à partir de 2006, a dénoncé le fait qu'il y ait de l'argent provenant du narcotrafic dans les banques européennes.
Lichtenstein, Luxembourg, Andorre, la République de Saint-Marin, Monaco, personne ne sait vraiment ce qui se passe en termes de flux d'argent. Dans quelles banques françaises se trouve l'argent du narcotrafic? Mystère. Les banques françaises n'ont rien à dire à ce propos, pas plus que les italiennes ou les allemandes. Il n'y a eu aucune prise de position réelle à ce sujet. Or on blanchit beaucoup plus d'argent aujourd'hui à Londres qu'à La Barbade.
A Londres et à New York ?
New York et Londres sont aujourd'hui les deux plus grandes blanchisseries d'argent sale au monde. Londres est complètement opaque en ce qui concerne le narcotrafic. Paradoxalement, à Wall Street, l'argent a déjà été transformé. A Londres, on va le transformer.
Pour vous, aucun investissement ne rapporte autant que la coke, une valeur refuge. Votre enquête est-elle aussi une critique du capitalisme?
Le capitalisme criminel, c'est le capitalisme qui est géré par des organisations criminelles sur la base de leurs propres règles. J'ai voulu commencer mon livre avec l'histoire d'un boss qui raconte comment il voit la vie.
Il dit que les lois de l'Etat sont les règles d'un camp qui veut baiser l'autre. Et que lui, que nous, les «hommes d'honneur», personne ne nous baise. Que les lois sont pour les lâches et les règles d'honneur sont pour les hommes. On pourrait dire que ses règles sont celles de n'importe quel PDG : l'absence de sentiments pour les concurrents, l'hypocrisie, l'idée de la compagnie comme une famille à laquelle on doit tout.
Pour comprendre les stratégies mafieuses, il y a trois textes de références: Sun Tzu, Machiavel et Von Clausewitz. Une organisation criminelle, sans règles, ce n'est pas une mafia. Aujourd'hui, en Italie, il n'y a pas une classe dirigeante qui puisse être comparée, en matière de faculté à tout supporter, aux organisations mafieuses.
Je cite un exemple. Est-ce que vous réussiriez à vivre dans une pièce de 10 ou 15 mètres carrés pendant dix ans, sans jamais téléphoner à personne, sans que personne ne vous téléphone, en ne parlant qu'à deux personnes seulement parce que vous n'avez confiance qu'en deux personnes, sans jamais voir vos enfants, et en sachant que votre propre destin est soit de mourir, soit d'être emprisonné?
J'ai très bien vu la façon dont on vit quand on est en prison avec un régime d'incarcération dur. Je vis sous protection depuis dix ans environ. Disons que je suis un peu préparé. Mais jamais je n'arriverais à vivre comme ça. Je serais complètement déprimé, je ne ferais que pleurer tout le temps.
Eux, quand ils sont emprisonnés avec un régime d'incarcération dur, ils pensent en termes d'ère historique. Seuls mon silence, la prison ou ma mort permettra à mon neveu de garder le pouvoir, d'être un parrain et de commander les hommes fidèles de ma famille. En politique ou dans la finance, il n'y a rien de pareil, il n'y a aucun raisonnement aussi radical.
Pensez-vous qu'il faille légaliser la drogue ?
Ce que la crise ne détruit pas, ce qu'elle renforce au contraire, ce sont les économies criminelles. Depuis que la crise a éclaté, la consommation de coke s'est envolée. Pour les mafias, la drogue, c'est toujours comme un distributeur automatique d'argent. Malgré la police et les saisies, la demande de coke sera toujours plus énorme.
La coke est un carburant. Une énergie dévastatrice, terrible, mortelle. Mais aussi terrible que cela puisse paraître, la légalisation des drogues pourrait être la seule solution. Car elle frappe là où la cocaïne trouve un terreau fertile, dans la loi de l'offre et de la demande.
Propos recueillis par François Armanet





Roberto Saviano, bio express

Né à Naples en 1979, ROBERTO SAVIANO est écrivain, journaliste et essayiste. Son premier livre, «Gomorra. Dans l'empire de la Camorra» (Gallimard, 2007), s'est vendu à 5 millions d'exemplaires dans le monde. Le film tiré de son livre a remporté de très nombreuses récompenses dont le Grand Prix du jury à Cannes en 2008. Il a également publié chez Robert Laffont «la Beauté et l'Enfer», «le Contraire de la mort. Scènes de la vie napolitaine» et «Le combat continue. Résister à la Mafia et à la corruption». Son nouveau livre, «Extra pure. Voyage dans l'économie de la cocaïne», est sorti le 16 octobre chez Gallimard.
Cet entretien exclusif a paru, accompagné d'extraits, dans "l'Obs" du 9 octobre 2014.
 

vendredi 6 avril 2012

je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir

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En Grèce, des centaines de personnes se sont rassemblées ce jeudi soir sur la place Syntagma d’Athènes, là-même où un retraité s’est donné la mort, mercredi. Une manifestation pour dire leur colère à l‘égard des mesures d’austérité imposées par les bailleurs de fonds et qui seraient à l’origine du geste désespéré du retraité. Quelques heurts ont éclaté avec les forces de l’ordre. La veille, un rassemblement similaire avait réuni près d’un millier de personnes.

C’est à proximité d’un vieux cyprès, sur la place emblématique de la mobilisation contre l’austérité, que l’homme s’est suicidé. Depuis, de nombreux Grecs sont venus déposer une bougie, une fleur ou un message et dire leur colère et leur indignation.

“Tout le monde est affecté par ce qui s’est passé, affirme un habitant d’Athènes. Les seuls qui ne le sont pas sont ceux qu’on trouve là-bas”, dit-il en pointant du doigt le Parlement grec, là où ont été votés les différents plans d’austérité.

“C’est une honte, une grande honte, ajoute une retraitée. Ce pourrait être quelqu’un de notre famille. On est tous confronté aux mêmes difficultés. Aujourd’hui, j’ai reçu ma prime de Pâques, et au lieu de toucher 400 euros, je n’ai reçu que 180 euros. Comment je vais vivre avec ça ? “

Pour expliquer son geste, l’homme a laissé une lettre. La presse en a publié des extraits ce jeudi.

Ainsi ces quelques mots : “je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir”. L’homme avait 77 ans.

dimanche 29 janvier 2012

Dix idées pour sortir de l’absurdité

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27 janvier 2012
Süddeutsche Zeitung Munich

Beppe Giacobbe

C’est inexplicable mais c’est entré dans nos mœurs : voilà des années que l’on dépouille la collectivité et que l’on ruine la démocratie, dénonce Ingo Schulze. L’écrivain allemand livre ses pistes pour renouer avec le bon sens. Extraits.

Cela faisait quelque chose comme trois ans que je n’avais plus écrit d’article, pour la simple raison que je ne savais plus quoi écrire. Tout saute aux yeux : le délitement de la démocratie, la polarisation économique et sociale croissante entre pauvres et nantis, la ruine de l’Etat social, la privatisation et, partant, la marchandisation de tous les domaines de la vie, et ainsi de suite.

Quand, jour après jour, on nous sert le non-sens comme une chose naturelle, il est normal que l’on finisse, tôt ou tard, par se sentir soi-même malade et déviant. Voici, résumées ici, quelques considérations qui me paraissent importantes :

1. Parler d’atteinte à la démocratie est un euphémisme. Une situation dans laquelle la minorité d’une minorité est habilitée, en toute légalité, à porter gravement préjudice à l’intérêt général au nom de l’enrichissement personnel, est post-démocratique. Le coupable n’est autre que la collectivité elle-même, incapable d’élire des représentants aptes à défendre ses intérêts.

2. On nous serine tous les jours que les gouvernements doivent "regagner la confiance des marchés". Par "marchés", on entend principalement les bourses et les marchés financiers, autrement dit ces acteurs de la finance qui spéculent pour le compte d’autrui ou pour leur intérêt propre, dans le but de dégager un maximum de profit. Ceux-là mêmes qui ont dépossédé la collectivité de montants faramineux. Et les représentants suprêmes du peuple devraient se battre pour regagner leur confiance ?

3. Nous nous indignons à juste titre de la conception de Vladimir Poutine d’une démocratie "dirigée". Mais pourquoi Angela Merkel n’a-t-elle pas été poussée à la démission à l’époque où elle parlait de "démocratie conforme aux marchés" ?

4. A la faveur de l’effondrement du bloc de l’Est, certaines idéologies se sont muées en hégémonies, et leur emprise a été telle qu’elle en a semblé naturelle. Considérée comme un phénomène en tous points positif, la privatisation en apporte un exemple. Tout ce qui demeurait entre les mains de la collectivité était jugé inefficace et contraire aux intérêts du client. Ainsi, l’on a vu émerger un climat ambiant qui devait conduire, tôt ou tard, à déposséder la collectivité de son pouvoir.

5. Autre idéologie à avoir connu un succès retentissant : la croissance. "Sans croissance, il n’y a rien", a décrété un jour la chancelière, il y a des années de cela. On ne peut parler de la crise de l’euro sans citer ces deux idéologies.

6. La langue dont usent les responsables politiques censés nous représenter n’est plus du tout en phase avec la réalité (j’ai déjà vécu une situation similaire en RDA). C’est la langue des certitudes, qui n’est plus mise à l’épreuve de la vie réelle. La politique n’est plus rien d’autre aujourd’hui qu’un véhicule, un soufflet dont la raison d’être est d’attiser la croissance. Le citoyen est réduit à son rôle de consommateur. Or, la croissance en soi ne signifie rien. L’idéal de la société serait le play-boy qui consommerait un maximum de choses en un minimum de temps. Une guerre déclencherait un joli sursaut de croissance.

7. Les questions simples : "A qui cela sert-il ?", "A qui cela profite-t-il ?" sont aujourd’hui jugées déplacées. Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau ? Quiconque doute est un apôtre de la lutte des classes. La polarisation sociale et économique de la société est le fruit d’un concert d’incantations selon lesquelles nous aurions tous les mêmes intérêts. Il n’est que de traverser Berlin.

Dans les beaux quartiers, en règle générale, les rares bâtiments à ne pas avoir été rénovés sont les écoles, les crèches, les maisons de retraite, les piscines ou les hôpitaux. Dans les quartiers dits "à problèmes", les bâtiments publics non rénovés se voient moins. C’est aux trous dans la dentition que l’on juge le niveau de pauvreté. Aujourd’hui, on entend souvent le discours démagogique consistant à dire que nous avons tous vécu au-dessus de nos moyens, que tous, nous sommes gourmands.

8. Nos élus ont précipité et précipitent encore systématiquement la collectivité dans le mur en la privant de ses rentrées. Le taux maximum d’imposition allemand a été ramené de 53 à 42 % par le gouvernement Schröder, et l’impôt sur les sociétés a été quasiment divisé par deux entre 1997 et 2009 pour s’établir à 29,4 %. Personne ne devrait donc s’étonner d’entendre que les caisses sont vides, alors que notre produit intérieur brut augmente d’année en année.

9. Je vais vous raconter une histoire : ce qui nous était jadis vendu comme une divergence profonde entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest nous est aujourd’hui présenté comme une disparité radicale entre les pays. En mars dernier, je présentais à Porto, au Portugal, la traduction de l’un de mes livres.

En un instant, une question émanant du public a fait basculer l’ambiance, jusqu’alors amicale et intéressée. Subitement, nous n’étions plus que des Allemands et des Portugais assis face-à-face en chiens de faïence. La question était déplaisante – n’avions-nous pas l’impression, c’est-à-dire n’avais-je pas l’impression, moi, l’Allemand, de faire avec l’euro ce que nous n’avions pas réussi à faire jadis avec nos panzers ?

Dans le public, personne n’a rien trouvé à y redire. Et j’ai réagi instinctivement, comme attendu, c’est-à-dire en tant qu’Allemand : vexé, je répondais que nul n’était obligé d’acheter une Mercedes, et que les Portugais devaient s’estimer heureux d’obtenir des crédits à des tarifs plus compétitifs que dans le privé. En prononçant ces paroles, j’entendais la voix des médias allemands.

Pendant le brouhaha qui a suivi mes propos, je suis finalement revenu à la raison. Et puisque j’avais le micro à la main, j’ai bredouillé dans mon anglais approximatif que j’avais réagi de manière aussi imbécile qu’eux, et que nous tombions tous dans le même panneau en prenant instinctivement parti pour nos couleurs nationales, comme au football.

Comme si le problème venait des Allemands et des Portugais, et non des disparités entre pauvres et nantis, et donc de ceux qui, au Portugal comme en Allemagne, sont à l’origine de cette situation et en tirent profit.

10. Nous serions en démocratie si la politique, par le jeu des impôts, du droit et des contrôles, intervenait sur la structure économique existante et contraignait les acteurs des marchés à suivre une certaine voie compatible avec les intérêts de la collectivité. Les questions qu’il convient de poser sont simples : A qui cela sert-il ? A qui cela profite-t-il ? Est-ce bon pour la collectivité ? Ce qui revient au bout du compte à se poser la question suivante : De quelle société voulons-nous ? Voilà ce que serait pour moi la démocratie.

C’est ici que je m’arrête. Je pourrais vous parler du reste, de ce professeur qui confessait renouer avec la vision du monde qu’il avait à 15 ans, d’une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich, qui a étudié l’interpénétration des entreprises pour arriver au chiffre de 147 – 147 groupes qui se partagent le monde, et dont les 50 plus puissants sont des banques et des assureurs, je vous dirais bien aussi qu’il convient de renouer avec le bon sens et de trouver des personnes qui partagent le même point de vue que vous, parce qu’on ne peut pas être seul à parler une langue. Et je vous dirais que j’ai retrouvé l’envie d’ouvrir mon clapet.

Traduction : Caroline Lee

samedi 22 août 2009

Le spectre de quatre ministres sur une plage

COMMUNIQUE DE PRESSE ... FILLON FAIT LE BEAU DEVANT LES ULVES EN DECOMPOSITION
Rien n'est plus écoeurant que le spectacle de ce beau monde sur une plage sinistrée et l'annonce d'un énième plan interministériel pour étudier des solutions. On parle toujours en terme de résorption et jamais d'un changement de modèle agronomique. Si François Fillon donne l'air d'inspecter les fruits d'une politique agricole que son gouvernement et ses prédecesseurs ont agencé, avec comme justification la PAC et le culte de l'argent, c'est pour soigner son image aux frais du contribuable. Ayant fait appel à tous les fidèles UMP du coin, ce responsable politique s'est avisé à passer douze minutes de "photo opportunity" devant les objectifs d'Ouest-France et du Télégramme, entre autres. Venu distribuer de nouveau la largesse de l'Etat, son déplacement - via l'aéroport de Lannion - avec ses trois sous-fifres - ne fait qu'alourdir la facture de la gabegie administrative depuis la non-application des arrêtés préfectoraux concernant la directive nitrates en 2001 - attaqueés conjointement par la FNSEA et le CNJA devant les tribunaux. Aux journalistes de prendre acte du fait que leurs reportages permettent à éclairer ou à tromper l'opinion publique et qu'on est mieux renseigné par les ONG que par les professionnels de l'info ...
Si la fonction régalienne ne peut être transférée aux opérateurs privés, ce n'est pas seulement l’Etat français qui a failli à sa mission en Bretagne. Chacun a son rôle à jouer et la presse écrite et audio-visuelle ont leur part de responsabilité dans la fuite en avant actuelle ... Après les sommes astronomiques englouties dans le PMPOA et les éleveurs porcins et laitiers qui ne cessent de déposer bilan devant l'agrandissement de certains, la toxicité du littoral breton témoigne de l'incurie des uns et de la corruption des autres.
A l'encontre de la ligne redactionnelle ci-après, le "feuilleton «algues vertes» de cet été" n'a pas trouvé son épilogue avec cette excursion ministérielle à Saint Michel des Grèves.
Aux Bretons désormais de prendre les choses en main ...
Sincèrement : Paul Matthews 02 99 57 84 52

Saint-Michel-en-Grève - Algues vertes : François Fillon se montre rassurant

Le Premier ministre a commencé par se rendre sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, accompagné du maire rené Ropartz.  Le Premier ministre a commencé par se rendre sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, accompagné du maire René Ropartz.

Le feuilleton « algues vertes » de cet été a peut-être trouvé son épilogue hier, avec la venue de François Fillon à Saint-Michel-en-Grève. Le Premier ministre n'est pas venu les mains vides dans la commune la plus touchée par cette pollution. Il s'est rendu sur les lieux de l'accident du 28 juillet dernier, où un cavalier et son cheval se sont enlisés dans un amas d'algues vertes en décomposition, qui a provoqué la mort foudroyante de l'animal.

Cet incident avait alors relancé le débat sur la toxicité des algues vertes. Après s'être entretenu avec les élus locaux et les professionnels, le chef du gouvernement a annoncé un plan d'actions visant notamment à réduire la prolifération des algues vertes sur tout le littoral breton. Des mesures qui ont été bien accueillies. Au cours de sa courte visite, François Fillon a notamment annoncé que l'Etat prendra en charge le coût du ramassage des algues.

Plus tôt dans la matinée, à son arrivée à l'aéroport de Lannion, une délégation de salariés de RFS, filiale d'Alcatel dont le site lannionnais est menacé, a été reçue par un conseiller technique du cabinet de Matignon.

Il y des soucis à se faire pour l'environnement ...

Briefing : Sous la férule des ingénieurs et juristes à la solde des grands argentiers mondialistes, il y des soucis à se faire pour l'environnement et la santé publique ... En Angleterre l'Etat a cessé de jouer son rôle régalien depuis longtemps et les autorités se passent désormais même des simulacres d'enquêtes publiques pour tout grand projet d'infrastructure. A commencer par les Partenariats Public-Privé (Cf. http://www.ppp.bercy.gouv.fr/) proche des PFI anglais, (1) Sarkozy et Lagarde cherchent à cloner en France le modèle anglais dont le système américain sert de patron ...


Le troisième régime ICPE «pire que prévu»

Source : http://www.journaldelenvironnement.net/fr/document/detail.asp?id=1660&idThema=7

21/08/2009 11:29

Le troisième régime pour les installations classées, dont l’ordonnance est parue au Journal officiel du 12 juin dernier, ulcère une fois de plus les associations de défense de l’environnement. Principalement en cause, la décision tacite d’enregistrement en cas de non-réponse du préfet dans un délai de 6 mois.

par Sonia Pignet

Depuis le début, le troisième régime, destiné aux industries classées potentiellement «les moins dangereuses», déclenche la colère des associations environnementales. Aujourd’hui consultées sur le projet de décret d’application, elles constatent amèrement que la réforme «est pire que prévue» commente Arnaud Gossement, porte-parole de la fédération France nature environnement (FNE).

En effet, le document, que s’est procuré l’AFP, stipule qu’«à défaut de notification d'une décision expresse dans les délais mentionnés (...), le silence gardé par le préfet vaut enregistrement». Ce délai est de 6 mois à compter du dépôt du dossier. «Le fait qu'un silence de l'administration puisse valoir autorisation, c'est catastrophique pour la protection de l'environnement», estime Arnaud Gossement. «On peut imaginer qu'une installation industrielle puisse commencer à fonctionner même si l'administration n'a pas répondu». De plus, alors que dans le régime actuel, l’autorisation est délivrée après l’avis de plusieurs organismes, seule la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) donnera son avis pour les installations souhaitant passer à ce nouveau régime. Résultat, les associations craignent que sous la pression, elle garde plus souvent le silence.


Autre motif de désillusion pour les associations: le projet de décret ne fixe toujours pas les installations qui pourront être soumises à ce troisième régime. Or, la plupart des industries vont vouloir passer à ce régime intermédiaire, qui permet d’accélérer les procédures en simplifiant les dossiers et en réduisant la charge administrative. Qui le pourra? «Il faudra consulter le JO tous les jours pour le savoir», explique Arnaud Gossement, qui s’inquiète par exemple que les porcheries puissent le faire. Attentes pour les uns, et inquiétudes pour les autres ne sont donc pas terminées.


(1) Définition de Private Finance Initiative ...

Mise en place en 1992 par le gouvernement britannique, la PFI (Private Finance Initiative) recouvre une série de contrats qui se situent entre la régie et la privatisation pure et simple et qui vont de la concession au contrat de partenariat. Le principe fondamental en est que le partenaire privé devient le créateur et le propriétaire d’un bien dont désormais il assure la direction dans l’intérêt public. Le PFI est utilisé dans la plupart des domaines traditionnellement à la charge des collectivités locales et dont la gestion était auparavant confiée aux services techniques municipaux. En France, les Partenariats Public-Privé (PPP) sont proches de cette formule. La puissance publique délègue à un partenaire privé à la fois la conception, la réalisation, le financement, l’exploitation et la maintenance d’équipements ou de services publics, donc des responsabilités et des pouvoirs sensiblement supérieurs à ce qu’ils sont dans la Délégation de Service Public (DSP) classique. (http://www.actu-environnement.com/ae/dictionnaire_environnement/definition/private_finance_initiative_pfi.php4)

Purin d'ortie et phytosanitaires naturels quasiment interdits ! La loi "méprisée"...

Alors que le gouvernement évoque une loi plus large sur l'information du public ... et j'ai aborder hier l'urgence démocratique de signaler le caractère frauduleux de nouvelles tolérences aux herbicides d'OGM clandestins (HT) ... L'information ci-après prêterait à rire si tant d'argent public n'a pas été consacré à cette reflexion 'parlementaire/gouvernementale' sur les remèdes ancestraux ...

Comment simplifier les procédures d'autorisation de produits phytosanitaires naturels ? Après deux ans et demi de réflexion, le gouvernement a courageusement tranché... en les interdisant (ou presque) ! Exit les purins d'ortie de mémé, vive le Roundup !

Tout débute en décembre 2005, avec le vote de la loi d'orientation agricole (LOA) qui excluait quasiment la plupart des produits naturels de la liste des phytosanitaires (herbicides, insecticides...) autorisés en France. Exit les purins d'ortie de mémé, vive le Roundup ! L'urgence ordonnée par le gouvernement, le décret était publié à peine deux semaines après le vote du Sénat. La République était en danger, il fallait sévir. Et vite !

Quelques mois plus tard, les inspecteurs de la répression des fraudes perquisitionnaient le domicile d'Eric Petiot, un dangereux horticulteur qui avait commis des livres aux titres aussi sulfureux et subversifs que "Les soins naturels aux arbres", dans lesquels il refilait ses bons tuyaux sur la confection de décoctions naturelles pour soigner ses carrés de légumes : purin d'ortie, préparations à base de fougères, pissenlits, sureau... Des recettes ancestrales qui font leurs preuves depuis que l'homme a découvert la binette.

Soigner les plantes par les plantes... illégal !

Les remèdes de mémé hors-la-loi ? Scandale ! Devant l'émoi suscité dans la population, sénateurs et députés ont voté dans l'urgence un amendement à la loi sur l'eau de décembre 2006. Celui-ci proposait de corriger la LOA afin de permettre - et surtout de simplifier - l'autorisation de commercialisation et d'utilisation des remèdes naturels, dits "Préparations Naturelles Peu Préoccupantes" (PNPP). Ouf ! On a eu chaud. Sauf que le décret vient d'être publié, le 25 juin 2009, au journal officiel. Après deux ans et demi de réflexion...

Un décret qui contredit l'esprit de la loi

Et au final, il dit quoi, ce décret ? Principalement que les PNPP doivent "avoir fait l'objet d'une procédure d'inscription sur la liste communautaire des substances actives" et "ne pas avoir fait l'objet d'une décision de refus". En clair, il faut larguer entre 100 000 et 300 000 euros et attendre trois ans avant d'être (éventuellement) autorisé à broyer de l'ortie, de la prêle, de la consoude, de la fougère... Procédure renouvelable tous les dix ans. Totalement irréaliste ! D'ailleurs, l'Institut technique de l'agriculture biologique a tenté sa chance au petit jeu des "procédures d'inscription sur la liste communautaire des substances actives". Juste pour voir... Résultat : deux ans de boulot, 80000 euros de frais... et toujours aucune nouvelle d'une éventuelle inscription ! Tout cela en pure perte puisque les recettes appartenant au domaine public, elles ne sont pas brevetables.

"Blocage évident"

L'association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants (ASPRO-PNPP) déclare qu'"au lieu de faciliter les procédures, ce texte crée un blocage évident". Selon l'association, l'esprit de l'amendement "voté par les législateurs des deux Assemblées en décembre 2006 puis réaffirmé au Sénat dans le cadre de la Loi grenelle I en janvier dernier, est méprisé". Et jeté aux orties ?

Voir aussi le communiqué de l'ASPRO-PNPP.

mercredi 4 mars 2009

samedi 3 mai 2008

Bretons, attention à vos voies express !!!

Tiré de



Des autoroutes qui seraient payantes en Bretagne !
Écrit par Jean Ollivro
24-04-2008

Dans un article des Echos en date du 24 avril 2008, le PDG de Cofiroute Pierre Coppey se déclare prêt à gérer pour le compte de l’Etat « le réseau autoroutier breton en échange d’un allongement de la durée de concession ou de l’introduction du péage sur ces liaisons actuellement gratuites pour l’usager ». A la question du journaliste soulignant que « les Bretons ont obtenu du Général de Gaulle la gratuité du réseau au titre du désenclavement », le PDG donne la réponse suivante : « C’est vrai. Et déjà, Anne de Bretagne avait obtenu la suppression de l’octroi, mais elle est morte en 1514 et n’avait pas obtenu une concession perpétuelle ! Nous vivons dans une autre époque et au demeurant, une des principales conclusions du Grenelle de l’environnement est que pour être durable, la mobilité doit être payante… ».

Les Bretons n’accepteront jamais ce projet surréaliste qui s’attaque directement à leurs intérêts.

D’une part, « payante », la mobilité l’est déjà bel et bien avec le renchérissement énergétique et l’essor du prix à la pompe. Le coût des déplacements en Bretagne est supérieur pour les entreprises en raison d’un éloignement relatif à l’égard des marchés européens de consommation, une taxe autoroutière détruirait l’équilibre économique de nombreuses firmes et supprimerait un nombre considérable d’emplois (dans l’agroalimentaire notamment).

D’autre part, il faut rappeler que les Bretons ont largement contribué financièrement à la construction d’un réseau original de « voies express » opposé au réseau autoroutier et dès l’origine négocié comme tel. En effet, la particularité fondamentale de ce réseau est d’être perméable (1 échangeur tous les 7 kilomètres contre 1 échangeur tous les 23 kilomètres sur autoroutes) : il est ainsi particulièrement adapté à l’originalité du peuplement breton, avec des villes moyennes et petites. Il dessert une large part de la population, évite tout à la fois la concentration urbaine et l’établissement de rubans élitistes reliant les grandes villes et créant des « effets tunnels » dans les territoires intermédiaires (impossibilité d’accès, rallongement des parcours et surcoût pour rejoindre le tronçon). Statistiquement, le réseau est nettement moins accidentogène en raison de vitesses moins rapides (études DDE 2007). Il limite encore les ralentissements, la saturation du trafic et les bouchons par la présence d’itinéraires alternatifs en cas de problème ou de blocage. Avec des vitesses limitées à 110 km/h et non à 130, il s’agit d’un réseau différent, moins fondé sur des logiques de vitesse que d’accès et qui permet précisément, par des conduites plus économes, de limiter la consommation, la pollution et les émanations de CO2.

Enfin et surtout, ce réseau est un acquis définitivement obtenu - et en opposition à une idée reçue, très largement payé - par les Bretons. Contrairement à ce qu’évoque le PDG de Cofiroute, ce droit est moins lié à « Anne de Bretagne » et au traité d’union de la Bretagne à la France qu’au combat du CELIB menant à l’adoption du Plan Routier Breton le 9 octobre 1968. Ce réseau a été obtenu pour limiter les surcoûts issus d’un éloignement relatif aux centres de décision et surtout de consommation : il joue un rôle fondamental pour l’économie bretonne et permet aujourd’hui aux populations de limiter les surcoûts déjà hallucinants liés au prix de l’essence en France (63,6 % de taxe en 2007 sur le litre de SP95 au profit de l’Etat).

La France est un pays de taxe, de surcoût et les Bretons sont déjà suffisamment ponctionnés en France dès qu’ils se déplacent. Ils n’accepteront jamais qu’on détruise chez eux un réseau original de voies accessibles et gratuites qu’ils ont largement financé et pour lequel ils se sont battus.

lundi 10 mars 2008

L'Oncle Paul appelle à la résistance

RESISTANCE CIVILE FACE A MONSANTO ET A L'ETAT VOYOU

Premier producteur mondial des PCB et du DDT, Monsanto est à l'origine des pollutions particulièrement rémanentes. En 1960 Monsanto s'est lancé dans la production d’herbicides, substances qui mutilent et tuent aussi subrepticement - et de manière excessive et inexorable - les cellules d'innombrables êtres vivants. Sans faire un amalgame outre mesure - et je pèse mes mots - on peut soutenir que ce fleuron de l'industrie agrochimique exhibe un mépris de la vie humaine et de l'environnement comparable à celui des militaires ayant largué sur les civiles au Liban du Sud en 2006 un million de bombes à fragmentation, dont beaucoup sous forme des jouets d'enfant.

Si nous les Faucheurs Volontaires sommes inculpés par centaines pour "dégradation grave du bien d'autrui en réunion au préjudice de la SAS MONSANTO AGRICULTURE FRANCE", ce producteur de défoliants qui sont des armes chimiques de destruction massive n'est pas poursuivi, ni pour banalisation des pesticides, ni pour destruction du patrimoine naturel mondial, ni pour délabrement de l'outil du travail des paysans du monde entier avec ses semences xénobiotiques.

La pollution génétique est irreversible. Quant à ça, le discours de la l'ancien directeur de la Direction Régionale de l'Agriculture de la Forêt (DRAF) Bretagne Marc MICHEL (1) fut tout simplemernt un déni de la réalité en 2007. On croyait rêver. Mais je peux l'affirmer. Car j'y étais en septembre et en mi-octobre à ces rencontres à la DRAF et au SRPV. Nous vivons un sale temps. Un époque négationniste et mensongère. Beaucoup d'entre nous sommes habitués à entendre ce mélange de mensonge par omission, d'intox primaire, de propagande, de relations publiques. On baisse les bras...Par lassitude...

A noter que cette 'entreprise a été condamné à plusieurs reprises par la justice américaine. En 2002 le procès d'Anniston a mis en evidence que les dirigeants de la firme connaissaient les effets toxiques des PCB depuis les années trente et qu'ils ont mis en oeuvre les stratégies pour faire reculer jusqu'en 1971 voire en 1976 leur retrait du marché – activités de lobbying, collusion avec les agences réglementaires au niveau fédéral et régional. Avec la collusion des autorités britanniques cette production des Aroclor – nom anglais de ce qui a été vendu en France sous la marque Pyralène - a pu continuer dans l'usine de Newport au Pays de Galles jusqu'en 1977. Lors du procès six chefs d'accusation furent retenus par le jury à l'encontre de Solutia, Monsanto et du Groupe Pharmacia : négligence, destruction délibérée (wantonness) dissimulation de la vérité, atteinte aux droits d'autrui et "outrage" (Grunwald 2002b). Aucun dirigeant ou reponsable n'a fait de la prison ou payé les amendes, alors sue les victimes se chiffrent en centaines. En 1996 le procureur général de l'Etat de New York pursuit la firme pour publicité mensongère pour le Roundup. Pour stopper la procédure Monsanto a accepté de verser 50 000 dollars et de retirer les mentions "respecte l'environnement" et "biodégradable" des emballages. Monsanto fut l'objet de poursuites similaires en France de 2000 à 2007 à Lyon siège social de l'entreprise lenteurs de la justice française permettant à Monsanto d'écouler la marchandise avec les les mentions trompeuses pendant sept années de campagnes de publicité mensongère dans la presse et sur les ondes.

En janvier 2005, poursuivi aux Etats-Unis par la “Securities and Exchange Commission” (SEC) pour corruption Monsanto a dû accepter de payer une amende de 1,5 million de dollars (1 million dollars au Ministère de la Justice et 500 000 dollars au SEC). L’entreprise est accusée d’avoir versé un “paiement illégal” de 50 000 dollars à un responsable indonésien du ministère de l’Environnement pour faciliter l’adoption par l’Indonésie du coton transgénique. La société avait faussement comptabilisé la somme versée au responsable indonésien comme des “honoraires à un consultant”. La plainte mentionne aussi qu’entre 1997 et 2002, Monsanto a réalisé pour 700 000 dollars de paiements illicites à environ 140 employés du gouvernement indonésien et à leur famille. Le ministère de la Justice a par ailleurs nommé un expert qui pendant trois ans analysera les comptes de Monsanto. Les poursuites seront complètement abandonnées si la société ne commet pas d’infractions pendant cette période probatoire. Monsanto a introduit le coton transgénique en Indonésie en 2001, avant d’arrêter cette activité pour se consacrer à la vente d’herbicides et de semences traditionnelles. Les producteurs se plaignaient du manque de rentabilité de ces cultures.


Cf. Analyse du discours de Monsanto 1970-2002 Emmanuelle Champion mai 2004 http://www.irec.net/publications/417.pdf

(1) Marc MICHEL est aujourd'hui remplacé par Louis BIANNIC

jeudi 21 février 2008