La privatisation des mots - et du coup des champs semantiques entiers - se profile à l'horizon !!! En tout cas : un conseil si vous songer à aller aux JO de Londres, qui débutent vendredi prochain : laissez vos T-shirt Pepsi, votre parasol Burger King et votre bob Apple à la maison. Vous ne risquerez pas de vous faire refouler à l'entrée ... Sebastian Coe, à la tête du comité d’organisation des Jeux Olympiques, a créé la polémique en affirmant que les spectateurs portant un tee-shirt Pepsi pourraient être refoulés des sites olympiques, parce que Coca-Cola est le sponsor officiel de la manifestation...
Le patron des Jeux Olympiques est l'ancien athlète Sebastian Coe, devenu Lord Coe en 2000. Il est entré au Parlement anglais pour sièger en tant que député de Falmouth et Camborne de 1992 à 1997, pour le parti conservateur. Parmi ses ancêtres : deux propriétaires d'esclaves et des plantations sucrières à la Jamaïque : George Clarke, Lieutenant Governor de New York Colony et Edward Hyde de Norbury.Bonjour,Si vous voulez des frissons, voilà un article palpitant ! Il ne concerne pas seulement la dérive des Jeux Olympiques de Londres, mais la dérive de notre société toute entière à travers l'utilisation des droits de propriété intellectuelle. Les dispositions juridiques introduites par les multinationales, avec l'aval du Parlement britannique (mais cela pourrait se produire exactement de la même façon en France), au prétexte des JO de Londres, sont la préfiguration d'une dépossession sans précédent de nos libertés publiques, à commencer par notre droit inaliénable d'utiliser les mots du langage. Bientôt l'air que l'on respire ?Quand les faucheurs volontaires ont commencé à faucher les champs d'OGM, des voix se sont élevées pour protester contre ce mode d'action, ou pour relativiser l'impact des OGM sur la santé. Il a fallu des années pour que les médias comprennent que les droits de propriété intellectuelle sur les semences étaient le véritable enjeu. Aujourd'hui, ce procédé d'appropriation du vivant s'étend à l'appropriation de notre esprit : il est impossible de penser sans les mots. De façon sidérante, l'interdiction d'utiliser certains mots devenus la "propriété" de multinationales lors des JO de Londres semble passer totalement inaperçue...alors que les médias britanniques sont aux prises avec cette interdiction.Utilisons vite tous les mots interdits ! Qu'on se le dise !SE
"Ces Jeux de Londres nous font pleinement entrer dans l’âge cyberpunk. Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle. On mesure alors toute la force des “droits exclusifs” attachés aux marques et au copyright, dès lors qu’ils s’exercent ainsi de manière débridée, dans un environnement saturé de signes et de logos. Cette propriété privé aboutit en fait bien à “priver” les citoyens de leurs libertés publiques pour les soumettre à la loi des corporations. Grâce à ces droits, ce sont des biens publics essentiels comme les mots du langage, l’information, l’espace urbain, les transports en commun, la gastronomie, les codes vestimentaires qui sont “privatisés”.
lundi 6 août 2012
Les Jeux olympiques, machine à détruire les Communs ?
«La stratégie du nénuphar» ...
La machine de guerre américaine est en mouvement perpétuel. Ramstein Air Base est une base aérienne des US Air Forces in Europe située près de la petite ville de Ramstein non loin de Kaiserslautern en Allemagne. C'est par là qu'on achemine des grands blessés américains de la guerre des Etats-Unis en Afrique - en toute discrétion. Les médias grands public ne parlent pas de ces gueules cassées, ni des signes d'un changement de stratégieimportant. Par un rédeploiement de ressources en peau de chagrin, les planificateurs militaires prévoyent un futur d’interventions interminables à petite échelle dans lesquelles un grand nombre de bases, géographiquement dispersées, seront toujours préparées à un accès opérationnel instantané.Ce renseignement vient de David Vine, assistant professor of anthropology à l'American University, Washington DC et l'auteur du témoignage Island of Shame : The Secret History of the U.S. Military Base on Diego Garcia (Princeton University Press, 2009). Son long article "U.S. Empire of Bases Grows" décrit ci-après cette évolution stratégique et montre que nous avons affaire à un colosse aux pieds d'argile - plutôt bête et méchante.Issu d’une famille d’hommes politiques influents (son grand-père était sénateur) liée à la dynastie des Kennedy, c'est Gore Vidal - qui vient de nous quitter - qui dénonce avec une très grande lucidité ce qu’il appelle «la politique impériale» des États-Unis et le grand myth de la démocratie américaine. Autrement dit ce qu'a crée la culture d'entreprise - Corporate America - au détriment de l'intérêt général, du bien-être mondial et de la santé planétaire ...Notre 'Siècle des Mensonges' est né avec les attentats de 9/11 et le nouvel Pearl Harbour tant désiré par Paul Wolfowitz et ses amis du Project for the New American Century (Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Project_for_the_New_American_Century) ! Quel que soit l'avis des journalistes et échotiers acquis à la thèse de la version officielle, ces événéments furent nécessaires pour justifier ces lois 'sécuritaires et liberticides' que nous subissons. Evénéments pour lesquels les explications alternatives offrent une rigueur et une qualité logique bien supérieure aux explications du gouvernement américain et ses alliés !Nous sommes confrontés au despotisme d'une puissance militaire ubuesque à la recherche des richesses minérales pour alimenter son apétit insatiable de pétrole, d'uranium, de coltan - sources d'énergie et des matières premières non-rénouvelables. Or l'économie capitaliste américaine se saborde par une déficience structurelle insoluble. Politique impériale donc en phase finale. Voici quelques éléments-clé d'analyse de la plume-bistouri de David Vine :"La Grande-Bretagne, comme d’autres empires précédents, a eu à fermer la plupart de ses bases restantes à l’étranger au milieu d’une crise économique dans les années soixante et soixante-dix. Les Etats-Unis iront indubitablement dans cette direction tôt ou tard. La seule question est si le pays renoncera à ses bases et réduira volontairement sa mission globale ou s’il suivra le chemin de la Grande-Bretagne comme puissance en décadence obligée à renoncer à ses bases depuis une position de faiblesse ...Ces nénuphars dangereux
Bien que la dépendance de petites bases puisse sembler plus intelligente et plus économique qu’entretenir d’ immenses bases qui ont souvent créé la colère dans des endroits comme Okinawa et la Corée du Sud, les nénuphars menacent la sécurité mondiale et celle des Etats-Unis, de plusieurs façons :
D’abord, le langage « nénuphar » peut être trompeur, et intentionnellement ou autrement, ces installations peuvent rapidement grandir jusqu’à devenir des bêtes immenses.
Deuxièmement, malgré la rhétorique sur la progression de la démocratie qui perdure encore à Washington, la construction de davanatge de nénuphars garantit en réalité la collaboration avec un nombre croissant de régimes despotiques, corrompus et assassins.
Troisièmement, il existe un modèle bien documenté du dommage que les installations militaires de diverses tailles infligent aux communautés. Bien que les nénuphars semblent promettre l’isolement de l’opposition locale, avec le temps il arrive souvent que même les petites bases causent la colère et des mouvements contestataires.
Finalement, une prolifération de nénuphars signifie la militarisation progressive de grandes aires du monde. Comme les vrais nénuphars – qui sont en réalité de mauvaises herbes aquatiques – les bases tendent à pousser et à se reproduire de façon incontrôlable ... ".
Le Pentagone crée une nouvelle forme de guerre : «La stratégie du nénuphar»Toutes les versions de cet article : [Español] [français] http://www.elcorreo.eu.org/Le-Pentagone-cree-une-nouvelle-forme-de-guerre-La-strategie-du-nenupharTexte originel en anglais : http://www.tomdispatch.com/post/175568/tomgram%3A_david_vine%2C_u.s._empire_of_bases_grows/La première chose que j’ai vue le mois dernier quand je suis entré dans cet avion-cargo C-17 gris foncé de la Force Aérienne fut la vacuité, il manquait quelque chose. Il manquait un bras gauche, pour être exact, taillé à la hauteur de l’épaule, temporairement rapiécé et uni. Une chair grosse, pâle, tachée d’un rouge brillant sur les bords. C’était une chair taillé en morceaux. Le visage et ce qui restait du reste d’homme étaient occultés par des couvertures, une couette avec le drapeau des USA et un fatras de tubes et de bandes, de fils de fer, de poches de perfusion, et de moniteurs médicaux.Cet homme et deux autres soldats grièvement blessés – l’un avec deux moignons là où il avait eu des jambes, l’autre auquel il manquait une jambe sous la cuisse –étaient entubés, inconscients et couchés dans les lits de repos pendus aux murs de l’avion qui venait d’atterrir sur la Base aérienne Ramstein en Allemagne. Un tatouage dans le bras restant du soldat disait : « plutôt la mort que le déshonneur ».
J’ai demandé à un membre de l’équipe médicale de la Force Aérienne ce qu’il en était des victimes semblables à celles-ci. Plusieurs, comment dans ce vol, proviennent d’Afghanistan, m’a-t-il dit. « Plusieurs de la Corne d’Afrique », a-t-il ajouté. « En réalité les médias parlent très peu de cela ».
« D’où en Afrique ? » ai-je demandé. Il a dit qu’il ne le savait pas exactement, mais surtout de la Corne, souvent avec de graves blessures. « Plusieurs de Djibouti », a-t-il ajouté, en se référant à Camp Lemonnier, la principale base militaire des USA en Afrique, mais aussi « d’autres endroits » de la région.
Depuis les morts de « La Chute du faucon noir » (Black Hawk Down) en Somalie il y a presque 20 ans, nous avons entendu peu, si un peu, à propos des victimes militaires US en Afrique (en dehors d’une étrange information la semaine dernière sur trois commandos d’opérations spéciales morts, avec trois femmes identifiées par des sources militaires étasuniennes comme « des prostituées marocaines », dans un mystérieux accident automobile au Mali). La quantité croissante de patients qui arrivent à Ramstein depuis l’Afrique soulève le voile sur une transformation significative de la stratégie militaire des Etats-Unis pour le XXIe siècle.
Il est probable que ces victimes soient l’avant-garde de quantités croissantes de soldats blessés provenant de lieux très éloignés de l’Afghanistan et de l’Irak. Elles reflètent l’usage croissant de bases relativement petites comme Camp Lemonnier que les planificateurs militaires voient comme un modèlepour des futures bases des Etats-Unis « dispersées » , comme l’explique un universitaire, « dans des régions où les Etats Unis n’ont précédemment pas entretenu de présence militaire ».
Va disparaître l’époque où Ramstein était la base symbolique des Etats-Unis, un colosse de la taille d’une ville rempli de milliers ou des dizaines de milliers d’étasuniens, de supermarchés, de Pizza Huts, et autres facilités. Mais ne pensez pas, ni même une seconde, que le Pentagone fait ses valises, réduit sa mission mondiale et rentre à la maison. Dans les faits, en se basant sur les événements de ces dernières années, il est possible que ce soit tout le contraire. Tandis que diminue la collection de bases gigantesques de l’ère de la Guerre Froide, l’infrastructure des bases à l’étranger a éclaté en taille et en portée.
Sans que la majorité des habitants des Etats-Unis ne le sachent, la création de bases sur toute la planète progresse, grâce à une nouvelle génération de bases que les militaires nomment « Lily pads » c’est-à-dire « nénuphars » (comme quand une grenouille saute à travers un étang vers sa proie). Ce sont de petites installations secrètes et inaccessibles avec une quantité restreinte de soldats, au confort limité, et à l’armement et à l’approvisionnement préalablement assurés.
Dans le monde entier, de Djibouti aux jungles du Honduras, des déserts de la Mauritanie aux petites Îles Cocos en Australie, le Pentagone cherche autant de nénuphars qu’il peut, dans autant de pays qu’ il peut, le plus rapidement possible. Bien qu’il soit difficile de faire des statistiques, compte tenue de la nature fréquemment secrète de ces bases, il est probable que le Pentagone ait construit plus de 50 nénuphars et autres petites bases depuis l’année 2000, tandis qu’il explore pour la construction de douzaines en plus.
Comme l’explique Mark Gillem, l’auteur de « America Town : Building the Outposts of Empire », le nouvel objectif est d’ « éviter » les populations locales, la publicité et l’opposition possible. « Pour projeter leur pouvoir », dit-il, les Etats-Unis veulent « des postes avancés isolés et indépendants situés stratégiquement » dans le monde entier. Selon certains des plus forts promoteurs de la stratégie au sein de l’Institut de l’Entreprise Américaine, l’objectif doit être « de créer un réseau mondial de fortins frontaliers », avec des militaires US, « la ‘cavallerie mondiale’ du XXIe siècle ».
De semblables bases nénuphars sont devenues la partie sensible d’une stratégie militaire de Washington en développement, qui vise à maintenir la domination mondiale des Etats-Unis, en faisant beaucoup plus avec moins dans un monde de plus en plus compétitif, de plus en plus multipolaire. Il est assez remarquable, cependant, que cette politique d’ajustement des bases mondiales n’a suscité presque aucune attention publique, ni de supervision significative de la part du Congrès des Etats-Unis. Pendant ce temps, comme le montre l’arrivée des premières victimes d’Afrique, les militaires US sont impliquées dans de nouvelles zones du monde et dans de nouveaux conflits, aux conséquences potentiellement désastreuses.
Transformation de l’empire des bases
On pourrait penser que les militaires US se trouvent dans un processus de réduction, au lieu de l’expansion, de leur très peu connue mais énorme collection de bases à l’étranger. Après tout, ils ont été obligés de fermer toute leur panoplie de 505 bases, du mega au micro, qu’ils ont construit en Irak et maintenant ils commencent à réduire leurs forces en Afghanistan. En Europe, le Pentagone continue de fermer ses gigantesques bases en Allemagne et bientôt sortira deux brigades de combat de ce pays. On estime que la quantité de troupes mondiales sera réduite d’environ 100 000 soldats.
Cependant les Etats-Unis continuent de maintenir leur plus grand parc de bases de toute l’histoire : plus de 1 000 installations militaires en dehors de leurs 50 États et de Washington DC. Cela inclut des bases vielles de décennies en Allemagne et au Japon mais aussi des bases de drones totalement nouvelles en Éthiopie et aux Seychelles dans l’Océan indien [Où ils basent leurs MQ-9 Reaper UAV Predator], et y compris des stations balnéaires pour des estivants militaires en Italie et en Corée du Sud [Dragons Hill Lodge].
En Afghanistan, la force internationale dirigée par les Etats-Unis occupe encore plus de 450 bases. Au total, les militaires US ont une sorte de présence de leurs troupes dans à peu près 150 pays, pour ne pas mentionner les 11 groupes d’intervention des porte-avions – essentiellement des bases flottantes – et une présence militaire significative et croissante, dans l’espace. Les Etats-Unis dépensent actuellement environ 250 000 millions de dollars par an pour entretenir des bases et des troupes à l’extérieur.
Plusieurs bases, comme celle de la Baie du Guantanamo à Cuba, datent de la fin du XIXe Siècle. La majorité ont été construites ou ont été occupées pendant la Deuxième Guerre mondiale ou juste après, sur tous les continents, y compris l’Antarctique. Bien que les militaires US se débarrassassent de près de 60 % de leurs bases à l’étranger après la chute de l’Union Soviétique, la base de l’infrastructure de la Guerre Froide est restée relativement intacte, avec 60 000 soldats US qui sont restés seulement en Allemagne, malgré l’absence d’une superpuissance ennemie.
Cependant, début 2001, avant même les attaques du 11 septembre, le gouvernement de Bush a lancé une refonte importante des bases et des troupes qui se poursuit maintenant avec le « pivot Asie » d’Obama. Le plan original de Bush était de fermer plus d’un tiers des bases US à l’étranger et de déplacer ses troupes vers l’est et le sud, plus près des zones de conflit prévues au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, et en Amérique latine. Le Pentagone a commencé à se concentrer dans la création de « bases opérationnelles avancées » plus petites et flexibles et y compris des « sites de coopération » encore plus petits ou bien « nénuphars ». Les grandes concentrations de troupes étant restreintes à une quantité réduite de « Mobile offshore bases » (MOBs), – comme Ramstein, Guam dans le Pacifique, et Diego García dans l’Océan indien – qui devaient être étendues.
Malgré la rhétorique de consolidation et la fermeture qui a accompagné ce plan, après le 11 septembre en réalité le Pentagone a développé radicalement son infrastructure de bases, incluant des douzaines de bases importantes dans chaque pays du Golfe Persique avec l’exception de l’Iran et dans plusieurs pays d’Asie Centrale indispensables pour la guerre en Afghanistan.
Ils reprennent l’expansion des bases
« Un pivot vers l’Asie » annoncé récemment par Obama souligne que l’Asie orientale sera au centre de l’explosion des bases nénuphars et des événements en relation. En Australie, des soldats d’infanterie navale US se sont installés dans une base partagée à Darwin. Ailleurs, le Pentagone se consacre à des plans pour une base de drones et de surveillance dans les îles Cocos en Australie et de déploiements à Brisbane et Perth. En Thaïlande, le Pentagone a négocié les droits pour de nouvelles visites de leur Marine de Guerre et « un centre d’aide aux catastrophes » à U-Tapao.
Aux Philippines, où le gouvernement a expulsé les Etats-Unis de la gigantesque Base aérienne de Clark et de la Base Navale de Subic Bay au début des années quatre-vingt-dix, jusqu’à 600 soldats des forces spéciales sont entrain d’opérer silencieusement au sud du pays depuis janvier 2002. Le mois dernier, les deux gouvernements sont parvenus à un accord sur l’usage futur par les Etats-Unis de Clark et de Subic, ainsi que d’autres centres de réparation et d’approvisionnement datant de l’époque de la Guerre du Viêt-Nam. Comme un signe du changement des temps, les fonctionnaires étasuniens ont même signé en 2011 un accord de défense avec leur ancien ennemi, le Viêt-Nam, et ont entamé des négociations pour un usage croissant des ports vietnamiens par la Marine de Guerre US.
Dans d’autres sites en Asie, le Pentagone a reconstruit une piste d’atterrissage dans la petite île Titian près de Guam, et il réfléchit à des futures bases en Indonésie, en Malaisie et à Brunei, tandis qu’il établit des liens militaires plus étroits avec l’Inde. Ses forces armées mènent chaque année environ 170 exercices militaires et 250 visites dans des ports de la région. Dans l’île Jeju en Corée du Sud, les militaires coréens construisent une base qui fera partie du système de défense de missiles des Etats-Unis à laquelle auront régulièrement accès les forces étasuniennes.
« Nous ne pouvons pas simplement être dans un seul endroit pour faire tout le nécessaire », a dit le commandant du Commando du Pacifique, l’Amiral Samuel Locklear III. Pour les planificateurs militaires, « faire tout le nécessaire » se défini clairement comme l’isolement et (dans la terminologie de la Guerre Froide) la « contention » de la Chine, la nouvelle puissance de la région. Cela signifie évidemment de « parsemer » toute la région de nouvelles bases, en les ajoutant aux quelque 200 bases étasuniennes qui ont encerclé la Chine durant des décennies depuis le Japon, la Corée du Sud, Guam et Hawaï.
Et l’Asie , c’est seulement le début. En Afrique, le Pentagone a silencieusement créé « près d’une douzaine de bases aériennes » pour drones et de la surveillance dès 2007. En dehors de Camp Lemonnier, nous savons que les militaires ont créé ou créeront bientôt des installations au Burkina, au Burundi, dans la République Centrafricaine, en Éthiopie, au Kenya, en Mauritanie, à São Tomé et Prince, au Sénégal, aux Seychelles, au Soudan du Sud, et en Ouganda. Le Pentagone a aussi enquêté sur la construction de bases en Algérie, au Gabon, au Ghana, au Mali et au Nigeria, et dans d’autres endroits.
L’année prochaine, une force de la taille d’une brigade de 3.000 soldats, et « probablement plus », arrivera pour mener des exercices et des missions d’entraînement dans tout le continent. Dans le Golfe Persique voisin, la Marine de Guerre développe une « base avancée flottante », ou « navire-mère » , pour servir de « nénuphar » flottant à des hélicoptères et à des patrouilleurs, et se trouve engagée dans une augmentation massive des forces dans la région.
En Amérique Latine, après l’expulsion des militaires du Panama en 1999 et de l’Équateur en 2009, le Pentagone a créé ou actualisé de nouvelles bases à Aruba et Curaçao [louée à la Hollande], au Chili, en Colombie, au Salvador et au Pérou. Dans d’autres endroits, le Pentagone a financé la création de bases militaires et policières capables d’héberger des forces étasuniennes au Belize, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, au Costa Rica, et même en Équateur. En 2008, la Marine de guerre a relancé sa Quatrième Flotte, inactive depuis 1950, pour patrouiller dans la région. Les militaires peuvent désirer une base au Brésil et ils ont vainement essayé de créer des bases, soit disant pour l’aide humanitaire et l’aide d’urgence au Paraguay et en Argentine.
Finalement en Europe, après être arrivées dans les Balkans pendant les interventions des années quatre-vingt-dix, les bases américaines se sont déplacées à l’est , vers certains des États du bloc oriental de l’ex-empire soviétique. Le Pentagone développe actuellement les installations capables d’appuyer des déploiements rotatifs, de la taille de brigades, en Roumanie et en Bulgarie, et une base de défense de missiles et des installations d’aviation en Pologne. Préalablement, le gouvernement de Bush a géré deux installations occultes (des prisons secrètes) de la CIA en Lituanie et l’autre en Pologne. Les citoyens de la République Tchèque ont refusé une base pour radar planifiée pour le système de défense de missiles du Pentagone, qui n’a pas été encore approuvé, et maintenant la Roumanie recevra des missiles basés à terre.
Un nouveau mode de guerre des Etats-Unis.
Un des « nénuphar » dans l’une des îles du Golfe de Guinée, São Tomé et Prince, en face de la côte occidentale, riche en pétrole, de l’Afrique, aide à expliquer ce qui arrive. Un fonctionnaire étasunien a décrit la base comme « l’autre Diego Garcia » en se référant à la base de l’Océan indien qui a aidé à assurerdes décennies de domination des Etats-Unis sur la livraison d’énergie du Moyen-Orient. Sans la liberté de créer de nouvelles grandes bases en Afrique, le Pentagone utilise São Tomé et un bouquet croissant d’autres « nénuphars » dans le continent avec l’intention de contrôler une autre région cruciale riche en pétrole.
Beaucoup plus loin de l’Afrique de l’Ouest, la compétition dans le « Grand Jeu » du XIXe Siècle pour l’Asie centrale est vraiment revenue, et cette fois de manière mondiale. Elle s’étend sur des terres riches en matières premières d’Afrique, d’Asie et de l’Amérique du Sud, tandis que des Etats-Unis, la Chine, la Russie et les membres de l’Union Européenne s’affrontent dans une concurrence de plus en plus intense par la suprématie économique et géopolitique.
Tandis que Pékin, en particulier, a participé à cette compétition d’une manière surtout économique, marquant le globe avec des investissements stratégiques, Washington s’est implacablement concentré sur la force militaire comme son pli global, marquant la planète avec de nouvelles bases et d’autres formes de pouvoir militaire. « Oubliez les invasions à grande échelle et les vastes occupations sur le continent eurasiatique », a écrit Nick Turse à propos de cette nouvelle stratégie militaire du XXI.eme Siècle « Au lieu de cela pensez aux forces d’opérations spéciales … à des armées prête-noms … une militarisation de l’espionnage et de l’intelligence … des avions drones sans équipage … des attaques cybernéticiennes et des opérations conjointes du Pentagone et d’ organismes gouvernementaux ’civils’ de plus en plus militarisés ».
À cette puissance aérienne et navale de longue portée incomparable il faut ajouter : les ventes d’armes qui dépassent n’importe quel pays de la Terre ; les missions humanitaires et d’aide dans les catastrophes qui servent clairement des fins d’intelligence militaire, patrouilles et fonctions dirigées de « cœurs et esprits » ; le déploiement en rotation de forces régulières des Etats-Unis dans le monde entier ; les visites des ports et le déploiement expansif d’exercices militaires conjoints et de missions d’entraînement qui donnent aux militaires US une « présence » de fait dans le monde entier et qui aident à transformer des militaires étrangers en forces prête-nom qui agissent à leur place.
Et de plus en plus de bases nénuphars.
Les planificateurs militaires prévoient un futur d’interventions interminables à petite échelle dans lesquelles un grand nombre de bases, géographiquement dispersées, seront toujours préparées à un accès opérationnel instantané. Avec des bases dans le plus grand nombre d’endroits possibles, les planificateurs militaires veulent être en condition de se retourner vers un autre pays voisin suffisamment près si les Etats-Unis ne peuvent pas utiliser une base définie, comme ce fut le cas en Turquie avant l’invasion de l’Irak. Autrement dit, les fonctionnaires du Pentagone rêvent d’une flexibilité presque illimitée, d’une capacité de réagir avec une rapidité remarquable devant des événements n’importe où dans le monde, et par conséquent quelque chose qui s’approche un peu d’un contrôle militaire total de la planète.
Au-delà de leur utilité militaire, les « bases nénuphars » et autres formes de projection du pouvoir sont aussi des instruments politiques et économiques utilisés pour construire et pour maintenir des alliances et pour assurer un accès privilégié des Etats-Unis aux marchés, aux ressources et à des opportunités d’investissement à l’étranger. Washington planifie d’utiliser « des bases nénuphars » et d’autres projets militaires pour attacher des pays d’Europe Orientale, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine le plus étroitement possible aux militaires étasuniens, et ainsi à l’hégémonie continue politico-économique des Etats-Unis. En conclusion, les fonctionnaires US espèrent que le pouvoir militaire enracine leur influence et maintienne le plus grand nombre possible de pays dans leur orbite étasunienne à une époque où certains affirment encore leur indépendance avec plus de force et gravitent vers la Chine et d’autres puissances ascendantes.
Ces nénuphars dangereux
Bien que la dépendance de petites bases puisse sembler plus intelligente et plus économique qu’entretenir d’ immenses bases qui ont souvent créé la colère dans des endroits comme Okinawa et la Corée du Sud, les nénuphars menacent la sécurité mondiale et celle des Etats-Unis, de plusieurs façons :
D’abord, le langage « nénuphar » peut être trompeur, et intentionnellement ou autrement, ces installations peuvent rapidement grandir jusqu’à devenir des bêtes immenses.
Deuxièmement, malgré la rhétorique sur la progression de la démocratie qui perdure encore à Washington, la construction de davanatge de nénuphars garantit en réalité la collaboration avec un nombre croissant de régimes despotiques, corrompus et assassins.
Troisièmement, il existe un modèle bien documenté du dommage que les installations militaires de diverses tailles infligent aux communautés. Bien que les nénuphars semblent promettre l’isolement de l’opposition locale, avec le temps il arrive souvent que même les petites bases causent la colère et des mouvements contestataires.
Finalement, une prolifération de nénuphars signifie la militarisation progressive de grandes aires du monde. Comme les vrais nénuphars – qui sont en réalité de mauvaises herbes aquatiques – les bases tendent à pousser et à se reproduire de façon incontrôlable. Certes, les bases tendent à engendrer des bases, en créant « des racines de bases » avec d’autres nations, augmentant les tensions militaires, et en décourageant les solutions diplomatiques aux conflits. Après tout : comment réagiraient les Etats-Unis si la Chine, la Russie, ou l’Iran construisaient même une seule « base nénuphar » au Mexique ou aux Caraïbes ?
Pour la Chine, et la Russie en particulier, plus de bases US près de leurs frontières menacent de provoquer de nouvelles guerres froides. Plus inquiétant encore, la création de nouvelles bases pour se protéger contre une future menace militaire supposée chinoise peut arriver à devenir une prophétie qui s’auto réalise : des bases semblables en Asie créeront probablement une menace contre laquelle, à ce qu’on suppose, on doit se protéger, en faisant qu’une guerre catastrophique contre la Chine soit plus probable, rien de moins.
Il est encourageant, cependant, que les bases situées à l’étranger aient commencé à générer des critiques à travers l’ensemble du spectre politique depuis la sénatrice républicaine Kay Bailey Hutchison et le candidat présidentiel républicain Ron Paulau sénateur démocrate Jon Tester et au chroniqueur du New York Times, Nicholas Kristof. Tandis que tous cherchent des moyens de réduire le déficit, la fermeture de bases à l’étranger permet une économie facile. Certes, de plus en plus de personnages influents reconnaissent que le pays ne peut tout simplement pas se permettre plus de 1 000 bases à l’étranger.
La Grande-Bretagne, comme d’autres empires précédents, a eu à fermer la plupart de ses bases restantes à l’étranger au milieu d’une crise économique dans les années soixante et soixante-dix. Les Etats-Unis iront indubitablement dans cette direction tôt ou tard. La seule question est si le pays renoncera à ses bases et réduira volontairement sa mission globale ou s’il suivra le chemin de la Grande-Bretagne comme puissance en décadence obligée à renoncer à ses bases depuis une position de faiblesse.
Certes, les conséquences de ne pas choisir un autre chemin vont au-delà des motifs économiques. S’ils poursuivent la prolifération des nénuphars, des forces d’opérations spéciales et les guerres de drones, il est probable que les Etats-Unis feront face à de nouveaux conflits et à de nouvelles guerres, générant des formes inconnues de réaction et de mort et destruction indicible. Dans ce cas, il vaut mieux que nous nous préparons à l’arrivée de bien d’autres vols –depuis la corne de l’Afrique jusqu’au Honduras– qui transportent non seulement des amputés, mais aussi des cercueils.
© Copyright 2012 David Vine
- Texte original : « The Lily-Pad Strategy »
* David Vine est professeur assistant d’anthropologie à l’American University à Washington DC. Il est l’auteur « d Island of shame : The Secret History of the U.S. Military De base on Diego Garcia » (Princeton University Press, 2009). Il a écrit pour The New York Times, Washington Post, The Guardian, et Mother Jones, notamment. Il termine actuellement un livre sur plus de 1 000 bases militaires usaméricaines situées en dehors des Etats-Unis.
TomDispach. USA, 15 juillet 2012.
Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi
El Correo. Paris, 18 juillet 2012.
samedi 14 avril 2012
vendredi 6 avril 2012
Un dictateur près de chez vous ...
AFP![]()
Revenu au pouvoir en ayant perdu malgré tout les élections de 2011, ce vieux routier de la politique a solidement repris en main les manettes du pays et place ses fidèles aux postes-clé, à commencer par la justice et les services secrets.
A l’instar des vainqueurs après la bataille, comme si la Slovénie était son butin de guerre, Janez Janša, surnommé le "prince des ténèbres" par l’ancien Premier Ministre Janez Drnovšek, a de nouveau montré qu’il était un fidèle adepte de la théorie du général Sun Tzu, l’auteur du célèbre "Art de la guerre", son livre de chevet.
Une fois encore, il a bien appliqué la théorie de l’illustre stratège chinois selon laquelle, pour réussir une guerre, il faut tromper l’ennemi et qu’il faut se montrer puissant même dans les moments de faiblesse.
En dépit de sa défaite aux élections législatives [en décembre 2011] et pas complexé d’être arrivé au pouvoir [il avait déjà été Premier ministre de 2004 à 2008] grâce à l’ “engineering” électoral et au marchandage politique, Janša a tout de suite engagé des changements institutionnels radicaux en supprimant ou en regroupant sept ministères sous prétexte d’économie budgétaire.
La justice soumise au pouvoir exécutif
Toutefois, on se tromperait en expliquant sa fermeté et son intransigeance uniquement par son caractère et le revanchisme. Certes, en homme politique expérimenté, il comprend à quel point il est important de contrôler le plutôt possible tous les leviers du pouvoir.
Toutefois, il apparaît que derrière sa tentative de "rationalisation de l’appareil de l’Etat" se cache l’envie de contrôler politiquement le système judiciaire, qui s’occupe depuis plusieurs mois de l’affaire Patria [dans le cadre de cette affaire, Janša est soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin pour l’achat de blindés finlandais). Ce que Berlusconi a essayé de faire en Italie, à savoir soumettre la justice au pouvoir exécutif, Janša est en train de le réussir en Slovénie sans qu’aucune voix de protestation s’élève en Europe.
Janša est parvenu à faire dépendre le bureau de procureur d’Etat, qui mène l'enquête pénale sur son implication dans l'une des plus grandes affaires de corruption depuis l’indépendance de la Slovénie, du ministère de l’Intérieur en installant à sa tête un apparatchik et ancien policier, Vinko Gorenak. Inouï, même pour les normes démocratiques chancelantes de l’Europe actuelle.
Moins d’une demi-heure après l’entrée de Janša au siège du gouvernement, les têtes ont commencé à tomber. Le premier à en faire les frais fut le chef du bureau d’information du gouvernement. Le journaliste et ancien directeur du quotidien Delo, Darjan Košir, choisi à ce poste par un concours, a été remplacé par un acolyte du parti de Janša (SDS, Parti démocratique slovène).
Le chef des services secrets civils, Sebastijan Selan, a été limogé lui aussi aux premières heures de nouveau mandat de Janša. Ce dernier a nommé à la tête de cet organisme Damir Črnčec, un ancien responsable du renseignement militaire, et a annoncé le regroupement probable de deux services, le militaire et le civil.
Devant l'épuration politique, l'Europe se tait
Bien que certains s’étonnent que la troisième personne limogée ait été le chef de la commission gouvernementale pour les relations avec les communautés religieuses, une fonction peu importante dans l’organigramme gouvernementale, il s’agit d’un message symbolique fort adressé à l’Eglise catholique, alliée politique fidèle de Janša.
Depuis que Aleš Gulič, un amateur de vélo aux cheveux longs et athéiste déclaré avait été chargé de cette fonction – ce que les évêques slovènes avaient qualifié de provocation insolente – l’Eglise rêvait de ce jour.
Toutefois, ce ne fut que le début du tsunami chez les cadres [de la fonction publique]. Depuis longtemps, une liste de 244 personnes installées "selon des critères politiques" figurait sur le site du parti de Janša, une sorte de liste des gens à éliminer. On y trouve des historiens, des journalistes et économistes de notoriété publique que l’ancien gouvernement de Borut Pahor avait nommé dans les conseils d’administration et certaines institutions.
Certains figurent sur la liste de lustration de Janša parce qu’ils ont jadis signé des pétitions "mal vues", notamment celle en soutien aux "effacés" [les ex-Yougoslaves qui ont été privés de la nationalité slovène après l’indépendance].
D’autres parce qu’ils avaient des liens familiaux avec des personnes "fautives" ou avaient des amis "politiquement peu corrects". Leurs péchés ont été notés à côté de leurs noms avec beaucoup de pédanterie par les gens de Janša.
Alors que Janša ne perd pas de temps, l’Europe se tait, de même que le Parti populaire européen se taisait lorsque l’un des ces membres slovènes, Lojze Peterle, une personne respectée et influente, piétinait les droits des "effacés" et des Roms pendant le premier mandat de Janša.
Si Janša avait osé toucher à l’autonomie de la Banque centrale, l’Europe aurait hurlé, mais quand il s’agit d’épuration politique et de l’autonomie du Bureau de procureur d’Etat, elle s’en fiche.
Traduction : Kika Curovic
je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir
En Grèce, des centaines de personnes se sont rassemblées ce jeudi soir sur la place Syntagma d’Athènes, là-même où un retraité s’est donné la mort, mercredi. Une manifestation pour dire leur colère à l‘égard des mesures d’austérité imposées par les bailleurs de fonds et qui seraient à l’origine du geste désespéré du retraité. Quelques heurts ont éclaté avec les forces de l’ordre. La veille, un rassemblement similaire avait réuni près d’un millier de personnes.
C’est à proximité d’un vieux cyprès, sur la place emblématique de la mobilisation contre l’austérité, que l’homme s’est suicidé. Depuis, de nombreux Grecs sont venus déposer une bougie, une fleur ou un message et dire leur colère et leur indignation.
“Tout le monde est affecté par ce qui s’est passé, affirme un habitant d’Athènes. Les seuls qui ne le sont pas sont ceux qu’on trouve là-bas”, dit-il en pointant du doigt le Parlement grec, là où ont été votés les différents plans d’austérité.
“C’est une honte, une grande honte, ajoute une retraitée. Ce pourrait être quelqu’un de notre famille. On est tous confronté aux mêmes difficultés. Aujourd’hui, j’ai reçu ma prime de Pâques, et au lieu de toucher 400 euros, je n’ai reçu que 180 euros. Comment je vais vivre avec ça ? “
Pour expliquer son geste, l’homme a laissé une lettre. La presse en a publié des extraits ce jeudi.
Ainsi ces quelques mots : “je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir”. L’homme avait 77 ans.
dimanche 29 janvier 2012
Dix idées pour sortir de l’absurdité
27 janvier 2012Süddeutsche Zeitung Munich
Beppe GiacobbeC’est inexplicable mais c’est entré dans nos mœurs : voilà des années que l’on dépouille la collectivité et que l’on ruine la démocratie, dénonce Ingo Schulze. L’écrivain allemand livre ses pistes pour renouer avec le bon sens. Extraits.
Cela faisait quelque chose comme trois ans que je n’avais plus écrit d’article, pour la simple raison que je ne savais plus quoi écrire. Tout saute aux yeux : le délitement de la démocratie, la polarisation économique et sociale croissante entre pauvres et nantis, la ruine de l’Etat social, la privatisation et, partant, la marchandisation de tous les domaines de la vie, et ainsi de suite.
Quand, jour après jour, on nous sert le non-sens comme une chose naturelle, il est normal que l’on finisse, tôt ou tard, par se sentir soi-même malade et déviant. Voici, résumées ici, quelques considérations qui me paraissent importantes :
1. Parler d’atteinte à la démocratie est un euphémisme. Une situation dans laquelle la minorité d’une minorité est habilitée, en toute légalité, à porter gravement préjudice à l’intérêt général au nom de l’enrichissement personnel, est post-démocratique. Le coupable n’est autre que la collectivité elle-même, incapable d’élire des représentants aptes à défendre ses intérêts.
2. On nous serine tous les jours que les gouvernements doivent "regagner la confiance des marchés". Par "marchés", on entend principalement les bourses et les marchés financiers, autrement dit ces acteurs de la finance qui spéculent pour le compte d’autrui ou pour leur intérêt propre, dans le but de dégager un maximum de profit. Ceux-là mêmes qui ont dépossédé la collectivité de montants faramineux. Et les représentants suprêmes du peuple devraient se battre pour regagner leur confiance ?
3. Nous nous indignons à juste titre de la conception de Vladimir Poutine d’une démocratie "dirigée". Mais pourquoi Angela Merkel n’a-t-elle pas été poussée à la démission à l’époque où elle parlait de "démocratie conforme aux marchés" ?
4. A la faveur de l’effondrement du bloc de l’Est, certaines idéologies se sont muées en hégémonies, et leur emprise a été telle qu’elle en a semblé naturelle. Considérée comme un phénomène en tous points positif, la privatisation en apporte un exemple. Tout ce qui demeurait entre les mains de la collectivité était jugé inefficace et contraire aux intérêts du client. Ainsi, l’on a vu émerger un climat ambiant qui devait conduire, tôt ou tard, à déposséder la collectivité de son pouvoir.
5. Autre idéologie à avoir connu un succès retentissant : la croissance. "Sans croissance, il n’y a rien", a décrété un jour la chancelière, il y a des années de cela. On ne peut parler de la crise de l’euro sans citer ces deux idéologies.
6. La langue dont usent les responsables politiques censés nous représenter n’est plus du tout en phase avec la réalité (j’ai déjà vécu une situation similaire en RDA). C’est la langue des certitudes, qui n’est plus mise à l’épreuve de la vie réelle. La politique n’est plus rien d’autre aujourd’hui qu’un véhicule, un soufflet dont la raison d’être est d’attiser la croissance. Le citoyen est réduit à son rôle de consommateur. Or, la croissance en soi ne signifie rien. L’idéal de la société serait le play-boy qui consommerait un maximum de choses en un minimum de temps. Une guerre déclencherait un joli sursaut de croissance.
7. Les questions simples : "A qui cela sert-il ?", "A qui cela profite-t-il ?" sont aujourd’hui jugées déplacées. Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau ? Quiconque doute est un apôtre de la lutte des classes. La polarisation sociale et économique de la société est le fruit d’un concert d’incantations selon lesquelles nous aurions tous les mêmes intérêts. Il n’est que de traverser Berlin.
Dans les beaux quartiers, en règle générale, les rares bâtiments à ne pas avoir été rénovés sont les écoles, les crèches, les maisons de retraite, les piscines ou les hôpitaux. Dans les quartiers dits "à problèmes", les bâtiments publics non rénovés se voient moins. C’est aux trous dans la dentition que l’on juge le niveau de pauvreté. Aujourd’hui, on entend souvent le discours démagogique consistant à dire que nous avons tous vécu au-dessus de nos moyens, que tous, nous sommes gourmands.
8. Nos élus ont précipité et précipitent encore systématiquement la collectivité dans le mur en la privant de ses rentrées. Le taux maximum d’imposition allemand a été ramené de 53 à 42 % par le gouvernement Schröder, et l’impôt sur les sociétés a été quasiment divisé par deux entre 1997 et 2009 pour s’établir à 29,4 %. Personne ne devrait donc s’étonner d’entendre que les caisses sont vides, alors que notre produit intérieur brut augmente d’année en année.
9. Je vais vous raconter une histoire : ce qui nous était jadis vendu comme une divergence profonde entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest nous est aujourd’hui présenté comme une disparité radicale entre les pays. En mars dernier, je présentais à Porto, au Portugal, la traduction de l’un de mes livres.
En un instant, une question émanant du public a fait basculer l’ambiance, jusqu’alors amicale et intéressée. Subitement, nous n’étions plus que des Allemands et des Portugais assis face-à-face en chiens de faïence. La question était déplaisante – n’avions-nous pas l’impression, c’est-à-dire n’avais-je pas l’impression, moi, l’Allemand, de faire avec l’euro ce que nous n’avions pas réussi à faire jadis avec nos panzers ?
Dans le public, personne n’a rien trouvé à y redire. Et j’ai réagi instinctivement, comme attendu, c’est-à-dire en tant qu’Allemand : vexé, je répondais que nul n’était obligé d’acheter une Mercedes, et que les Portugais devaient s’estimer heureux d’obtenir des crédits à des tarifs plus compétitifs que dans le privé. En prononçant ces paroles, j’entendais la voix des médias allemands.
Pendant le brouhaha qui a suivi mes propos, je suis finalement revenu à la raison. Et puisque j’avais le micro à la main, j’ai bredouillé dans mon anglais approximatif que j’avais réagi de manière aussi imbécile qu’eux, et que nous tombions tous dans le même panneau en prenant instinctivement parti pour nos couleurs nationales, comme au football.
Comme si le problème venait des Allemands et des Portugais, et non des disparités entre pauvres et nantis, et donc de ceux qui, au Portugal comme en Allemagne, sont à l’origine de cette situation et en tirent profit.
10. Nous serions en démocratie si la politique, par le jeu des impôts, du droit et des contrôles, intervenait sur la structure économique existante et contraignait les acteurs des marchés à suivre une certaine voie compatible avec les intérêts de la collectivité. Les questions qu’il convient de poser sont simples : A qui cela sert-il ? A qui cela profite-t-il ? Est-ce bon pour la collectivité ? Ce qui revient au bout du compte à se poser la question suivante : De quelle société voulons-nous ? Voilà ce que serait pour moi la démocratie.
C’est ici que je m’arrête. Je pourrais vous parler du reste, de ce professeur qui confessait renouer avec la vision du monde qu’il avait à 15 ans, d’une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich, qui a étudié l’interpénétration des entreprises pour arriver au chiffre de 147 – 147 groupes qui se partagent le monde, et dont les 50 plus puissants sont des banques et des assureurs, je vous dirais bien aussi qu’il convient de renouer avec le bon sens et de trouver des personnes qui partagent le même point de vue que vous, parce qu’on ne peut pas être seul à parler une langue. Et je vous dirais que j’ai retrouvé l’envie d’ouvrir mon clapet.
Traduction : Caroline Lee
samedi 10 décembre 2011
Les musiciens Philip Glass et Lou Reed rejoignent « Occupy Wall Street »
Sur le blog du Yéti, Jaune (Jean Thévenin) nous livre un nouveau document sur le mouvement « Occupy Wall Street ». Ce soir-là, au Lincoln Center, New-York USA, les musiciens Philip Glass et Lou Reed rejoignent les OWS...
Un court-métrage de Jean Thévenin. Musique : La protestation de Satyagraha - Philip Glass. Exécuté par l'orchestre du New York City Opera. Sous-titres : Romain Corvez.

