Condamné à mort par la Camorra napolitaine, il vit depuis neuf ans en citoyen clandestin. Victime et prisonnier de son succès médiatique, paria dans sa propre société, l'auteur de «Gomorra» est protégé jour et nuit par un groupe de carabiniers, d'autant plus sur le qui vive qu'il témoignera le 10 novembre à Naples lors du procès des deux parrains qui ont lancé le contrat sur sa tête.
Pour Roberto Saviano, écrire, c'est résister. Avec son nouveau livre, «Extra pure», il nous plonge dans l'économie de la cocaïne et au coeur de ses réseaux criminels. Un voyage stupéfiant sur tous les continents du Mexique à la Russie, de la Colombie au Nigeria en passant par les Etats-Unis, l'Italie, l'Espagne et la France. Une enquête tout-terrain pour laquelle, paradoxalement, les liens privilégiés de Saviano avec la police et la justice lui ont permis d'accéder à des sources et des témoignages rares.
Le narcotrafic représente aujourd'hui la première industrie au monde. La carte de la planète est dessinée par le pétrole, mais aussi par le «pétrole blanc», comme l'appellent les parrains nigérians. Or noir, or blanc. A double titre: blancheur de la poudre et blanchiment de l'argent.
Car les liquidités colossales de la drogue sont recyclées par les banques américaines et européennes, là même où se trouvent les plus gros marchés de consommateurs. «Nul marché et nul investissement ne rapportent autant que la coke», va jusqu'à écrire l'auteur. Ce sont les centaines de milliards de dollars du narcotrafic qui ont, selon lui, sauvé en partie les banques lors de la crise des subprimes de 2008.
Pour Roberto Saviano, la coke est à la fois miroir et révélateur du capitalisme mondialisé. Le journaliste et écrivain démonte les rouages de cette économie parallèle où les distributeurs ont pris l'ascendant sur les producteurs, où les cartels mexicains, en privatisant le marché de la drogue et en l'ouvrant à une concurrence féroce, ont dépassé de loin les horreurs des producteurs colombiens. Et où l'Afrique est devenue une nouvelle plaque tournante à destination d'une Europe toujours plus en manque. Car, depuis que la crise fait rage, la consommation de coke, «drogue de la performance», s'est littéralement envolée. Rencontre avec un auteur sous haute surveillance.
Le Nouvel Observateur Vous écrivez que la carte du monde est aujourd'hui dessinée par le pétrole et la cocaïne, le carburant des moteurs et celui des corps. Quelle est l'importance du trafic de la cocaïne dans le monde?
Roberto Saviano La demande de pétrole est toujours forte, et celle de la coke explose. Mais la cocaïne reste le marché le plus profitable du monde. On estime sa production entre 788 tonnes et 1060 tonnes par an et le marché à 352 milliards de dollars. Vous pouvez rencontrer de grosses difficultés pour vendre des diamants de contrebande, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui n'arrive pas à vendre de la coke. Si je veux faire un investissement, disons de 1000 euros, dans une action d'Apple, au bout d'un an je gagnerai 1300 ou 1400 euros. Si je fais le même investissement en cocaïne, au bout d'un an, je gagnerai 180.000 ou 200.000 euros. Il n'y a rien qui va vous faire gagner autant. Et la violence du business est à la mesure de ce chiffre d'affaires.
La cocaïne a-t-elle supplanté l'héroïne ?
Le marché de l'héroïne est inférieur même s'il faut bien dire qu'on a très peu de données sur deux très grands marchés, ceux de la Chine et de l'Iran. L'héroïne a toujours été importante dans les pays d'Europe de l'Est, car elle ne coûte rien. En Russie, avec 3 euros, tu peux te faire un shoot. Mais en Italie ou en France, même aux Etats-Unis, elle connaît une phase de crise. L'héro a une mauvaise image. L'aiguille fait encore plus peur depuis les années sida. Personne ne veut se sentir un zombie toxicomane.
Personnellement, je n'ai jamais essayé ni héroïne ni cocaïne, pour une question morale, et aussi parce que j'ai grandi dans une région où il était très difficile de se droguer: la Camorra ne vendait pas de drogue sur son propre territoire. Sur la base des témoignages que j'ai entendus, l'héroïne est la reine des drogues pour procurer la même sensation qu'un orgasme pendant quinze minutes.
Avec la cocaïne, c'est exactement le contraire : ce n'est pas une phase de quelques minutes, c'est un état beaucoup plus long pendant lequel il y a une hyperperception des choses. Si je suis sous l'effet de la cocaïne, je n'ai pas une déformation de la réalité, mais j'en éprouve mille fois plus la sensation. Ça épouse pleinement notre temps, où tout est communication. Plus le monde accélère, plus il y a de coke; moins on a de temps pour des relations stables et des échanges réels, plus il y a de coke.
Quelle est la nouvelle carte du monde de la cocaïne aujourd'hui?
Le centre du monde, pour ce qui concerne le narcotrafic en tant que pouvoir criminel, c'est le Mexique, frontalier des Etats-Unis. Pour arriver en Europe - le marché européen de la coke a presque rejoint celui de l'Amérique -, la cocaïne passe à travers l'Afrique (francophone, notamment) équatoriale. Et puis elle arrive en Europe à travers l'Espagne ou les pays d'Europe de l'Est. Le premier pays producteur au cours de ces derniers mois, c'est le Pérou, ce n'est plus la Colombie qui est devenue le deuxième. Et la cocaïne de meilleure qualité, c'est la cocaïne bolivienne.
C'est au Mexique qu'a eu lieu la première révolution dans le trafic de la cocaïne.
Le grand tournant a eu lieu dans les années 1980 quand les Mexicains se positionnèrent en véritables distributeurs, et non plus en simples transporteurs. Cela se passe comme dans la grande distribution : le distributeur devient souvent le principal concurrent du producteur et bientôt le dépasse en profits.
Le mot «cartel» fait partie du vocabulaire économique et désigne les producteurs qui fixent d'un commun accord les prix et les quantités, qui décident comment, où et quand commercialiser un bien. Ce qui est valable pour l'économie légale l'est pour l'économie illégale.
La révolution s'est produite quand Pablo Escobar dit «El Magico», le parrain colombien de Medellín, passa un accord avec Félix Gallardo surnommé « El Padrino», ancien de la police judiciaire fédérale du Mexique. C'est Félix Gallardo qui créa les cartels mexicains en structurant le territoire en zones et en établissant un modèle de cohabitation entre cartels.
Depuis, les règles du jeu ont changé. On a assisté à une escalade dans l'horreur. AuMexique, la guerre de la coke a fait des dizaines de milliers de morts (plus de 50.000 morts entre 2006 et 2012). C'est l'emballement des nouveaux cartels: des structures plus flexibles, une grande familiarité avec la technologie, des massacres spectaculaires, d'obscures philosophies pseudo-religieuses liées à une fascination pour les films violents et les émissions de télé-réalité. Et une furie meurtrière à faire pâlir tous ceux qui les ont précédés. Les acteurs se multiplient. Les Zetas et la Familia, assassins sanguinaires, ont pris le pire des corps paramilitaires, le pire de la Mafia et le pire des narcotrafiquants.
Et en Colombie ?
La guerre contre les cartels a été en partie gagnée. Et pourtant, après des décennies d'effort pour éliminer les narcos colombiens et la fin du Cartel de Cali, la part de marché que le pays a perdue est bien inférieure à ce qu'on pourrait imaginer. Les hommes passent, les armées se démobilisent, mais la coca reste.
Après des années de politique de terre brûlée, au sens littéral, la cocaïne colombienne représente encore presque la moitié de toute celle consommée dans le monde. L'histoire du trafic de drogue en Colombie est une histoire de vides, et de transformations. Une histoire capitaliste. Si la Colombie n'est plus un narco-Etat, ce vide s'est rempli de micro-trafiquants par centaines.
Comment l'Afrique est-elle devenue une plaque tournante?
Comme une épidémie, la cocaïne s'est répandue sur le continent africain à une vitesse effrayante. Le Sénégal, le Liberia, les îles du Cap-Vert, le Mali, la Guinée-Conakry, la Sierra Leone, l'Afrique du Sud, la Mauritanie, l'Angola sont touchés. L'Afrique est vulnérable car la vacance ou la faiblesse du pouvoir, la corruption d'un Etat qui a en face de lui une organisation proposant et incarnant l'ordre, favorisent le développement des mafias.
Au cours des années 2000, les narcotrafiquants américains, italiens, corses et des pays d'Europe de l'Est se sont rendu compte que l'Afrique pourrait être un immense dépôt de drogue. On a vu se développer des alliances entre Mexicains, Calabrais, et Corses qui ont des relations avec des politiques locaux et des militaires.
La seule mafia africaine, c'est la mafia nigériane. A part au Sénégal, au Burkina-Faso et au Ghana, où il y a bien évidemment de la corruption, mais où le narcotrafic n'a pas de grands alliés, je vois avec beaucoup de désespoir et sans illusion l'avenir des autres Etats, en particulier le Liberia ou la Guinée-Bissau. Ce ne sont que des narco-Etats où il est très facile de faire arriver la cocaïne, et très facile de la cacher aussi. Et ces pays sont en contact avec les pays du Maghreb, le Maroc par exemple.
La coke transite par le Maroc et passe du Maroc à l'Espagne...
Ou bien par les pays du Maghreb vers Gioia Tauro et Livourne en Italie, ou Rotterdam. Marseille, c'est l'affaire des Corses ou des organisations du Maghreb français qui sont devenues très puissantes en ce qui concerne la distribution. Au Maroc, les vieux narcotrafiquants marocains ne veulent absolument pas de la cocaïne mais du haschisch. Car ils savent que le trafic de haschisch est toléré d'une façon ou d'une autre. Mais les plus jeunes veulent justement développer un nouveau marché.
Au Maroc, Ceuta est une plaque tournante fondamentale, mais la Tunisie, aujourd'hui, qui est actuellement déstabilisée, prend de nouveaux relais. La chose intéressante, c'est que le terrorisme islamiste est en cheville avec les organisations criminelles mafieuses sur ces territoires. Les islamistes dénoncent l'usage de la drogue, tout en prenant une part active dans le trafic. La cocaïne est en train de changer la géographie et la géopolitique de l'Afrique.
Quel est le rôle de la mafia corse ?
J'ai trouvé beaucoup de difficultés, au cours des dernières années, à m'occuper véritablement des organisations criminelles françaises. Car en France, il n'y a aucune culture antimafia. Les gens pensent toujours que ce ne sont que des criminels, à traiter comme des criminels. Or ce sont des entrepreneurs en mesure d'influencer la politique française.
Les Corses ont beaucoup changé au fil des dernières années. Le FLNC a des contacts étroits avec la mafia corse dont la force a été de gérer le narcotrafic en Afrique. Quand Marseille a vu chuter la contrebande des cigarettes et le trafic d'héroïne, les Corses ont commencé à développer le narcotrafic de cocaïne. Et les Corses sont devenus les véritables gérants d'un joint-venture avec l'Afrique.
Selon votre enquête, l'immense majorité de l'argent de la drogue est recyclée par les banques américaines et européennes. Pis, vous écrivez que, lors de la crise des «subprimes», les milliards de dollars du narcotrafic ont sauvé les banques.
Avec l'argent de la coke, on achète d'abord les politiciens et les fonctionnaires, et ensuite un abri dans les banques. Blanchir est une opération gagnante. Il n'y a aucun employé ou dirigeant de banque qui ait dû voir l'intérieur d'une prison à cause de ça. Dans la seconde moitié de 2008, les liquidités sont devenues le principal problème des banques.
Comme l'a souligné Antonio Maria Costa, qui dirigeait le bureau drogue et crime à l'ONU, les organisations criminelles disposaient d'énormes quantités d'argent liquide à investir et à blanchir. Les gains du narcotrafic représentent plus d'un tiers de ce qu'a perdu le système bancaire en 2009, comme l'a dénoncé le FMI, et les liquidités des mafias ont permis au système financier de rester debout.
La majeure partie des 352 milliards de narcodollars estimés a été absorbée par l'économie légale. Quelques affaires en ont révélé l'ampleur. Plusieurs milliards de dollars ont transité par les caisses du Cartel de Sinaloa vers des comptes de la Wachovia Bank, qui fait partie du groupe financier Wells Fargo. Elle l'a reconnu et a versé en 2010 une amende de 110 millions à l'Etat fédéral, une somme ridicule comparée à ses gains de l'année précédente de plus de 12 milliards de dollars.
D'après le FBI, la Bank of America aurait permis aux Zetas de recycler leurs narcodollars. HSBC et sa filiale américaine, HBUS, a payé un milliard de dollars d'amende au gouvernement américain pour avoir blanchi de l'argent du narcotrafic. Aux Etats-Unis, à cause du Patriot Act, les autorités se sont intéressées aux liens entre le financement du terrorisme et l'argent de la drogue. Le Sénat a créé une commission d'enquête sur ce sujet et le sénateur Carl Levin travaille sur le blanchiment du Crédit suisse.
Si les banques qui ont leur siège à Wall Street et dans la City ne sont pas les seules à entretenir des liens privilégiés avec les barons de la drogue et si elles sont installées un peu partout dans le monde comme la Lebanese Canadian Bank de Beyrouth, il y a un manque criant d'investigation en Europe. L'ONU, à partir de 2006, a dénoncé le fait qu'il y ait de l'argent provenant du narcotrafic dans les banques européennes.
Lichtenstein, Luxembourg, Andorre, la République de Saint-Marin, Monaco, personne ne sait vraiment ce qui se passe en termes de flux d'argent. Dans quelles banques françaises se trouve l'argent du narcotrafic? Mystère. Les banques françaises n'ont rien à dire à ce propos, pas plus que les italiennes ou les allemandes. Il n'y a eu aucune prise de position réelle à ce sujet. Or on blanchit beaucoup plus d'argent aujourd'hui à Londres qu'à La Barbade.
A Londres et à New York ?
New York et Londres sont aujourd'hui les deux plus grandes blanchisseries d'argent sale au monde. Londres est complètement opaque en ce qui concerne le narcotrafic. Paradoxalement, à Wall Street, l'argent a déjà été transformé. A Londres, on va le transformer.
Pour vous, aucun investissement ne rapporte autant que la coke, une valeur refuge. Votre enquête est-elle aussi une critique du capitalisme?
Le capitalisme criminel, c'est le capitalisme qui est géré par des organisations criminelles sur la base de leurs propres règles. J'ai voulu commencer mon livre avec l'histoire d'un boss qui raconte comment il voit la vie.
Il dit que les lois de l'Etat sont les règles d'un camp qui veut baiser l'autre. Et que lui, que nous, les «hommes d'honneur», personne ne nous baise. Que les lois sont pour les lâches et les règles d'honneur sont pour les hommes. On pourrait dire que ses règles sont celles de n'importe quel PDG : l'absence de sentiments pour les concurrents, l'hypocrisie, l'idée de la compagnie comme une famille à laquelle on doit tout.
Pour comprendre les stratégies mafieuses, il y a trois textes de références: Sun Tzu, Machiavel et Von Clausewitz. Une organisation criminelle, sans règles, ce n'est pas une mafia. Aujourd'hui, en Italie, il n'y a pas une classe dirigeante qui puisse être comparée, en matière de faculté à tout supporter, aux organisations mafieuses.
Je cite un exemple. Est-ce que vous réussiriez à vivre dans une pièce de 10 ou 15 mètres carrés pendant dix ans, sans jamais téléphoner à personne, sans que personne ne vous téléphone, en ne parlant qu'à deux personnes seulement parce que vous n'avez confiance qu'en deux personnes, sans jamais voir vos enfants, et en sachant que votre propre destin est soit de mourir, soit d'être emprisonné?
J'ai très bien vu la façon dont on vit quand on est en prison avec un régime d'incarcération dur. Je vis sous protection depuis dix ans environ. Disons que je suis un peu préparé. Mais jamais je n'arriverais à vivre comme ça. Je serais complètement déprimé, je ne ferais que pleurer tout le temps.
Eux, quand ils sont emprisonnés avec un régime d'incarcération dur, ils pensent en termes d'ère historique. Seuls mon silence, la prison ou ma mort permettra à mon neveu de garder le pouvoir, d'être un parrain et de commander les hommes fidèles de ma famille. En politique ou dans la finance, il n'y a rien de pareil, il n'y a aucun raisonnement aussi radical.
Pensez-vous qu'il faille légaliser la drogue ?
Ce que la crise ne détruit pas, ce qu'elle renforce au contraire, ce sont les économies criminelles. Depuis que la crise a éclaté, la consommation de coke s'est envolée. Pour les mafias, la drogue, c'est toujours comme un distributeur automatique d'argent. Malgré la police et les saisies, la demande de coke sera toujours plus énorme.
La coke est un carburant. Une énergie dévastatrice, terrible, mortelle. Mais aussi terrible que cela puisse paraître, la légalisation des drogues pourrait être la seule solution. Car elle frappe là où la cocaïne trouve un terreau fertile, dans la loi de l'offre et de la demande.
Propos recueillis par François Armanet
Roberto Saviano, bio express
Né à Naples en 1979, ROBERTO SAVIANO est écrivain, journaliste et essayiste. Son premier livre, «Gomorra. Dans l'empire de la Camorra» (Gallimard, 2007), s'est vendu à 5 millions d'exemplaires dans le monde. Le film tiré de son livre a remporté de très nombreuses récompenses dont le Grand Prix du jury à Cannes en 2008. Il a également publié chez Robert Laffont «la Beauté et l'Enfer», «le Contraire de la mort. Scènes de la vie napolitaine» et «Le combat continue. Résister à la Mafia et à la corruption». Son nouveau livre, «Extra pure. Voyage dans l'économie de la cocaïne», est sorti le 16 octobre chez Gallimard.
Cet entretien exclusif a paru, accompagné d'extraits, dans "l'Obs" du 9 octobre 2014.
La lutte internationale menée ces dernières
années contre l'héroïne, la cocaïne ou le cannabis n'a pas réussi à
endiguer l'offre, selon une étude qui souligne que les prix de ces
drogues illicites ont fortement baissé ces dernières années. Publiée
mardi dans la revue médicale britannique British Medical Journal (BMJ)
Open, l'étude a été réalisée par un groupe de chercheurs américains et
canadiens qui ont étudié les données fournies par sept programmes
gouvernementaux de surveillance du marché des drogues illicites. Trois
de ces programmes concernaient le trafic international de la drogue,
trois portaient uniquement sur les Etats-Unis et le dernier sur
l'Australie. En comparant la situation aux Etats-Unis en 1990 à celle de
2007, les chercheurs ont découvert que les prix - ajustés en fonction
de l'inflation - de l'héroïne, de la cocaïne et du cannabis avaient
baissé de plus de 80% (respectivement 81%, 80% et 86%), alors que dans
le même temps la pureté de ces drogues s'était fortement accrue : 6%
pour l'héroïne, 11% pour la cocaine et 161% pour le cannabis.
En
Australie, le prix de la cocaine a baissé de 14% entre 2000 et 2010,
contre une baisse de 49% pour l'héroine au cours de la même période.
Pourtant, tout au long de cette période, les saisies de cannabis et
d'héroïne ont augmenté respectivement de 465% et 29% au Etats-Unis,
tandis que les saisies de cocaïne ont baissé de moitié. Eu Europe, les
saisies d'héroïne ont pour leur part augmenté de 380% entre 1990 et
2009. "Ces résultats indiquent que les efforts réalisés pour contrôler
le marché des drogues illicites ont échoué", souligne l'étude dirigée
par le chercheur canadien Evan Wood. Celui-ci critique les stratégies
nationales ou internationales insistant "de manière disproportionnée sur
l'offre au détriment de la prévention et de la manière d'aborder
l'usage problèmatique des drogues illicites". Le commerce des drogues
illicites à l'échelon international atteindrait 350 milliards de dollars
chaque année, selon des estimations récentes des Nations-Unies. Au-delà
des violences qu'il engendre, ce trafic a un effet sur la santé des
populations. Le partage de seringues favorise notamment l'infection par
le VIH.
D'autant qu'il semblerait que la consommation de produits psychotropes illicites soit en constante augmentation comme le montre les études faites au sortir des toilettes ;o))
Quand la consommation de drogue se lit dans les eaux usées
De l'eau traitée à la sortie d'une station d'épuration, en 2002. (Photo Jean-Pierre Muller. AFP)
AU RAPPORT
Une étude réalisée par une équipe du CNRS témoigne d'une grande disparité territoriale dans les usages en France.
Et
si l’analyse des eaux d’égouts devenait la méthode de référence pour
mesurer avec précision la consommation de drogues sur l’ensemble des
territoires ? Ce protocole, développé par des scientifiques dans toute
l’Europe depuis la fin des années 2000, commence en tout cas à porter
ses fruits et prendre de l’ampleur, avec notamment, la publication au début du mois d’une première carte de France de la consommation de drogues par une équipe du CNRS.
Cinq
chercheurs du laboratoire Santé publique-Environnement de l’université
Paris-Sud, en partenariat avec Veolia, ont pu analyser des échantillons
d’eaux provenant de 25 stations d’épuration à travers la France, lors de
deux campagnes de prélèvement en 2012. Ils y ont recherché les
molécules de 17 drogues illicites présentes dans l’urine et les selles
des consommateurs grâce à des spectromètres de masse. Soit un dépistage
antidrogue anonyme à l’échelle de villes entières.
Pour le profeseur de santé publique et coauteur de l’étude Yves Levi, le procédé est une «belle avancée»,
donnant des résultats plus objectifs et révélateurs que les études
menées jusqu’à présent auprès des usagers. Trop même, aux yeux de
certaines municipalités, qui ont refusé de se prêter aux analyses, alors
que les villes participantes ont demandé à être «anonymisées» dans
l’étude. Et à voir l’embryon de polémique suscitée par la présentation des résultats sous forme de classement par le blog Docbuzz (1), certains édiles ont peut-être des raisons de craindre les conclusions cet outil.
La consommation de drogue en France n’est pas homogène
D’emblée,
les mesures des chercheurs du CNRS confirment les conclusions de
l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies dont un rapport
de 2012 établissait les Français comme les plus gros consommateurs de
cannabis en Europe. Par ailleurs, les prélèvements des eaux usées
démontrent que la consommation de cannabis ne varie pas durant le
week-end en France, à la différence de la prise de cocaïne,
d’amphétamines ou d’ecstasy. Conclusion : en France, le cannabis n’est
pas une drogue «festive».
Autre enseignement : la
consommation de drogue n’a rien d’homogène au niveau national - elle
varie selon la taille des villes et les régions. Selon Yves Levi, il est
«absurde» de dresser un classement des «capitales de la drogue» basé sur ces premiers résultats en l’absence de données dans certains «bassins de vie» clés comme Marseille ou Lyon (2). Mais l’étude dessine des spécificités géographiques qui interpellent.
Par
exemple, les traces d’opiacés, comme l’héroïne, sont particulièrement
élevées dans le Nord-Est en comparaison avec le reste du territoire. La
consommation de MDMA et d’amphétamines est quant à elle prévalente dans
le Sud, qui fait aussi de gros scores pour l’usage de cannabis et de
cocaïne. Les hypothèses pour expliquer ce tropisme sont diverses : d’une
part, les stations balnéaires de la côte sont propices à la prise
récréative de drogues. De l’autre, le Sud est la première région de
France sur la «route de la drogue», ce qui entraîne une plus grande disponiblité des produits.
Pauvres et riches consomment de la même manière
Pourtant,
les échantillons prélevés dans la région lilloise présentent des taux
de molécules illicites exceptionnellement hauts. Notamment pour le
cannabis, dont la consommation atteint cinq fois celle retrouvée à
Amsterdam lors d'une étude transeuropéenne de 2011
réalisée suivant le même protocole. Seul bémol : une partie des
échantillons ont été prélevés lors de la grande braderie de Lille, ce
qui pourrait avoir biaisé les moyennes.
La consommation
de drogues est aussi une question de concentration démographique. Dans
les grandes villes (plus de 100 000 habitants), la consommation de
cocaïne le weekend est 2,5 fois plus importante que celle des petites
villes (environ 10 000 habitants). Ce qui s’expliquerait par une offre
proportionnelle à la taille de la ville, et aussi la multiplication des
endroits où en faire un usage récréatif. Quant aux amphétamines, on n'en
trouve trace que dans les grandes métropoles.
Parfois, certaines convergences étonnent. «A Paris, on a fait des prélèvements dans un quartier aisé et une zone dite défavorisée pour le cannabis, raconte Yve Levi. Ce qui est intéressant, c’est que l’on obtient des résultats similaires : pauvres et riches consomment de la même manière.»
«Un outil pour cibler les politiques de prévention»
Les
auteurs de l’étude se refusent pour l’instant à tirer plus de
conclusions. Ils appellent à la création d’un observatoire national qui
reprendrait ce dispositif et l’appliquerait à l’ensemble du territoire,
afin d’affiner la cartographie. Selon le professeur Levi, il s’agit d’un
enjeu de santé publique : «notre méthode permet de déterminer des
zones précises pour cibler les politiques de prévention. C’est un outil
indispensable pour les Agences régionales de la santé, les élus locaux
ou les associations.»
Il ajoute que les prélèvements dans les
eaux usées permettent de surveiller l’arrivée sur le marché de
nouvelles drogues et de nouveaux usages. Ainsi, l’étude met en avant une
présence de méthadone (un substitut médicamenteux à l’héroïne) dans les
eaux d’égouts supérieure aux doses délivrées en pharmacie, ce qui
réaffirme l’existence d’un trafic et donne une idée de son ampleur.
Enfin,
ces prélèvements permettent de faire une évaluation des risques pour
l’écosystème, car comme les autres micropolluants, ces molécules sont
rejetées dans les rivières. «Nous avons fait des mesures sur des
microorganismes et des poissons, et pour le moment il n’y a pas de
risque de toxicité aiguë liée à ces molécules. On peut donc être
partiellement rassurés, estime Yves Levi.
Le problème est que ces produits se retrouvent mélangés avec d’autres
polluants (plastique, hydrocarbures, solvants, résidus médicamenteux).
Et l’effet combiné de ces molécules, on ne le connaît pas encore.»
(1) L'article repris par France 3 Nord-Pas-de-Calais dans un reportage présentant Lille comme la «championne de France» de la consommation de cocaïne et de cannabis a entraîné une vive réaction de Martine Aubry, maire (PS) de la ville. «J’ai
été consternée par le reportage diffusé hier soir au journal télévisé
régional de France3 qui désigne Lille comme première ville française de
la consommation de cannabis et de cocaïne » a-t-elle déclaré dans un communiqué, mettant en doute la «méthode expérimentale» desestimations. «Difficile
donc, voire scandaleux, d’affirmer que les Lillois sont devenus les
plus gros consommateurs de drogues en Europe ! [...] Si cette étude peut s’avérer utile, elle doit être prise avec précaution.» conclut-elle.
(2)
Par ailleurs, le chercheur pointe qu’une station d’épuration peut
traiter les eaux usées de 80 villes à la fois dans certains cas.
Guillaume GENDRON
Alors oui, maintenant, on fait quoi ?
On continue ou on essaie une version plus portugaise de la chose ?
Au Portugal, “Mieux vaut soigner que punir” les toxicos
Reportage | Au
Portugal, la consommation de drogue est une affaire de santé publique.
Tout le monde regarde désormais vers cet état pionnier, qui a gagné le
pari de la dépénalisation.
Lorraine Rossignol
Nuno Fernandes, 28 ans, toxicomane depuis l'âge de 17 ans. Photo : Nuno Fox/4SEE-REA
Dieu
que c’est bon ! Recroquevillé sur le seuil d’un vieil immeuble aux
balcons de fer forgé, Irinou sent la détente merveilleuse le gagner tout
entier. A peine a-t-il fini de se piquer qu’il regrette pourtant déjà –
comme à chaque fois. Irinou pense à sa vie d’errance, il pense à ses
deux fils, se demande quand il les a vus pour la dernière fois : « Ils ne doivent jamais savoir », ne jamais le voir dans cet état, « ne jamais toucher à ça »
– l’héroïne. Le regard d’Irinou le Cap-Verdien se fixe au loin.
L’après-midi touche à sa fin à Lisbonne. Soulevant le linge aux
fenêtres, un souffle venu du Tage parcourt les venelles et escaliers à
flanc de colline du quartier populaire de Mouraria. Des petits vieux
perdus dans leur monde sortent faire trois courses, des « filles »
regagnent leur place sur le trottoir, les enfants investissent en criant
la rue où ils joueront jusque tard. Ici, le charme des azulejos n’opère
guère contre la violence du trafic de drogues et de la prostitution.
Mais la vitalité – à Mouraria se croisent à peu près toutes les
nationalités – l’emporte résolument sur la souffrance.
Arrivent Alexandra et Joana, reconnaissables de loin à leur tee-shirt
blanc et leur sac à dos noir, rempli de seringues, filtres, acide
citrique, eau distillée… – parfait « nécessaire du drogué », ou plutôt
matériel de secours destiné à prévenir le pire. Irinou les aime bien,
les deux « médiatrices » de Crescer na Maior – elles doivent être les
seules à se préoccuper de lui. Et elles ne désespèrent pas de le
convaincre un jour de rejoindre les trois cents toxicomanes – sur les
mille deux cents suivis par leur association dans le quartier – ayant
déjà saisi la main qu’on leur tendait en acceptant d’entreprendre un
traitement de substitution. Dépénaliser, un pari risqué
Car pour les deux médiatrices, comme pour le gouvernement portugais (qui
finance leur association à 100 %), Irinou le toxico n’est pas un
délinquant – il est un malade, et, à ce titre, doit être soigné. Fort de
cette conviction, le Portugal fut le premier pays d’Europe, il y a dix
ans (le 1er juillet 2001) à voter la dépénalisation de toutes les
drogues – ce qui ne signifie pas leur légalisation. Et commença par
déposséder le ministère de l’Intérieur de ce dossier, dont il confia la
responsabilité au ministère de la Santé – une première là aussi, cette
fois planétaire. Un geste fort, inspiré du pari suivant : plutôt que
d’emprisonner les drogués, mieux vaut les hospitaliser. Au final, tout
le monde s’en trouve gagnant, y compris l’Etat, auquel cette politique
revient moins cher que celle de la tolérance zéro, avec son cortège
d’incarcérations.
A l’époque, tant la police judiciaire que l’opposition conservatrice
crurent s’étrangler. Folie pure ! Insensé ! La consommation de
stupéfiants allait exploser, et le Portugal connaîtrait l’infamie
d’accueillir, venus du monde entier, des « touristes » venus profiter de
l’aubaine… Il n’en fut rien.
Non seulement « l’apocalypse annoncée n’eut pas lieu »,
souligne Brendan Hughes, de l’Observatoire européen des drogues et des
toxicomanies (OEDT), mais le bilan de cette politique inédite se révèle
excellent : le nombre de personnes gravement dépendantes a été divisé
par deux, les prises en charge ne cessent d’augmenter (actuellement
quarante mille), la quantité de décès liés à l’usage des drogues a été
divisée par six, et la prévalence de la consommation continue d’être
l’une des plus basses d’Europe, notamment chez les 15-19 ans. Problème de santé publique
Le Portugal revient de loin. Le pays se souvient trop bien de cette
époque pas si lointaine où presque chaque famille était concernée par la
toxicomanie – 1 % de sa population consommant de l’héroïne. Un vrai
problème de santé publique, une « épidémie » – c’était dans les années
80 et 90 : alors que la chute de Salazar, en 1974, avait lancé le
processus d’indépendance du Mozambique, de Cap-Vert et de l’Angola – et
donc précipité le retour de milliers de colons, revenus avec des
« pratiques » de consommation acquises « là-bas ». « Cela a pris comme un véritable feu de paille : tout le monde voulait essayer,
se souvient Joao Goulao, alors jeune médecin généraliste, aujourd’hui
directeur de l’Institut portugais des drogues et de la toxicodépendance
(IDT), administration-clé créée en 2001 dans le cadre de la loi sur la
dépénalisation. Sauf que notre société, naïve, fermée et isolée,
n’était pas préparée : Mai 68, le mouvement hippie, rien de cela n’avait
eu d’écho ici… Très vite, le sida a fait son apparition, et les
Portugais ont commencé à paniquer. Pourtant, ce n’était pas à la
démocratie qu’il fallait en vouloir de nous avoir ouvert les portes de
la drogue, mais bien à la dictature, qui nous avait fermé les yeux », poursuit ce dernier – même s’il « ne veut pas de lauriers » – qui peut être considéré comme l’architecte, lucide et pragmatique, de la politique « Antes tratar que punir » (« »).
La devise est inscrite à l’entrée de la Commission de dissuasion,
dans le centre de Lisbonne (vingt commissions de ce type sont réparties
dans le pays). Un organe administratif unique au monde, ayant pris le
relais des commissariats et cours de justice pour décider du sort à
réserver aux toxicomanes. Car qui dit dépénalisation ne dit pas
impunité : si une certaine quantité de stupéfiants est tolérée pour
usage personnel – tout trafic restant par ailleurs rigoureusement
interdit –, au-delà, le consommateur doit, au lieu d’être placé en garde
à vue, s’en expliquer devant les trois experts (un juriste, un
psychologue et un travailleur social) de la Commission, qui l’attendent
dans les soixante-douze heures suivant son interpellation par la police.
Du toxico au patient « Quel est son degré de dépendance ? Et quelle est la meilleure
réponse à lui apporter ? Voilà ce que nous essayons de déterminer au
cours de l’entretien, explique Nuno Capaz, qui, à la tête de la Commission de Lisbonne, reçoit en moyenne cent toxicomanes par mois. S’il
n’est qu’un consommateur occasionnel, nous lui assignons une peine
symbolique, du type travaux d’intérêt public ou amende financière. Mais
s’il présente un profil de récidiviste – en d’autres termes, s’il est
malade – nous l’encourageons vivement à se soigner. » Et c’est
ainsi que, de « toxicos », ceux chez qui la Commission aura décelé une
addiction sérieuse deviennent des « patients » pris en charge par
l’Etat. Au Centro das Taipas de Lisbonne, où ils sont aussitôt adressés
pour y suivre une « thérapie pharmacologique » (une cure de
désintoxication via un traitement de substitution à la méthadone), on
commence d’ailleurs toujours par établir un double diagnostic : « Nous essayons de comprendre tout de suite pour quelles raisons les gens prennent des drogues »,
témoigne le psychiatre Miguel Vasconcelos, qui l’affirme : 50 % de ses
patients en hôpital de jour souffrent de dépression, schizophrénie,
troubles bipolaires…
Via toutes sortes d’ateliers (arts plastiques, physiothérapie), les
malades du docteur Vasconcelos – près de six cents – vont donc
réapprendre ici, progressivement, à vivre sans la drogue pour retrouver
in fine leur place dans la société. Irinou rejoindra-t-il un jour ce
lieu à part, dont les jardins ensoleillés accueillent toutes sortes de
chats sauvages que personne ne songerait à chasser ? Commissions de
dissuasion, ONG et associations du type de Crescer na Maior sont là, en
tout cas, pour assurer le lien. « Nous avons un taux record de
malades en traitement. Il est même rare de trouver au Portugal un
toxicomane vierge de tout contact avec nous. Ils nous connaissent, et
nous font confiance », assure Joao Goulao. Même la police, pourtant
sceptique au départ, reconnaît l’efficacité – le bon sens ? – de ce
système cohérent. « Autrefois fichés, les consommateurs ne sont plus
nos ennemis, et sont même prêts à collaborer pour combattre les gros
trafiquants. Depuis trois ans, le Portugal affiche de très bons
résultats, au niveau européen, en matière de saisie de stupéfiants », témoigne Joao Figueira, le chef de la police judiciaire. La recette du remède miracle
L’air de rien, et sans tapage, le Portugal aurait-il mené là sa seconde
révolution ? Intrigué par tant d’audace et de détermination (depuis
2001, les gouvernements de gauche et de droite se sont succédé sans
jamais imaginer modifier la loi sur la dépénalisation), le monde a les
yeux fixés sur le petit pays et son remède « miracle » : l’Italie,
l’Espagne et la République tchèque lui ont déjà emboîté le pas, tandis
que la Grèce, la Norvège et le Mexique y songent sérieusement.
Pour autant, nuance Brendan Hughes, « même si de nombreux Etats
tachent de s’inspirer du modèle portugais, aucun n’en applique
véritablement les modalités, puisque aucun n’accepte de transférer la
responsabilité de la politique de la drogue au ministère de la Santé.
Or, tant que cette politique restera aux mains des ministères de la
Justice ou de l’Intérieur, on ne sortira pas d’une approche
essentiellement punitive et de son modèle de délinquance. » L’expert a bien sa petite idée, pour expliquer tant de frilosité : « C’est
comme s’il était très difficile, lorsqu’on a considéré les toxicomanes
comme des criminels pendant trente ans, d’admettre que l’on a pu avoir
tort et de commencer à les voir autrement. » Le Portugal, lui, n’a pourtant pas eu si froid aux yeux…
Drogues : l'échec des politiques répressives chez les jeunes
Chez les spécialistes des drogues,
l'information circulait depuis plusieurs jours: les chiffres révélant
le niveau d'addiction des jeunes Français sont mauvais. De fait, selon
l'enquête European school survey project on alcohol and other drugs (Espad) qui a été publiée jeudi 31 mai en fin de matinée, la consommation de tabac, d'alcool mais aussi de cannabis des jeunes Français scolarisés de 16 ans s'affiche nettement à la hausse entre 2007 et 2011 (lire l'étude en anglais en PDF).
Le classement de la France se détériore par rapport aux autres pays
européens, qui contrairement à elle, sont souvent en progrès. Une bombe,
alors que le plan 2008-2011 de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) fixait pour objectif de fairereculer les consommations de drogues illicites et celles excessives d'alcool. L'EXPÉRIMENTATION DU CANABIS EN HAUSSE DE 25 %
L'enquête réalisée par le Conseil suédois pour l'information sur
l'alcool et les autres drogues, compare 36 pays. Selon des chiffres
provisoires que Le Monde s'est procurés par un biais non
officiel, l'évolution sur le cannabis est particulièrement
problématique: l'expérimentation est en hausse de 25 %, le nombre de
jeunes ayant consommé au moins une fois le produit passant de 31 % à 39 %
en quatre ans. L'augmentation est même de 60 % pour la consommation au
moins une fois par mois (de 15 % à 24 %).
Sur le cannabis, la France reprend donc la première place du
classement et retrouve ses niveaux de consommation du début des années
2000. Pour l'alcool, c'est un retour parmi les dix premiers pays : 67 %
des jeunes de 16 ans ont consommé de l'alcool dans le mois, contre 64 %
en 2007. En outre, 41 % déclarent avoir été ivres au moins une fois dans l'année. Certes, c'est moins que les 48 % constatés outre-Manche. Mais en quatre ans, le Royaume-Uni a fait des progrès, passant du premier au quatrième rang, alors que la France arrive désormais dans le top 15.
Pour le tabac, la situation se dégrade aussi. Les jeunes Français de 16 ans étaient 38 % à avoir fumé au moins une cigarette dans le mois en 2011, contre 30 % en 2007. La France arrive désormais au 6e rang, rejoignant le camp des pays où les jeunes sont fortement consommateurs de tabac parmi lesquels la République tchèque, la Lettonie, la Croatie.
Etienne Apaire, le président de la Mildt jusqu'à ces derniers jours
aurait-il crié victoire trop tôt? Ce magistrat nommé en 2007 affirmait
en janvier dans la lettre d'information de l'instance, que l'objectif de
fairebaisser"le nombre des entrées en consommation" avait "été atteint". Un satisfecit réitéré en mai, dans son éditorial d'adieu.
Il se basait sur une enquête réalisée auprès des jeunes, française, dite Escapad (ici en PDF).
Publiée en février, elle montrait une baisse des expérimentations
d'alcool et de tabac, et une stabilisation de la diffusion du cannabis.
Surtout, elle relevait une baisse des usages de cannabis dans l'année et
au cours du mois, qui confirmait une tendance constatée depuis 2003.
Mais en avril, sans grand bruit, l'Observatoire français des drogues
et des toxicomanies (OFDT) rendait publique une troisième enquête,
intitulée Health Behaviour in school-aged children et réalisée auprès des 11, 13 et 15 ans (ici en PDF). Cette étude décrivait plutôt une stabilisation des consommations. L'heure ne semblait en tout cas pas à la baisse.
Les chiffres européens Espad publiés jeudi décrivent au contraire une
hausse de la consommation sont à considérer avec prudence – ils devront
notamment être confirmés dans la durée. Mais ils relancent le débat
autour de la politique française de lutte contre la toxicomanie, qui a été marquée sous l'ancien gouvernement, par une option répressive.
"L'ENVIRONNEMENT ADDICTOGÈNE" DES ADOLESCENTS
"Je sais que nous pouvons être accusés de partialité, car nous
n'étions pas d'accord avec la politique menée, mais l'enquête Espad
montre bien que celle-ci n'a pas fonctionné", relève Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération addiction, une fédération d'intervenants du secteur. Il estime que la Mildt a faussement fait croire
que la France, grâce à l'accent mis sur la répression des usages de
cannabis, réussissait à résister. Résultat, elle est surtout, selon lui,
passée "à côté de ce qui constitue le gros problème": "l'environnement addictogène" dans lequel évoluent les adolescents dans une société qui favorise les sensations fortes et l'hyperconsommation (jeux vidéo, "binge-drinking", etc.).
"Le problème est que l'objectif a été d'éviter à tout prix le premier usage, alors qu'essayer
le cannabis est un signe d'identification chez les jeunes, sans suivi
après. Il est pourtant primordial de détecter précocement les usages
réguliers", commente Jean-Michel Costes, directeur de l'OFDT de 1995 à 2011. Il critique "une politique qui n'a rien donné sur le cannabis et qui a laissé filer les consommations des drogues légales".
Une focalisation sur le cannabis critiquée par les spécialistes, alors
que le tabac est une porte d'entrée vers cette substance, et que les
jeunes sont des polyconsommateurs.
Du jamais vu : le président de Colombie, Juan Manuel Santos, appelle à un débat global sur la question de la légalisation de la marijuana et de la cocaïne dans les colonnes du Guardian. Rappelant l'échec de toutes les "guerres" et tentatives de prohibition, celui-ci invite les dirigeants des pays consommateurs à "un peu de courage".
"Alors qu'un sommet international sur les drogues a lieu cette semaine à la Chambre des lords, il n'y aura personne de Downing Street, ni aucun homme politique britannique de premier plan pour écouter les médecins, les universitaires et les économistes internationaux qui réfléchissent et débattent d'une nouvelle approche de la guerre contre les drogues", déplore The Guardian.
Le journal rappelle qu'en 2002 David Cameron avait, lors d'un débat parlementaire à la Chambre des communes, demandé au gouvernement travailliste "de ne pas revenir à la guerre contre les drogues qui a été tentée – et qui ne donne aucun résultat, comme tout le monde le sait".
Depuis, le sujet est resté tabou. "Les dirigeants politiques ont encouragé le sommet et admettent en privé que les choses doivent changer, mais ils ne font rien pour faire avancer le débat", constate le quotidien britannique. "Ils devraient lire le dernier rapport de la Commission globale pour une politique de lutte contre les drogues rédigé notamment par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, l'ancien secrétaire d'Etat américain George Shultz et l'ex-dirigeant de la Réserve fédérale Paul Volker", poursuit le Guardian. Ce rapport, rendu public au printemps dernier, conclut que "la guerre des drogues n'est pas gagnée et ne peut être gagnée" et il encourage les dirigeants de tous les pays à 'briser les tabous".
En attendant, les voix qui exigent une nouvelle discussion viennent d'Amérique latine. Toujours dans le Guardian, le président de la Colombie Juan Manuel Santos, rappelant le prix payé par la Colombie, pays producteur, dans cette guerre contre les drogues, appelle les dirigeants du monde à repenser la politique contre les drogues et à ouvrir le débat de la légalisation de la marijuana ainsi que de la cocaïne. C'est la première fois qu'un président en exercice tient de tels propos. Il y a quelques mois, le président du Mexique Felipe Calderón, englué dans une guerre dévastatrice contre les trafiquants, avait aussi déclaré à propos des Etats-Unis : "Nous habitons dans le même immeuble. Notre voisin est le plus grand consommateur de drogue du monde et tout le monde veut lui vendre de la drogue en passant par nos portes et nos fenêtres."
"Il est impossible que les leaders des pays les plus consommateurs – Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne – continuent de se taire. Les habitudes de leurs citoyens sont non seulement responsables des vies dévastées de nombreux Latino-Américains, mais ils sont aussi à l'origine de la destruction de la forêt amazonienne. (...) Ils doivent avoir le courage de briser les tabous", conclut le Guardian.
Alors que pendant des millénaires, seule la feuille de coca était mâchée et vénérée, dorénavant entre capitalisme et prohibition, voilà où sombrent les fils des Incas ...
Oxi ? Ces trois lettres désignent le nouveau fléau du Brésil. Une drogue pire que toutes les autres, beaucoup plus destructrice encore que le crack. Un stupéfiant si vénéneux qu'il rend ses victimes dépendantes dès la première fois qu'ils en usent, et qu'il en tue trois sur dix dès la première année d'accoutumance.
Oxi est le diminutif d'oxidado : "rouillé", en portugais. Comme le crack, l'oxi est un dérivé de la cocaïne base, mais en contient deux fois plus ; comme lui, il a l'apparence d'un petit caillou jaunâtre et se "fume" dans une pipe à air, l'usager inhalant ses vapeurs.
Seule la consommation de ces deux drogues cousines et de même apparence permet de les distinguer : la fumée du crack est blanche, celle de l'oxi, plus grise ; l'un laisse des cendres, l'autre une substance huileuse.
Le crack, c'est de la coke dissoute dans du bicarbonate de soude, de l'éther ou de l'ammoniaque. L'oxi, c'est de la coke oxydée avec de la chaux vierge, et un dérivé du pétrole : kérosène, essence ou diesel.
L'oxi a été décelée pour la première fois en 2003 dans l'Etat d'Acre, frontalier de la Bolivie. Elle avait alors la faveur des plus pauvres - notamment des jeunes chômeurs - et des adeptes mystiques de l'ayahuasca, un breuvage hallucinogène amazonien.
Depuis, l'oxi s'est répandue dans le nord du Brésil avant de faire, cette année, son apparition dans les grandes villes du sud, en particulier Sao Paulo. La police en saisit, chaque semaine ou presque. Elle est maintenant consommée dans tous les milieux sociaux.
L'"atout" de l'oxi, c'est qu'elle est très bon marché : cinq fois moins chère en moyenne (2 réis, soit 0,90 centime d'euro le caillou) que le crack. A Cracolândia, le quartier des drogués - en majorité des sans-abri - de Sao Paulo, on l'appelle tout simplement "la pierre à 2 réis".
Les solvants utilisés dans la fabrication du crack sont en vente surveillée. Concocter ce stupéfiant exige une manipulation dans un petit labo improvisé, fût-ce une cuisine. Rien de tel pour l'oxi, qu'on peut préparer dans une simple poêle, au fond de la moindre arrière-cour.
L'apparence quasi identique des deux stupéfiants a longtemps abusé la police. En mars, à Sao Paulo, après avoir saisi 60 kg de "cailloux", elle découvre par hasard qu'il s'agit d'oxi, et non de crack, en faisant brûler quelques pierres lors d'une démonstration devant de jeunes recrues. Les drogués se méprennent, eux aussi, achetant sans le savoir de l'oxi dans les points de vente traditionnels du crack.
Une fois leur pipe allumée, le doute n'est plus permis. Dès la première bouffée, qui agit sur le cerveau en quelques secondes, l'"effet oxi" est foudroyant, et l'addiction souvent immédiate. "J'ai cru avaler un poison, j'ai eu peur de mourir", confiait Pedro, 27 ans, à l'hebdomadaire Epoca.
Les dégâts physiques et mentaux surgissent rapidement : maux de tête, vomissements, diarrhées ; abattement, angoisses, paranoïa. "J'entendais des voix, comme si le diable me parlait", raconte André, un malade en cure de désintoxication. Les dentistes ont été les premiers à donner l'alerte, en découvrant avec effroi les nécroses qui envahissaient les bouches de leurs jeunes patients.
Plus encore qu'avec les autres drogues, les victimes de l'oxi sont prêtes à tout pour s'en procurer. André a vendu jusqu'au dernier bien avant d'accepter de se soigner. La rue Helvetia, au coeur de Cracolândia, est un lieu de troc permanent pour une centaine de drogués, qui négocient un peu de tout, en échange de "cailloux à 2 réis" : vieilles chaussures, vêtements usagés, matériel électroménager, ou simples tickets de bus.
Après trois jours au maximum en état de manque, l'"oxicomane" devient très agressif. Augusto, 25 ans, Irivan, 25 ans, Jonas, 40 ans - qui tous se soignent aujourd'hui - racontent l'inéluctable naufrage de la dépendance : disputes familiales, pertes d'emploi, vols, agressions. Et au pire : assassinats, suicides. "Huit homicides sur dix sont liés aux stupéfiants", constate Wilson Martins, gouverneur de l'Etat du Piaui, au nord du Brésil. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle l'oxi "la drogue de la mort".
L'Etat d'Acre, en Amazonie, fut le premier affecté par l'oxi. Dans les vieux quartiers du centre de Rio Branco, sa capitale, les gamines droguées se prostituent dès l'âge de 8 ans, rapporte un chercheur local, Alvaro AugustoAndrade Mendes. Faute de drogue, les enfants se préparent un "thé" avec le liquide des piles alcalines. En forêt, les villages indiens ne sont pas épargnés par l'oxi et la merla, autre dérivé de la coke.
La police craint qu'à terme l'oxi prenne la place du crack. L'organisation du trafic en serait modifiée, compliquant ainsi la répression. Produite de façon artisanale, commercialisée en petites quantités, la nouvelle drogue circule en dehors des réseaux de vente traditionnels.
A Rio Branco, des petits trafiquants vont chercher la cocaïne base à la frontière et fabriquent l'oxi dans des maisons abandonnées ou dans la forêt. Pour être efficace, la police devra se montrer beaucoup plus présente sur le terrain. Faute de quoi, les volutes grises de l'oxi propageront de plus en plus la servitude et la mort.
WASHINGTON - Jusqu'à 90% des billets de banque en circulation aux Etats-Unis, surtout dans les grands centres urbains, contiennent des traces de cocaïne, selon une étude de l'association des chimistes américains.
Ce chiffre représente une augmentation de près de 20% par rapport aux résultats d'un étude similaire réalisée il y a deux ans, ont précisé les auteurs de ces travaux présentés dimanche à une conférence de l'American Chemical Society réunie à Washington.
Les chercheurs ont analysé des billets de banque en circulation dans plus de trente grandes villes dans cinq pays dont - outre les Etats-Unis - le Canada, le Brésil, la Chine et le Japon.
Les billets américains et canadiens ont les niveaux les plus élevés de contamination avec 90 et 85% en moyenne respectivement, suivis par les coupures brésiliennes avec 80%.
La Chine et le Japon ont les taux plus faibles avec 20% et 12%.
Il s'agit de la première analyse effectuée sur les billets chinois et japonais pour détecter des traces de cocaïne, précisent les auteurs.
Ces résultats laissent penser que l'usage de la cocaïne est répandu et augmente dans certains endroits aux Etats-Unis, relève Yuegang Zuo, un chimiste de l'Université du Massachusetts (nord-est) qui s'est dit très surpris par ces résultats.
"Je ne sais pas vraiment comment expliquer cette apparente augmentation de l'usage de cocaïne depuis deux ans (aux Etats-Unis), mais cela pourrait être lié à la récession qui conduirait davantage de personnes désespérées à se droguer", ajoute-t-il.
Selon lui de telles études permettent aux services de lutte contre les stupéfiants d'identifier les tendances dans l'usage de la drogue dans une communauté donnée.
Pour rompre le tabou qui entoure les politiques de lutte contre les stupéfiants, trois anciens présidents – du Brésil, Fernando Henrique Cardoso, du Mexique, Ernesto Zedillo, et de Colombie, César Gaviria – avaient fondé, il y a plus d'un an, la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie. Ils ont tenté d'établir le bilan de la guerre menée contre ce qui constitue "un des problèmes les plus graves de l'Amérique latine" et d'explorer de nouvelles pistes pour y remédier. Les conclusions de la troisième et dernière réunion de la Commission, qui s'est tenue à Rio de Janeiro le 12 février, sont unanimes et tranchées, rapporte le quotidien El País. La guerre menée contre la drogue depuis trente ans s'est avérée "inefficace et négative". Les dix-sept personnalités membres de la Commission, parmi lesquelles figurent les écrivains Enrique Krauze et Mario Vargas Llosa, demandent donc à la fois la dépénalisation de l'usage personnel de la marijuana au niveau mondial et un changement radical de stratégie dans la lutte contre les drogues. "Il faut passer du stade de la peur, de la répression et des tabous à celui de l'information véridique. C'est l'unique moyen de s'en prendre réellement à la corruption et à la violence engendrées par les trafics", affirment-ils.
Etats-Unis: histoires d'inégalités entre la «drogue du pauvre» et la cocaïne --par Denise Lavoie-- [26/12/2007 03:11]
BOSTON (AP) -- Depuis son apparition sur le marché américain au début des années 80, le crack a toujours été considéré aux Etats-Unis comme une drogue plus dangereuse que la cocaïne, et ce, jusque dans les textes de loi. Une image d'Epinal reconsidérée aujourd'hui par de plus en plus d'experts et par les tribunaux.
De nombreux médecins spécialisés dans le domaine des narcotiques reconnaissent depuis peu que les effets dévastateurs du crack en comparaison à ceux générés par la prise de cocaïne ont été exagérés aux Etats-Unis, remettant ainsi en cause la législation américaine dans nombreux de ses jugements.
Apparue en 1980 sur la côte ouest, «la drogue du pauvre», dix fois moins chère que la cocaïne, s'est rapidement imposée comme la référence en matière de stupéfiants dans les ghettos afro-américains, suscitant la peur des autorités de voir naître un nouveau fléau pour la jeunesse.
En 1986, un texte de loi fédérale a gravé dans le marbre la détermination de la justice américaine à faire la guerre aux fumeurs de crack, allouant des peines de prison jusqu'à 100 fois supérieures à celles encourues pour des faits similaires avec de la cocaïne.
Toujours appliquée par les tribunaux américains, cette loi est aujourd'hui de plus en plus contestée par des experts scientifiques et par des médecins.
«Il n'existe à l'heure actuelle aucune justification scientifique qui puisse cautionner de tels textes de loi», reconnaît notamment le Dr Nora Volkow, directrice d'un institut américain spécialisé dans la lutte contre les stupéfiants.
D'autres experts poussent le raisonnement plus loin, mettant en avant le contexte social dans lequel le crack a débarqué aux Etats-Unis, dans des quartiers pauvres où régnait à l'époque un climat de violences urbaines largement relayées par les médias.
Pour Craig Reinarman, sociologue et professeur de Droit à l'université de Santa Cruz, «les politiciens ont manipulé les peurs» des Américains, faisant du crack «une nouvelle substance démoniaque', responsable de tous les maux de la société.
En 1986, la mort subite par overdose d'un jeune prodige du basket-ball américain, Lenny Bias, a renforcé l'idée que cette drogue était l'incarnation du diable.
Aussi talentueux que fantasque, Lenny Bias venait juste d'apprendre qu'il allait devenir joueur professionnel chez les Boston Celtics, lorsque la drogue l'emporta un soir de juin, à l'occasion d'une soirée orgiaque.
Peu après sa mort, les journalistes américains ont annoncé que le jeune homme était décédé suite à une prise excessive de crack, alors que l'enquête révélera plus tard qu'il s'agissait plutôt d'une overdose de cocaïne.
«La mort de Lenny Bias a symbolisé l'étendue des ravages que pouvait causer cette drogue», se souvient Marc Mauer, directeur d'un groupe de recherche en Droit pénal.
«D'un côté vous avez ce jeune homme promis à une très belle carrière de basket et de l'autre sa vie emportée par les démons du crack et de la cocaïne», analyse-t-il.
La réputation de la «drogue du pauvre» n'est pas sortie grandie de cette histoire, rattrapée quelques mois plus tard par une théorie médicale stigmatisant l'émergence d'une génération de «bébés-crack», atteints de troubles neurologiques sévères en raison de la prise de ce stupéfiant par leur mère pendant leur grossesse.
Aujourd'hui largement remise en cause par de nombreux médecins, cette théorie a focalisé l'attention sur cette drogue aux effets destructeurs, alors qu'il a été scientifiquement démontré par la suite que la prise de cocaïne par des femmes enceintes causait des lésions neurologiques similaires.
Imperméable à toute critique pendant de nombreuses années, la justice américaine envisage aujourd'hui de revoir à la baisse les condamnations judiciaires applicables aux détenteurs et trafiquants de crack.
A l'automne, la Commission des peines des Etats-Unis, organe judiciaire chargé de fixer les lignes directrice du Droit fédéral, a préconisé un réaménagement de ce type de condamnations, avec un effet rétroactif qui pourrait concerner près de 20.000 détenus, à majorité d'origine afro-américaine.
Cette nouvelle disposition, entrée en vigueur le 1er novembre dernier n'a en revanche pas allégée la durée de la peine minimale encourue pour trafic de crack, fixée à 5 ans d'emprisonnement, et dont seul le Congrès a le pouvoir de modifier. AP
Hugo Chavez souhaite l'aide de George W.Bush pour libérer les otages colombiens [26/09/2007 06:36]
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CARACAS (AP) -- Hugo Chavez souhaite que le président américain George W.Bush joue un rôle positif dans la libération des otages en Colombie, a affirmé mercredi le président vénézuélien.
Hugo Chavez essaie actuellement de trouver un accord avec les rebelles colombiens des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en vue d'obtenir la libération de leurs otages, parmi lesquels trois Américains .
Lors d'une rencontre avec des proches de ces trois militaires américains, il a évoqué le rôle que pourrait jouer George W.Bush dans les négociations. «Il n'y a là aucune couleur politique ou idéologie. Le président Bush, je l'espère, pourra nous aider», a affirmé Hugo Chavez, soulignant que le président américain avait des rendez-vous prévus avec le président colombien Alvaro Uribe et le président français Nicolas Sarkozy, qui s'est également impliqué dans l'affaire des otages.
«J'espère qu'il veut nous aider», a déclaré M.Chavez.
Le président vénézuélien a indiqué que les FARC réclamaient l'échange de deux de leurs hommes emprisonnés aux Etats-Unis contre d'autres prisonniers.
Alvaro Uribe est contre cette idée. «Il y a un blocage à ce niveau-là», a observé Hugo Chavez.
Le commandant rebelle des FARC, Nayibe «Sonia» Rojas, a été déclaré coupable d'exportation de cocaïne cette année par un tribunal américain, tandis qu'un autre colombien, Ricardo Palmera -plus connu sous le nom de guerre de Simon Trinidad - attend un jugement américain pour des accusations similaires.
«En tant que président, je sais que les chefs d'Etat ont du pouvoir» a affirmé Hugo Chavez, suggérant la possibilité d'un pardon américain.
Le président socialiste a attiré l'attention du monde l'année dernière lorsqu'il a qualifié George W.Bush de «diable» dans un discours à l'ONU.
Au terme de la rencontre, placée sous le signe de l'émotion et de la prière, les proches des otages américains Keith Stansell, Marc Gonsalves et Tom Howes ont remercié Hugo Chavez pour son rôle de médiateur avec les FARC.
Les trois Américains sont détenus par le groupe rebelle le plus important de Colombie depuis que leur avion s'est écrasé au cours d'une mission de surveillance en février 2003, dans les jungles du sud. AP
Et oui, la radio ne marchant plus depuis trop longtemps, je vous propose un lecteur Jamendo pour que vous puissiez écouter de la musique quand même ;o))
Donc, tout d'abord, un bon vieux groupe punk français de quand j'étais jeune ;o))
Et ensuite, un très bon album de dub (fallait pas moins quand on ose prendre King Dubby comme nom de scène ;o))