Un appel à légaliser qui vient de haut
Du jamais vu : le président de Colombie, Juan Manuel Santos, appelle à un débat global sur la question de la légalisation de la marijuana et de la cocaïne dans les colonnes du Guardian. Rappelant l'échec de toutes les "guerres" et tentatives de prohibition, celui-ci invite les dirigeants des pays consommateurs à "un peu de courage".
14.11.2011
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Dessin de Boligan.
"Alors qu'un sommet international sur les drogues a lieu cette semaine à la Chambre des lords, il n'y aura personne de Downing Street, ni aucun homme politique britannique de premier plan pour écouter les médecins, les universitaires et les économistes internationaux qui réfléchissent et débattent d'une nouvelle approche de la guerre contre les drogues", déplore The Guardian.
Le journal rappelle qu'en 2002 David Cameron avait, lors d'un débat parlementaire à la Chambre des communes, demandé au gouvernement travailliste "de ne pas revenir à la guerre contre les drogues qui a été tentée – et qui ne donne aucun résultat, comme tout le monde le sait".
Depuis, le sujet est resté tabou. "Les dirigeants politiques ont encouragé le sommet et admettent en privé que les choses doivent changer, mais ils ne font rien pour faire avancer le débat", constate le quotidien britannique. "Ils devraient lire le dernier rapport de la Commission globale pour une politique de lutte contre les drogues rédigé notamment par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, l'ancien secrétaire d'Etat américain George Shultz et l'ex-dirigeant de la Réserve fédérale Paul Volker", poursuit le Guardian. Ce rapport, rendu public au printemps dernier, conclut que "la guerre des drogues n'est pas gagnée et ne peut être gagnée" et il encourage les dirigeants de tous les pays à 'briser les tabous".
En attendant, les voix qui exigent une nouvelle discussion viennent d'Amérique latine. Toujours dans le Guardian, le président de la Colombie Juan Manuel Santos, rappelant le prix payé par la Colombie, pays producteur, dans cette guerre contre les drogues, appelle les dirigeants du monde à repenser la politique contre les drogues et à ouvrir le débat de la légalisation de la marijuana ainsi que de la cocaïne. C'est la première fois qu'un président en exercice tient de tels propos. Il y a quelques mois, le président du Mexique Felipe Calderón, englué dans une guerre dévastatrice contre les trafiquants, avait aussi déclaré à propos des Etats-Unis : "Nous habitons dans le même immeuble. Notre voisin est le plus grand consommateur de drogue du monde et tout le monde veut lui vendre de la drogue en passant par nos portes et nos fenêtres."
"Il est impossible que les leaders des pays les plus consommateurs – Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne – continuent de se taire. Les habitudes de leurs citoyens sont non seulement responsables des vies dévastées de nombreux Latino-Américains, mais ils sont aussi à l'origine de la destruction de la forêt amazonienne. (...) Ils doivent avoir le courage de briser les tabous", conclut le Guardian.
samedi 19 novembre 2011
Un appel à légaliser qui vient de haut
mercredi 26 octobre 2011
La dette publique expliquée aux nuls
Dénichée ici (merci Sergeï)
mardi 20 septembre 2011
Quand les jeux vidéos font avancer la science
Une énigme du virus du sida résolue par... les adeptes d'un jeu en ligne
Info rédaction, publiée le 19 septembre 2011![]()
Les adeptes de Foldit, un jeu vidéo sur Internet, ont fourni un sérieux coup de pouce aux scientifiques. Ils sont parvenus à décoder en trois semaines la structure d'une enzyme proche de celle du virus du SIDA, une énigme qui tenait les scientifiques en échec depuis dix ans.
La réponse est venue de là où les scientifiques ne l'attendaient pas. Depuis plus d'une décennie, les chercheurs s'asticotaient les méninges sur une enzyme utilisée par les rétrovirus tels que le virus VIH, mais rien n'y faisait : ils n'arrivaient pas à déterminer la structure exacte de la molécule. Pourtant, ce type d'enzymes, appelé protéase virale, joue un rôle fondamental dans la manière dont prolifèrent ces virus particuliers. Ainsi, les chercheurs étaient persuadés qu'en bloquant leur action, il pourrait parvenir à trouver une nouvelle piste thérapeutique. Seulement voilà, sans la structure exacte, impossible de déterminer les substances capables de les inhiber et les zones de l'enzyme à cibler. Un problème qui est aujourd'hui résolu.
En effet, la revue Nature Structural & Molecular Biology vient tout juste de publier la structure 3D de l'enzyme, mais cet exploit n'a pas mobilisé que des chercheurs. La clé de ces travaux a même été fournie par... les adeptes d'un jeu vidéo en ligne baptisé Foldit qui figurent ainsi en co-auteurs de l'étude. Ce dernier est un jeu vidéo expérimental développé en 2008 en collaboration entre les départements d'informatique et de biochimie de l'Université de Washington (USA) et accessible à tous sur internet. Son but est en fait d'amener des joueurs humains à résoudre un problème auquel se heurtent toujours les ordinateurs, en l'occurrence ici : comment une molécule se plie pour former une structure en trois dimensions et donner ainsi naissance à une protéine.
Des milliers de joueurs sur toute la planète
"Les gens ont des capacités de raisonnement dans l'espace bien supérieures à celle des ordinateurs", explique Seth Cooper, l'un des créateurs de Foldit. Aussi, pour cet objectif précis, le jeu a réuni des milliers de joueurs du monde entier, collégiens ou retraités, répartis en équipes concurrentes. Connectés au cyberespace, ils ont manipulé des chaînes d'acides aminés, les briques élémentaires qui composent les protéines, les pliant et les repliant dans toutes les combinaisons imaginables pour tenter d'aboutir à une structure viable, explique l'AFP. Toutefois, ils étaient tout de même aidés par un programme informatique baptisé Rosetta, en référence à la Pierre de Rosette qui avait permis à Champollion de déchiffre les hiéroglyphes égyptiens.
Au final, les modèles de protéines transmis par les joueurs via internet se sont avérés tellement proches de la réalité qu'il n'a fallu que quelques jours aux chercheurs pour les affiner et établir la structure exacte de l'enzyme. En trois semaines en tout, l'énigme était résolue. "Les résultats publiés cette semaine montrent qu'en combinant les jeux, la science et l'informatique, on parvient à des avancées qui n'étaient pas envisageables jusqu'alors", précise Seth Cooper cité par l'AFP. Désormais, les chercheurs espèrent donc utiliser cette découverte cruciale pour faire avancer leurs recherches en matière de traitements de ces virus.
mardi 13 septembre 2011
Chaos & Cyberculture
Mais savez-vous qu'à la fin de sa vie, il était devenu Cyberpunk et qu'il a écrit ce superbe ouvrage disponible en France aux éditions du Lézard et en anglais chez Scribd ?
C'est cette version que je vous propose en commençant par le tableau de la page 4 qui montre l'évolution de la puissance cérébrale humaine au cours des âges ...
Timothy Leary - Chaos & Cyber Culture
mercredi 22 juin 2011
Vive la pénalisation des drogues ...
Tiré de là
Au Brésil, pire que le crack : l'oxidado
Oxi ? Ces trois lettres désignent le nouveau fléau du Brésil. Une drogue pire que toutes les autres, beaucoup plus destructrice encore que le crack. Un stupéfiant si vénéneux qu'il rend ses victimes dépendantes dès la première fois qu'ils en usent, et qu'il en tue trois sur dix dès la première année d'accoutumance.
Oxi est le diminutif d'oxidado : "rouillé", en portugais. Comme le crack, l'oxi est un dérivé de la cocaïne base, mais en contient deux fois plus ; comme lui, il a l'apparence d'un petit caillou jaunâtre et se "fume" dans une pipe à air, l'usager inhalant ses vapeurs.
Seule la consommation de ces deux drogues cousines et de même apparence permet de les distinguer : la fumée du crack est blanche, celle de l'oxi, plus grise ; l'un laisse des cendres, l'autre une substance huileuse.
Le crack, c'est de la coke dissoute dans du bicarbonate de soude, de l'éther ou de l'ammoniaque. L'oxi, c'est de la coke oxydée avec de la chaux vierge, et un dérivé du pétrole : kérosène, essence ou diesel.
L'oxi a été décelée pour la première fois en 2003 dans l'Etat d'Acre, frontalier de la Bolivie. Elle avait alors la faveur des plus pauvres - notamment des jeunes chômeurs - et des adeptes mystiques de l'ayahuasca, un breuvage hallucinogène amazonien.
Depuis, l'oxi s'est répandue dans le nord du Brésil avant de faire, cette année, son apparition dans les grandes villes du sud, en particulier Sao Paulo. La police en saisit, chaque semaine ou presque. Elle est maintenant consommée dans tous les milieux sociaux.
L'"atout" de l'oxi, c'est qu'elle est très bon marché : cinq fois moins chère en moyenne (2 réis, soit 0,90 centime d'euro le caillou) que le crack. A Cracolândia, le quartier des drogués - en majorité des sans-abri - de Sao Paulo, on l'appelle tout simplement "la pierre à 2 réis".
Les solvants utilisés dans la fabrication du crack sont en vente surveillée. Concocter ce stupéfiant exige une manipulation dans un petit labo improvisé, fût-ce une cuisine. Rien de tel pour l'oxi, qu'on peut préparer dans une simple poêle, au fond de la moindre arrière-cour.
L'apparence quasi identique des deux stupéfiants a longtemps abusé la police. En mars, à Sao Paulo, après avoir saisi 60 kg de "cailloux", elle découvre par hasard qu'il s'agit d'oxi, et non de crack, en faisant brûler quelques pierres lors d'une démonstration devant de jeunes recrues. Les drogués se méprennent, eux aussi, achetant sans le savoir de l'oxi dans les points de vente traditionnels du crack.
Une fois leur pipe allumée, le doute n'est plus permis. Dès la première bouffée, qui agit sur le cerveau en quelques secondes, l'"effet oxi" est foudroyant, et l'addiction souvent immédiate. "J'ai cru avaler un poison, j'ai eu peur de mourir", confiait Pedro, 27 ans, à l'hebdomadaire Epoca.
Les dégâts physiques et mentaux surgissent rapidement : maux de tête, vomissements, diarrhées ; abattement, angoisses, paranoïa. "J'entendais des voix, comme si le diable me parlait", raconte André, un malade en cure de désintoxication. Les dentistes ont été les premiers à donner l'alerte, en découvrant avec effroi les nécroses qui envahissaient les bouches de leurs jeunes patients.
Plus encore qu'avec les autres drogues, les victimes de l'oxi sont prêtes à tout pour s'en procurer. André a vendu jusqu'au dernier bien avant d'accepter de se soigner. La rue Helvetia, au coeur de Cracolândia, est un lieu de troc permanent pour une centaine de drogués, qui négocient un peu de tout, en échange de "cailloux à 2 réis" : vieilles chaussures, vêtements usagés, matériel électroménager, ou simples tickets de bus.
Après trois jours au maximum en état de manque, l'"oxicomane" devient très agressif. Augusto, 25 ans, Irivan, 25 ans, Jonas, 40 ans - qui tous se soignent aujourd'hui - racontent l'inéluctable naufrage de la dépendance : disputes familiales, pertes d'emploi, vols, agressions. Et au pire : assassinats, suicides. "Huit homicides sur dix sont liés aux stupéfiants", constate Wilson Martins, gouverneur de l'Etat du Piaui, au nord du Brésil. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle l'oxi "la drogue de la mort".
L'Etat d'Acre, en Amazonie, fut le premier affecté par l'oxi. Dans les vieux quartiers du centre de Rio Branco, sa capitale, les gamines droguées se prostituent dès l'âge de 8 ans, rapporte un chercheur local, Alvaro Augusto Andrade Mendes. Faute de drogue, les enfants se préparent un "thé" avec le liquide des piles alcalines. En forêt, les villages indiens ne sont pas épargnés par l'oxi et la merla, autre dérivé de la coke.
La police craint qu'à terme l'oxi prenne la place du crack. L'organisation du trafic en serait modifiée, compliquant ainsi la répression. Produite de façon artisanale, commercialisée en petites quantités, la nouvelle drogue circule en dehors des réseaux de vente traditionnels.
A Rio Branco, des petits trafiquants vont chercher la cocaïne base à la frontière et fabriquent l'oxi dans des maisons abandonnées ou dans la forêt. Pour être efficace, la police devra se montrer beaucoup plus présente sur le terrain. Faute de quoi, les volutes grises de l'oxi propageront de plus en plus la servitude et la mort.
langellier@lemonde.frJean-Pierre Langellier
mardi 21 juin 2011
Cannabis : dépénalisation ou légalisation contrôlée ?
Cannabis : dépénalisation ou légalisation contrôlée ?
Les députés PS veulent être un exemple en matière de tolérance. Pourtant, ils encadreraient de très près l'industrie de cette drogue, en contrôlant la production, la distribution, et même la consommation. Est-ce le début des coffee shops en France ?
Sélectionné et édité par Amandine SchmittFaut-il dépénaliser le cannabis ou non ? C'est typiquement un débat de société puisque, sur l'échiquier politique, il oppose sur des critères peu politiciens, même si à gauche on est divisé. Mais qu'un ancien ministre de l'Intérieur comme Daniel Vaillant ait relancé le débat donne brusquement une nouvelle importance à ce sujet récurrent.
Photo Alexodus
Claude Guéant, son plus récent successeur, y est évidemment hostile, incapable de faire le bilan des échecs constants contre le trafic. Car lorsque dans des cités un jeune guetteur, le moins gradé dans la hiérarchie des dealers, peut à lui seul faire vivre toute une famille, comment notre ministre, à moins de régler d'un coup de baguette magique le chômage de masse dans les grands ensembles, ne peut-il pas reconnaître que la lutte contre le trafic est un échec ?
"La loi est inadaptée, et son autorité bafouée"
Comme le note Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, ville gangrenée par le trafic de cannabis : "la loi est inadaptée, et son autorité bafouée, elle est inapplicable par ceux qui en ont pourtant la charge". Dans un rapport publié le 2 juin par la Commission mondiale sur la politique des drogues (Global Commission on Drug Policy), une kyrielle de personnalités, dont d'anciens présidents latino-américains, estiment que le combat mondial contre la drogue a échoué et que le seul recours est désormais la dépénalisation du cannabis.
Regardez même où en sont arrivés les trafiquants d'Amérique du sud, utilisant sous-marins et hélicos de combat. Chez nous aussi, toute proportion gardée, plus on augmente les moyens, plus, en réponse, la violence se développe. Partant du constat que la France conserve une des législations les plus répressives d'Europe alors que le niveau de consommation est l'un des plus forts, les députés socialistes font valoir qu'une "légalisation contrôlée" pour les personnes majeures permettrait, "grâce à l'encadrement de la production et de la distribution", d'"instaurer une politique de réduction des risques".
Quatre millions de personnes ont consommé du cannabis en 2005
Les députés PS préconisent la création d'une filière nationale du cannabis qui organiserait et gèrerait la production et la distribution de cette drogue, à l'image de ce qui est fait pour le tabac et l'alcool. "Il convient que l'État soit en mesure de fournir cette substance, sous forme de résine ou d'herbe, à l'ensemble des consommateurs", indique le rapport, en préconisant la mise en culture de 53.000 hectares "selon des règles strictes pour garantir la qualité des produits".
L'État devra aussi contrôler la distribution "tout en interdisant la publicité et la vente aux mineurs". En dépit de la politique de prohibition menée depuis 1970 à l'égard du cannabis, près de 4 millions de personnes avaient, en 2005, consommé de cette drogue au moins une fois dans l'année. 1,2 million de personnes seraient des consommateurs réguliers.
Légaliser de manière contrôlée
Certes Claude Guéant n'a pas tort de souligner que les Pays-Bas, "nation emblématique s'il en est de la politique dite de 'tolérance'", modifient leur approche : restriction drastique de l'accès aux coffee shops désormais interdits aux non-résidents, disparition progressive de la distinction entre drogue dure et drogue douce...
C'est qu'il ne s'agit pas de "dépénaliser" mais de légaliser de manière contrôlée. Deux types d'établissements sont prévus à l'usage des consommateurs majeurs : les premiers uniquement consacrés à la vente, sur le mode des débits de tabac, les seconds, vus comme des "lieux de sociabilité", autorisant vente et consommation. "La vente d'alcool y serait strictement interdite", note le rapport. D'autant qu'avec ces taxes l'État pourrait faire plein de choses. Mais notre gouvernement préfère opérer des coupures de budget.
Les effets négatifs de la prohibition aux USA
Les effets négatifs de la prohibition aux USA des années 20 au début des années 30 sont connus : la demande existant toujours, c'est une offre illégale qui la satisfait. Ainsi se développe la contrebande. Cette dernière met sur le marché des produits de remplacement, souvent frelatés, conséquence logique de l'illégalité de ce commerce.
En effet, refoulée dans la clandestinité, la production se fait dans des conditions déplorables, sans hygiène et à la va-vite. La conséquence en est la très mauvaise qualité des boissons. Mais, ainsi trompés par les vendeurs, les consommateurs n'ont aucun moyen de recours étant donné qu'ils sont eux aussi sous le coup de la loi...
L'autre conséquence, purement économique, du 18e amendement, réside dans l'augmentation très forte des prix. En effet, en raison de l'interdiction du commerce d'alcool, l'offre se réduit. Le nombre de personnes prêtes à se risquer à exercer des actes délictueux n'est pas élevé, en effet. Or, la demande, elle, reste la même. La réaction sur le marché est donc logique : la demande étant supérieure à l'offre, les prix évoluent à la hausse.
C'est exactement ce qui se passe avec le cannabis en France ou les produits présents sur le marché sont de plus en plus de mauvaise qualité et ils ne sont pas moins consommés qu'avant. Daniel Vaillant qui n'a rien à perdre, sa carrière politique étant en bout de course n'a pas tort de demander de "sortir de l'hypocrisie", même plusieurs jeunes loups du PS qui ont devant eux un avenir politique ne veulent pas risquer l'impopularité alors qu'ils ont fait de la sécurité l'un de leurs chevaux de bataille.Auteur parrainé par Aude Baron
Et comme vous avez tout lu jusqu'au bout, vous avez le droit à une petite vidéo ;o))
Durée : 31:00 | Images : Universcience.tv
samedi 2 avril 2011
Bretagne Morte ou Vivante - Lettre ouverte au président du conseil régional
BRETAGNE MORTE OU VIVANTE - LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL
Monsieur le Drian ... Les Bretons et leurs voisins européens réclament une agriculture qui les nourrisse. sans foutre en l'air la qualité de l'environnement et la santé publique. Or que font leurs principaux élus ? En lisant votre courrier (Cf. copie ci-après) nous avons une réponse paraît-il.
Grâce à l'incurie des acteurs économiques, politiques, étatiques, nous vivons avec les algues vertes depuis 40 ans. Concernant leur prolifération et tout ce que cela représente en termes de coûts inutiles et dégâts mortifères - PMPOA, Bretagne Eau Pure I, II, III [1] - dès que vous utilisez l'argent public pour exercer la censure sur une campagne publicitaire – qui, elle, agit en conformité avec l'intérêt général - il n'y a pas de différence entre les actions menées par le PS en Bretagne et celle de vos prédecesseurs. A part la politique incantatoire [2]. En effet vous faîtes le lit de Madame Malgorn et consorts issus de la majorité présidentielle - cette ancienne préfète qui a déjà cautionné la répression des données sur la qualité de l'eau et la fermeture des captages.
A ce qu'il paraït l'Etat français ne donne pas à la Région des moyens financiers suffisants pour accomplir ses diverses missions. Pourquoi donc gaspillez le peu de fonds budgétaires dont vous disposez pour defendre non pas l'image de la Bretagne - comme vous prétendez le faire - mais celle des intérêts d'une minorité prédatrice ? Qu'est-ce qui a changé depuis la balade de Monsieur Fillon et ses ministres sur le littoral ? Une chambre d'agriculture qui ose demander des efforts encore aux collectivités de comprimer leur minuscule apport en nitrates, alors qu'elle rechigne à réduire le gros morceau qui est le leur ! Selon vous nous devons attendre 2027 pour voir la fin des marées vertes ? (Cf. http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/algues-vertes-j-y-le-drian-il-faut-les-eradiquer-12-03-2011-1232659.php). Du déjà vu, me semble-t-il ...
PMPOA, Bretagne Eau Pure I, II, III, puis les SAGE – qu'est-ce que nous n'avons pas entendu, quant à cela ? «On ne pouvait pas demander à un tel programme des résultats immédiats, mais difficile d'en nier les insuffisances». La plus forte des critiques des BEP venait en février 2002 de la Cour des comptes qui, dans un rapport, soulignait que «les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des objectifs». L'éternelle ritournelle que nous n'acceptons plus, Monsieur Le Drian.
L'anathème dont vous parlez ne vient pas de la FNE qui signale - à juste titre - la réalité d'un échec cuisant de l'activité menée par la quasi-totalité de la classe politique française : celle de ménager la chèvre et le chou au bénéfice des banquiers - Crédit Agricole en tête - et au détriment de la santé publique et de la prospérité des populations et communes les plus défavorisées.
L'anathème dont vous parlez vient de la FNSEA, de leurs amis de la Coordination Rurale et de tous ces inconditionnels de la fuite en avant, de la culture nécrotechnologique et de la philosophie hors-sol. Car chaque goutte de pollution a fini par faire déborder la vase. Voilà ce qui porte atteinte à l'mage de marque régionale. Prétendre le contraire c'est se cacher derrière son petit doigt !
Ca fait 40 ans que ça dure, que nos dirigeants – droite et gauche confondues - jouent la montre face au productivisme. Ensemble ils pratiquent deux politiques – celle du pompier pyromane et celle de l'autruche. L'inertie du Conseil régional à majorité PS face à l'amendement Le Fur en témoigne. Autre exemple : toujours à nos frais - dans Bretagne ensemble N° 15 février 2011 - son bulletin de blanchiment écologique, la région annonce le lancement d'un plan d'aide pour l'ostréiculture et d'une consultation publique sur l'agriculture. L'énième consultation publique sur l'agriculture et de l'argent public jeté par la fenêtre pour soutenir une filiale malade à cause du cocktail xénobiotique que le secteur agricole et agro-alimentaire balancent dans la nature. Alors que vous avez déjà moblisé 2,7 millions d'euros entre 2008 et 2010. Toujours des programmes de recherche de l'Ifremer et Cie, pour «une huître de demain». Foutaises, Monsieur Le Drian ! La seule véritable piste de relance pour une activité à l'agonie est d'assainir le milieu marin.
Mais quelle cohérence ! La Bretagne comme le disait Jean-Claude Pierre est au péril de son eau. Ne cherchez donc pas la petite bête en nous citant des mesurettes que vous avez entrepris ou envisagez de faire. Bref Monsieur Le Drian arrêtez vos salades. Vous n'êtes pas le premier à pratiquer le socialisme mou, celui de la gauche caviar. D'où cette pirouette honteuse mais pas surprenante que vous avez effectuée sur l'aéroport de Notre Dame des Landes. Soit. Mais pour ce qui est de l'eutrophisation des eaux à cause des sels nutritifs, la solution est de fermer le robinet et pas d'ecoper la baignoire avec une petite cuillère en or pour le plus grand profit des banquiers.
Vous disiez dans votre courrier «Quatre des six affiches de cette campagne n’appellent pas de commentaire particulier de ma part». Alors pas de commentaire sur :
le tonnage gros voire écrasant de soja OGM importé pour alimenter le cheptel breton ? Vous n'allez pas juguler cela, sans réduire l'élevage concentrationnaire, sans casser le quasi-monopole de Cargill et des grandes enseignes sur la chaïne alimentaire et sans avoir des agriculteurs nombreux qui vivent de leur métier et respectent l'environnement.
l'hécatombe chez les abeilles et d'autres insectes pollinisateurs en liaison incontestable avec l’utilisation des semences enrobées d'insecticides néonicotioïdes. D'ailleurs pas de subventions pour une activité apicole qui est en train de disparaître sous nos yeux. Colony Collapse Disorder n'est pas à l'ordre du jour de la Région ?
les produits phytosanitaires et agrochimiques entraînent un inquiétant appauvrissement du sol lié à la disparition d’une faune et d’une flore indispensables à l’agriculture ; la Région n'a-t-elle pas entendu parler des travaux primordiaux de Claude et Lydia Bourguignon (Cf.http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Bourguignon) ?
ces résidues de la monoculture maïsicole et céréalière qui font courir des risques et dangers sanitaires avérés pour la population – plus de 300 molécules d'origine anthropocentrique trouvées dans les foetus humains selon une étude de 2003 tombée dans les oubliettes (Cf. http://www.wwf.org.uk/filelibrary/pdf/biomonitoringresults.pdf) ?
En conclusion j'insiste sur la nécessaire réforme de la gouvernance et du pôle de compétence de l'eau (transparence, diversité des participants, suivi des décisions, contrôles, évaluation, répression de délits). Je me permet aussi de vous rappeler l'existence de longue date d'une rupture de dialogue et de confiance entre consommateurs et certains agriculteurs compte tenu de l'absence de résultat sur la qualité de l'eau et des montants engloutis dans les plans BEP, PMPOA. Avec votre plainte en justice vis à vis de la FNE, vous me donnez l'impression – me semble-t-il au grand public également - de vous alignez sur les positions de ces mafrats qui ont abusé de nous depuis trop longtemps. Au lieu de dépenser nos sous dans les cabinets d'avocats, le Conseil régional ferait mieux de les verser dans un soutien inconditionnel à l'agriculture biologique et paysanne. Dans l'attente d'une réponse moins séditieuse pour le Bretons, Monsieur Le Drian, recevez mes salutations affligées.
Paul Matthews «Les Déserts» 35580 Saint Senoux 14 mars 2011
[1] «Le coût global pour les élevages intégrables entre 1994 et 1998 se situerait dans une fourchette de 12 à 16 milliards de Francs ; la probabilité de se situer dans le haut de la fourchette étant plus grande ; c'est en gros le double des 7 milliards de Francs prévus initialement (...) L'existence d'économies d'échelle pour les procédés individuels introduit le risque d'une concentration à terme des élevages. Ce risque est d'autant plus fort que les contraintes liées à la disponibilité de surface d 'épandage sont diminuées» Enfin, pour les éleveurs qui ne sont pas en règle avec l'arrêté d'autorisation - déclaration, du fait du dépassement de plus de 25 % de l'effectif autori é , le contrat qui permet le financement des travaux d'amélioration, introduit de fait la possibilité d'une régularisation de la situation , même si certains éleveurs auront à se mettre en conformité avec leur arrêté d'autorisation. Ainsi , la collectivité risque d'entériner les pratiques illégales de certains agriculteurs n'ayant pas respecté la réglementation des «Installations Classées». Il y a là une assez forte distorsion par rapport aux exploitations ayant joué le jeu, d'où un problème d'équité». La maîtrise des Pollutions d'origine agricoles dans les élévages, P. Rainelli, N. Raould, D. Vermersch, INRA ESR Rennes (Cf. http://www.inra.fr/esr/publications/iss/pdf/iss96-4.pdf?PHPSESSID =bfa66421a973bafc09e590ae3af48a5e). Tout cela pour le prix modique de 2 milliards d'euros !! Comme pour le PMPOA , les BEP aussi ont été quasi-pilotés par les Chambres d'Agriculture, avec une action régalienne de l'Etat toujours insuffisante et la marginalisation des associations ... (Cf. http://eau-et-rivieres.asso.fr.icodia.info/media/user/File/PDF/Analyse_BEP3_ERB.pdf).
[2] Je parle en connaissance de cause, Monsieur le Drian ... Ayant - pour tout dire - assisté à la grande messe des Deuxièmes Rencontres d'eté du Pôle Ecologique du Parti Socialiste à Saint-Ciers sur Gironde en août 2010.
From: presidence@region-bretagne.fr
To: mariechristinerigal@..............frDate: Thu, 10 Mar 2011 15:21:22 +0100
Madame,
Comme suite à votre courriel du 21 février dernier concernant la campagne d’affichage de France Nature environnement je me permets de vous transmettre quelques explications relatives à ma démarche.
Le 28 juillet 2009, un cheval décédait sur la plage de Saint-Michel-en-Grève après s’être embourbé dans un tas d’algues vertes en putréfaction. Cet accident tragique m’a amené à interpeller le Premier Ministre pour lui rappeler les demandes que le Conseil régional porte depuis 2004 en rapport avec la qualité de l’eau en Bretagne : transférer la compétence sur l’eau à titre expérimental à la Région, et régionaliser les fonds de la politique agricole commune comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays d’Europe.
Répondant à mon courrier du 14 août 2009, le Premier Ministre s’est rendu en personne le 20 août sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, accompagné du Ministre de l’agriculture, de la Ministre de la santé, et de la secrétaire d’Etat à l’écologie de l’époque.
Lors de ce déplacement, le Premier Ministre a refusé une fois de plus d’accéder à nos demandes. Toutefois, deux choses très importantes se sont produites. Tout d’abord, l’Etat a reconnu à cette occasion sa responsabilité dans le phénomène des algues vertes, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Ensuite, tout en souhaitant conserver la compétence sur l’eau, le Premier Ministre a accepté pour la première fois d’associer le Conseil régional à la lutte contre ce fléau.
La porte s’était donc entrouverte. Suite à cette prise de conscience et à cette volonté de recherche d’un consensus régional, une perspective de solution de ce problème apparaissait enfin après des décennies de tergiversation. Pour remporter la bataille contre les algues vertes, j’ai immédiatement proposé quatre principes afin de guider notre action et auxquels je n’ai jamais dérogé depuis :
1. Il faut dire la vérité. Les algues vertes sont un problème environnemental, économique et de santé publique majeur. La Bretagne est malade, mais elle se soigne.
2. Pas d’anathème. Nous ne résoudrons pas ce problème en opposant les Bretons les uns aux autres. Les comportements excessifs ne feront que compliquer la recherche de solutions.
3. Les Bretons doivent s’en sortir ensemble par le haut : cela passe par un changement des pratiques agricoles avec l’accompagnement et le soutien des pouvoirs publics, mais aussi des associations environnementales, de l’industrie agroalimentaire, et de tous les acteurs des territoires concernés.
4. Le Conseil régional sera un partenaire exigeant de l’Etat, sous condition de transparence et de réelle co-responsabilité.
L’Etat a donc présenté son plan contre les algues vertes le 5 février 2010. Ce plan comportait un volet curatif, relevant de la seule responsabilité de l’Etat, et surtout un volet préventif auquel le Conseil régional a décidé de s’associer. J’ai insisté pour que ce volet préventif fasse l’objet de véritables projets de territoire, élaborés par les acteurs de terrain. De plus j’ai souhaité que soit créé un Conseil scientifique qui puisse donner un avis indépendant sur ces projets.
Aujourd’hui, après plus d’un an et demi de travail, nous sommes à un tournant crucial de la lutte contre les algues vertes en Bretagne. Deux projets de territoire ont été déposés, sur les baies les plus touchées (Lannion et Saint Brieuc). Ils sont centrés sur l’évolution des pratiques agricoles afin de limiter les fuites d’azote, notamment en privilégiant les systèmes herbagers. Ils viennent d’être évalués par le Conseil scientifique avec, concernant le projet de la baie de Lannion, un avis globalement favorable et le besoin d’affiner un certain nombre d’objectifs à atteindre et d’indicateurs à mieux expliciter. Concernant le projet de la Baie de Saint Brieuc, le projet déposé a besoin d’être étoffé et complété dans plusieurs domaines.
Je comprends la frustration de beaucoup de Bretonnes et de Bretons qui voient ce fléau polluer leurs plages depuis trop longtemps et se disent certainement que tout cela ne va pas assez vite. Mais il faut prendre conscience que les choses ont vraiment changé depuis l’été 2009. Les algues vertes ne sont plus taboues. Il y a désormais une véritable volonté de résoudre le problème, partagée par tous les acteurs, depuis les élus jusqu’aux agriculteurs, en passant par le monde associatif. Néanmoins, cette dynamique sans précédent est fragile. Si on veut aller trop vite, ou si on cherche à stigmatiser tel ou tel coupable potentiel, le consensus sera rompu, le processus bloqué, et nous aurons gâché une opportunité unique.
C’est dans ce contexte, au plus mauvais moment, qu’est parue la campagne de publicité de l’association France Nature Environnement (FNE). Quatre des six affiches de cette campagne n’appellent pas de commentaire particulier de ma part. Pour ce qui est des deux affiches qui stigmatisent le problème des algues vertes en Bretagne, j’aurais pu comprendre la volonté de les présenter il y a deux ans de cela, c'est-à-dire avant que l’Etat ne reconnaisse sa responsabilité. Mais les publier aujourd’hui, c’est tout simplement irresponsable.
Une seule question mérite d’être posée : cette campagne va-t-elle favoriser la recherche d’une solution ou bien risque-t-elle de détruire le travail collectif patiemment mis en place depuis un an et demi ? Pour moi, et l’ensemble des acteurs impliqués dans la lutte contre les algues vertes sur le terrain, la réponse est évidente : cette campagne risque de tout bloquer et de nous renvoyer 10 ans en arrière.
Les auteurs de cette campagne n’ont de toute évidence aucune connaissance de la Bretagne et du travail qui y est mené. Ils auraient pourtant pu s’informer auprès des associations environnementales qui travaillent avec nous au quotidien pour résoudre le problème. Une association comme Eau et Rivières de Bretagne, étendard de la lutte pour la qualité de l’eau dans notre région, et par ailleurs membre de FNE, s’est clairement exprimée en défaveur de cette campagne de publicité et a regretté que la direction parisienne de FNE ne les ait pas consultés. Ils ne savent que trop bien qu’elle risque d’anéantir tous les efforts qu’ils ont consentis pour faire avancer leur cause.
J’espère qu’il n’est pas déjà trop tard et que la majorité des Bretonnes et des Bretons saura voir cette campagne pour ce qu’elle est : une provocation stérile, faisant fi des réalités de terrain.
Je souhaite enfin préciser les choses quant à la procédure judiciaire en cours. Sur son site internet, FNE présente les deux affiches sur les algues vertes par ces mots : « La Bretagne concentre sur 4 départements la moitié des porcs et de la volaille française. » Cette page internet dément les propos du porte-parole de FNE qui assurait que la Bretagne n’était pas spécifiquement visée par cette campagne de publicité. En particulier, l’affiche titrant « Bonnes vacances », qui expose un enfant jouant dans un tapis d’algues vertes, constitue ainsi une attaque contre la Bretagne toute entière.
En associant clairement la Bretagne et cette affiche sur son site internet, la direction nationale de FNE sous-entend que le problème des algues vertes est généralisé sur l’ensemble de son territoire, et que venir en Bretagne serait dangereux. En tant que Président du Conseil régional, il était de mon devoir de signifier que les Bretons ne pouvaient accepter de tels amalgames. C’est pourquoi, j’ai déposé au nom du Conseil régional une assignation de l’association FNE devant le Tribunal de grande instance de Paris, concernant le lien établi sur son site internet entre la Bretagne et les deux affiches sur les algues vertes.
Cette procédure ne porte évidemment pas sur les affiches elles-mêmes, sur lesquelles la Bretagne n’est pas mentionnée, d’autant plus qu’elles n’ont finalement pas été affichées dans le métro comme c’était envisagé.
En espérant que ces quelques explications vous auront éclairées sur mes prises de position, je vous prie de croire, Madame, à l’assurance de mes salutations les plus distinguées.
