samedi 14 avril 2012
vendredi 6 avril 2012
Un dictateur près de chez vous ...
AFP![]()
Revenu au pouvoir en ayant perdu malgré tout les élections de 2011, ce vieux routier de la politique a solidement repris en main les manettes du pays et place ses fidèles aux postes-clé, à commencer par la justice et les services secrets.
A l’instar des vainqueurs après la bataille, comme si la Slovénie était son butin de guerre, Janez Janša, surnommé le "prince des ténèbres" par l’ancien Premier Ministre Janez Drnovšek, a de nouveau montré qu’il était un fidèle adepte de la théorie du général Sun Tzu, l’auteur du célèbre "Art de la guerre", son livre de chevet.
Une fois encore, il a bien appliqué la théorie de l’illustre stratège chinois selon laquelle, pour réussir une guerre, il faut tromper l’ennemi et qu’il faut se montrer puissant même dans les moments de faiblesse.
En dépit de sa défaite aux élections législatives [en décembre 2011] et pas complexé d’être arrivé au pouvoir [il avait déjà été Premier ministre de 2004 à 2008] grâce à l’ “engineering” électoral et au marchandage politique, Janša a tout de suite engagé des changements institutionnels radicaux en supprimant ou en regroupant sept ministères sous prétexte d’économie budgétaire.
La justice soumise au pouvoir exécutif
Toutefois, on se tromperait en expliquant sa fermeté et son intransigeance uniquement par son caractère et le revanchisme. Certes, en homme politique expérimenté, il comprend à quel point il est important de contrôler le plutôt possible tous les leviers du pouvoir.
Toutefois, il apparaît que derrière sa tentative de "rationalisation de l’appareil de l’Etat" se cache l’envie de contrôler politiquement le système judiciaire, qui s’occupe depuis plusieurs mois de l’affaire Patria [dans le cadre de cette affaire, Janša est soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin pour l’achat de blindés finlandais). Ce que Berlusconi a essayé de faire en Italie, à savoir soumettre la justice au pouvoir exécutif, Janša est en train de le réussir en Slovénie sans qu’aucune voix de protestation s’élève en Europe.
Janša est parvenu à faire dépendre le bureau de procureur d’Etat, qui mène l'enquête pénale sur son implication dans l'une des plus grandes affaires de corruption depuis l’indépendance de la Slovénie, du ministère de l’Intérieur en installant à sa tête un apparatchik et ancien policier, Vinko Gorenak. Inouï, même pour les normes démocratiques chancelantes de l’Europe actuelle.
Moins d’une demi-heure après l’entrée de Janša au siège du gouvernement, les têtes ont commencé à tomber. Le premier à en faire les frais fut le chef du bureau d’information du gouvernement. Le journaliste et ancien directeur du quotidien Delo, Darjan Košir, choisi à ce poste par un concours, a été remplacé par un acolyte du parti de Janša (SDS, Parti démocratique slovène).
Le chef des services secrets civils, Sebastijan Selan, a été limogé lui aussi aux premières heures de nouveau mandat de Janša. Ce dernier a nommé à la tête de cet organisme Damir Črnčec, un ancien responsable du renseignement militaire, et a annoncé le regroupement probable de deux services, le militaire et le civil.
Devant l'épuration politique, l'Europe se tait
Bien que certains s’étonnent que la troisième personne limogée ait été le chef de la commission gouvernementale pour les relations avec les communautés religieuses, une fonction peu importante dans l’organigramme gouvernementale, il s’agit d’un message symbolique fort adressé à l’Eglise catholique, alliée politique fidèle de Janša.
Depuis que Aleš Gulič, un amateur de vélo aux cheveux longs et athéiste déclaré avait été chargé de cette fonction – ce que les évêques slovènes avaient qualifié de provocation insolente – l’Eglise rêvait de ce jour.
Toutefois, ce ne fut que le début du tsunami chez les cadres [de la fonction publique]. Depuis longtemps, une liste de 244 personnes installées "selon des critères politiques" figurait sur le site du parti de Janša, une sorte de liste des gens à éliminer. On y trouve des historiens, des journalistes et économistes de notoriété publique que l’ancien gouvernement de Borut Pahor avait nommé dans les conseils d’administration et certaines institutions.
Certains figurent sur la liste de lustration de Janša parce qu’ils ont jadis signé des pétitions "mal vues", notamment celle en soutien aux "effacés" [les ex-Yougoslaves qui ont été privés de la nationalité slovène après l’indépendance].
D’autres parce qu’ils avaient des liens familiaux avec des personnes "fautives" ou avaient des amis "politiquement peu corrects". Leurs péchés ont été notés à côté de leurs noms avec beaucoup de pédanterie par les gens de Janša.
Alors que Janša ne perd pas de temps, l’Europe se tait, de même que le Parti populaire européen se taisait lorsque l’un des ces membres slovènes, Lojze Peterle, une personne respectée et influente, piétinait les droits des "effacés" et des Roms pendant le premier mandat de Janša.
Si Janša avait osé toucher à l’autonomie de la Banque centrale, l’Europe aurait hurlé, mais quand il s’agit d’épuration politique et de l’autonomie du Bureau de procureur d’Etat, elle s’en fiche.
Traduction : Kika Curovic
je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir
En Grèce, des centaines de personnes se sont rassemblées ce jeudi soir sur la place Syntagma d’Athènes, là-même où un retraité s’est donné la mort, mercredi. Une manifestation pour dire leur colère à l‘égard des mesures d’austérité imposées par les bailleurs de fonds et qui seraient à l’origine du geste désespéré du retraité. Quelques heurts ont éclaté avec les forces de l’ordre. La veille, un rassemblement similaire avait réuni près d’un millier de personnes.
C’est à proximité d’un vieux cyprès, sur la place emblématique de la mobilisation contre l’austérité, que l’homme s’est suicidé. Depuis, de nombreux Grecs sont venus déposer une bougie, une fleur ou un message et dire leur colère et leur indignation.
“Tout le monde est affecté par ce qui s’est passé, affirme un habitant d’Athènes. Les seuls qui ne le sont pas sont ceux qu’on trouve là-bas”, dit-il en pointant du doigt le Parlement grec, là où ont été votés les différents plans d’austérité.
“C’est une honte, une grande honte, ajoute une retraitée. Ce pourrait être quelqu’un de notre famille. On est tous confronté aux mêmes difficultés. Aujourd’hui, j’ai reçu ma prime de Pâques, et au lieu de toucher 400 euros, je n’ai reçu que 180 euros. Comment je vais vivre avec ça ? “
Pour expliquer son geste, l’homme a laissé une lettre. La presse en a publié des extraits ce jeudi.
Ainsi ces quelques mots : “je ne trouve pas d’autre solution pour en finir dignement avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir”. L’homme avait 77 ans.
dimanche 29 janvier 2012
Dix idées pour sortir de l’absurdité
27 janvier 2012Süddeutsche Zeitung Munich
Beppe GiacobbeC’est inexplicable mais c’est entré dans nos mœurs : voilà des années que l’on dépouille la collectivité et que l’on ruine la démocratie, dénonce Ingo Schulze. L’écrivain allemand livre ses pistes pour renouer avec le bon sens. Extraits.
Cela faisait quelque chose comme trois ans que je n’avais plus écrit d’article, pour la simple raison que je ne savais plus quoi écrire. Tout saute aux yeux : le délitement de la démocratie, la polarisation économique et sociale croissante entre pauvres et nantis, la ruine de l’Etat social, la privatisation et, partant, la marchandisation de tous les domaines de la vie, et ainsi de suite.
Quand, jour après jour, on nous sert le non-sens comme une chose naturelle, il est normal que l’on finisse, tôt ou tard, par se sentir soi-même malade et déviant. Voici, résumées ici, quelques considérations qui me paraissent importantes :
1. Parler d’atteinte à la démocratie est un euphémisme. Une situation dans laquelle la minorité d’une minorité est habilitée, en toute légalité, à porter gravement préjudice à l’intérêt général au nom de l’enrichissement personnel, est post-démocratique. Le coupable n’est autre que la collectivité elle-même, incapable d’élire des représentants aptes à défendre ses intérêts.
2. On nous serine tous les jours que les gouvernements doivent "regagner la confiance des marchés". Par "marchés", on entend principalement les bourses et les marchés financiers, autrement dit ces acteurs de la finance qui spéculent pour le compte d’autrui ou pour leur intérêt propre, dans le but de dégager un maximum de profit. Ceux-là mêmes qui ont dépossédé la collectivité de montants faramineux. Et les représentants suprêmes du peuple devraient se battre pour regagner leur confiance ?
3. Nous nous indignons à juste titre de la conception de Vladimir Poutine d’une démocratie "dirigée". Mais pourquoi Angela Merkel n’a-t-elle pas été poussée à la démission à l’époque où elle parlait de "démocratie conforme aux marchés" ?
4. A la faveur de l’effondrement du bloc de l’Est, certaines idéologies se sont muées en hégémonies, et leur emprise a été telle qu’elle en a semblé naturelle. Considérée comme un phénomène en tous points positif, la privatisation en apporte un exemple. Tout ce qui demeurait entre les mains de la collectivité était jugé inefficace et contraire aux intérêts du client. Ainsi, l’on a vu émerger un climat ambiant qui devait conduire, tôt ou tard, à déposséder la collectivité de son pouvoir.
5. Autre idéologie à avoir connu un succès retentissant : la croissance. "Sans croissance, il n’y a rien", a décrété un jour la chancelière, il y a des années de cela. On ne peut parler de la crise de l’euro sans citer ces deux idéologies.
6. La langue dont usent les responsables politiques censés nous représenter n’est plus du tout en phase avec la réalité (j’ai déjà vécu une situation similaire en RDA). C’est la langue des certitudes, qui n’est plus mise à l’épreuve de la vie réelle. La politique n’est plus rien d’autre aujourd’hui qu’un véhicule, un soufflet dont la raison d’être est d’attiser la croissance. Le citoyen est réduit à son rôle de consommateur. Or, la croissance en soi ne signifie rien. L’idéal de la société serait le play-boy qui consommerait un maximum de choses en un minimum de temps. Une guerre déclencherait un joli sursaut de croissance.
7. Les questions simples : "A qui cela sert-il ?", "A qui cela profite-t-il ?" sont aujourd’hui jugées déplacées. Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau ? Quiconque doute est un apôtre de la lutte des classes. La polarisation sociale et économique de la société est le fruit d’un concert d’incantations selon lesquelles nous aurions tous les mêmes intérêts. Il n’est que de traverser Berlin.
Dans les beaux quartiers, en règle générale, les rares bâtiments à ne pas avoir été rénovés sont les écoles, les crèches, les maisons de retraite, les piscines ou les hôpitaux. Dans les quartiers dits "à problèmes", les bâtiments publics non rénovés se voient moins. C’est aux trous dans la dentition que l’on juge le niveau de pauvreté. Aujourd’hui, on entend souvent le discours démagogique consistant à dire que nous avons tous vécu au-dessus de nos moyens, que tous, nous sommes gourmands.
8. Nos élus ont précipité et précipitent encore systématiquement la collectivité dans le mur en la privant de ses rentrées. Le taux maximum d’imposition allemand a été ramené de 53 à 42 % par le gouvernement Schröder, et l’impôt sur les sociétés a été quasiment divisé par deux entre 1997 et 2009 pour s’établir à 29,4 %. Personne ne devrait donc s’étonner d’entendre que les caisses sont vides, alors que notre produit intérieur brut augmente d’année en année.
9. Je vais vous raconter une histoire : ce qui nous était jadis vendu comme une divergence profonde entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest nous est aujourd’hui présenté comme une disparité radicale entre les pays. En mars dernier, je présentais à Porto, au Portugal, la traduction de l’un de mes livres.
En un instant, une question émanant du public a fait basculer l’ambiance, jusqu’alors amicale et intéressée. Subitement, nous n’étions plus que des Allemands et des Portugais assis face-à-face en chiens de faïence. La question était déplaisante – n’avions-nous pas l’impression, c’est-à-dire n’avais-je pas l’impression, moi, l’Allemand, de faire avec l’euro ce que nous n’avions pas réussi à faire jadis avec nos panzers ?
Dans le public, personne n’a rien trouvé à y redire. Et j’ai réagi instinctivement, comme attendu, c’est-à-dire en tant qu’Allemand : vexé, je répondais que nul n’était obligé d’acheter une Mercedes, et que les Portugais devaient s’estimer heureux d’obtenir des crédits à des tarifs plus compétitifs que dans le privé. En prononçant ces paroles, j’entendais la voix des médias allemands.
Pendant le brouhaha qui a suivi mes propos, je suis finalement revenu à la raison. Et puisque j’avais le micro à la main, j’ai bredouillé dans mon anglais approximatif que j’avais réagi de manière aussi imbécile qu’eux, et que nous tombions tous dans le même panneau en prenant instinctivement parti pour nos couleurs nationales, comme au football.
Comme si le problème venait des Allemands et des Portugais, et non des disparités entre pauvres et nantis, et donc de ceux qui, au Portugal comme en Allemagne, sont à l’origine de cette situation et en tirent profit.
10. Nous serions en démocratie si la politique, par le jeu des impôts, du droit et des contrôles, intervenait sur la structure économique existante et contraignait les acteurs des marchés à suivre une certaine voie compatible avec les intérêts de la collectivité. Les questions qu’il convient de poser sont simples : A qui cela sert-il ? A qui cela profite-t-il ? Est-ce bon pour la collectivité ? Ce qui revient au bout du compte à se poser la question suivante : De quelle société voulons-nous ? Voilà ce que serait pour moi la démocratie.
C’est ici que je m’arrête. Je pourrais vous parler du reste, de ce professeur qui confessait renouer avec la vision du monde qu’il avait à 15 ans, d’une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich, qui a étudié l’interpénétration des entreprises pour arriver au chiffre de 147 – 147 groupes qui se partagent le monde, et dont les 50 plus puissants sont des banques et des assureurs, je vous dirais bien aussi qu’il convient de renouer avec le bon sens et de trouver des personnes qui partagent le même point de vue que vous, parce qu’on ne peut pas être seul à parler une langue. Et je vous dirais que j’ai retrouvé l’envie d’ouvrir mon clapet.
Traduction : Caroline Lee
samedi 10 décembre 2011
Les musiciens Philip Glass et Lou Reed rejoignent « Occupy Wall Street »
Sur le blog du Yéti, Jaune (Jean Thévenin) nous livre un nouveau document sur le mouvement « Occupy Wall Street ». Ce soir-là, au Lincoln Center, New-York USA, les musiciens Philip Glass et Lou Reed rejoignent les OWS...
Un court-métrage de Jean Thévenin. Musique : La protestation de Satyagraha - Philip Glass. Exécuté par l'orchestre du New York City Opera. Sous-titres : Romain Corvez.
lundi 28 novembre 2011
samedi 19 novembre 2011
Un appel à légaliser qui vient de haut
Un appel à légaliser qui vient de haut
Du jamais vu : le président de Colombie, Juan Manuel Santos, appelle à un débat global sur la question de la légalisation de la marijuana et de la cocaïne dans les colonnes du Guardian. Rappelant l'échec de toutes les "guerres" et tentatives de prohibition, celui-ci invite les dirigeants des pays consommateurs à "un peu de courage".
14.11.2011
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Dessin de Boligan.
"Alors qu'un sommet international sur les drogues a lieu cette semaine à la Chambre des lords, il n'y aura personne de Downing Street, ni aucun homme politique britannique de premier plan pour écouter les médecins, les universitaires et les économistes internationaux qui réfléchissent et débattent d'une nouvelle approche de la guerre contre les drogues", déplore The Guardian.
Le journal rappelle qu'en 2002 David Cameron avait, lors d'un débat parlementaire à la Chambre des communes, demandé au gouvernement travailliste "de ne pas revenir à la guerre contre les drogues qui a été tentée – et qui ne donne aucun résultat, comme tout le monde le sait".
Depuis, le sujet est resté tabou. "Les dirigeants politiques ont encouragé le sommet et admettent en privé que les choses doivent changer, mais ils ne font rien pour faire avancer le débat", constate le quotidien britannique. "Ils devraient lire le dernier rapport de la Commission globale pour une politique de lutte contre les drogues rédigé notamment par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, l'ancien secrétaire d'Etat américain George Shultz et l'ex-dirigeant de la Réserve fédérale Paul Volker", poursuit le Guardian. Ce rapport, rendu public au printemps dernier, conclut que "la guerre des drogues n'est pas gagnée et ne peut être gagnée" et il encourage les dirigeants de tous les pays à 'briser les tabous".
En attendant, les voix qui exigent une nouvelle discussion viennent d'Amérique latine. Toujours dans le Guardian, le président de la Colombie Juan Manuel Santos, rappelant le prix payé par la Colombie, pays producteur, dans cette guerre contre les drogues, appelle les dirigeants du monde à repenser la politique contre les drogues et à ouvrir le débat de la légalisation de la marijuana ainsi que de la cocaïne. C'est la première fois qu'un président en exercice tient de tels propos. Il y a quelques mois, le président du Mexique Felipe Calderón, englué dans une guerre dévastatrice contre les trafiquants, avait aussi déclaré à propos des Etats-Unis : "Nous habitons dans le même immeuble. Notre voisin est le plus grand consommateur de drogue du monde et tout le monde veut lui vendre de la drogue en passant par nos portes et nos fenêtres."
"Il est impossible que les leaders des pays les plus consommateurs – Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne – continuent de se taire. Les habitudes de leurs citoyens sont non seulement responsables des vies dévastées de nombreux Latino-Américains, mais ils sont aussi à l'origine de la destruction de la forêt amazonienne. (...) Ils doivent avoir le courage de briser les tabous", conclut le Guardian.
